Sanglante histoire

Les émeutes de mars sont les plus violentes depuis 20 ans.

Les mouvements de protestation qui surgissent aujourd’hui dans la capitale du Tibet et dans des provinces chinoises avoisinantes s’inscrivent dans une histoire qui remonte au milieu du siècle dernier. Le 10 mars, en descendant dans la rue, des centaines de moines tibétains ont voulu commémorer les massacres perpétrés par l’armée chinoise en 1959. Leur mouvement a fait tache d’huile : il s’est étendu aux populations tibétaines exilées en Chine et a soulevé une vague d’émotion dans le monde. Malgré la menace qui peut planer sur les Jeux olympiques, Pékin a adopté la ligne dure. Fin mars, on déplorait plus de 140 morts dans la région, selon les sources tibétaines. Le gouvernement chinois faisait état de seulement 19 décès, et plus de 600 blessés.

Quel que soit le bilan, il n’approche en rien celui de mars 1959. Le 10, des dizaines de milliers de Tibétains étaient descendus dans la rue pour dénoncer les brutalités de l’armée chinoise, qui occupait le pays depuis 1951, et pour réclamer l’indépendance. La répression qui suivit fit plus de 80 000 morts à Lhassa et dans le Tibet central, d’après une estimation chinoise.

De 1913 à 1950, le Tibet a bénéficié d’une indépendance de facto. Il avait sa monnaie, son système postal, un gouvernement libre de toute intervention étrangère, son armée et son drapeau. Après avoir fondé la République populaire de Chine, Mao décida qu’il fallait « libérer » cette région, qui fonctionnait toujours selon des règles qu’il jugeait féodales, et l’intégrer au giron chinois. Il y envoya son armée.

De 1951 à 1983, un Tibétain sur cinq aurait perdu la vie, tué dans des affrontements avec les Chinois, mort de faim, exécuté, torturé à mort, à moins qu’il ne se soit suicidé. Plus de 80 000 personnes ont fui en Inde avec leur chef politique et spirituel, le dalaï-lama, qui dirige toujours le gouvernement tibétain, en exil à Dharamsala, d’où proviennent ces statistiques.

Pendant la Révolution culturelle, le gouvernement chinois a demandé aux habitants d’éliminer les « vieilleries ». Ainsi, la presque totalité des 6 000 monastères tibétains ont été détruits ; les statues religieuses, fondues ou volées ; les peintures et manuscrits historiques, brûlés. Aujourd’hui, écrit le tibétologue Laurent Deshayes dans Histoire du Tibet (Fayard), « le Tibet survit à peine au milieu de ses cendres ».

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