Sur la route de Bamako

Dans les blindés de l’armée française roulant à la rencontre des rebelles islamistes, notre journaliste a rencontré des vétérans d’Afghanistan assez contents d’être «en première ligne». La guerre sainte, ils connaissent ça !

Photo : AP/PC

La centaine de soldats français montés à bord de 18 véhicules – ERC-90 Sagaie et VAB (véhicules avant blindés) – quittent Bamako, le 15 janvier en fin d’après-midi, avec déjà une petite heure de retard. Ce n’est que la première : les pannes bénignes mais successives auront raison des prévisions initiales.

Pour ce premier déploiement terrestre, l’armée française accepte d’embarquer six journalistes. Priés de ne pas révéler les informations stratégiques, telles que les séries de codes entendus dans les blindés et qui permettent de sécuriser les communications. Priés aussi de ne pas ôter leur gilet pare-balle, même s’il pèse 15 kilos, ni leur casque.

Le long du goudron – terme courant au Mali pour désigner les (rares) routes asphaltées – qui mène l’impressionnante file de blindés hors de la capitale, la population applaudit, klaxonne, crie « Vive la France ! »

Après une douzaine d’heures de route, le GRA Sirwa (groupement interarmes Sirwa, du nom d’une antilope du désert malien) arrive à Markala, à 270 km au nord-est de Bamako. Objectif : la sécurisation du pont de Markala et de son barrage hydroélectrique. Un site jugé stratégique, car il s’agit du premier grand pont sur le fleuve Niger avant la capitale.

« Face à nous, il y a un ennemi que nous esti-mons à plusieurs centaines d’hommes et de nombreux véhicules, explique le lieutenant-colonel Frédéric, chef du détachement blindé à Markala. Notre objectif est de tenir le pont qui nous est confié. »

Le GRA Sirwa a pour mission de relever les « camarades » maliens qui s’y trouvent déjà et de conserver ce « point clé de la zone » pour éviter qu’il ne tombe aux mains des combattants islamistes.

Le lieutenant-colonel Frédéric précise, mais en souriant, que « ça peut devenir tendu ». D’autant plus « tendu » que ce n’est là qu’une première étape : les militaires français auront à s’engager directement dans les combats. Ce sera déjà le cas, moins d’une semaine plus tard, dans les villes de Konna, Diabali et Douentza, plus avant vers le Nord.

Parmi les troupes, on note davantage d’enthousiasme que de tension. « On ne peut pas être plus devant », se réjouit un militaire, à peine descendu de son blindé, le visage noir de poussière. « Donc, ça ne peut pas être plus intéressant. On est en première ligne. »

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Un adjudant de l’armée de l’air, présent pour assurer la coordination avec les avions chargés d’observer la zone pendant la nuit, se montre plus modéré. La perspective d’une avancée vers le nord n’est pas pour lui un facteur d’excitation. « C’est l’ordre qui nous a été donné, nous tiendrons notre position. Le risque est calculé, même s’il y a toujours une part d’impondérable. »

Presque tous les membres du GRA Sirwa ont « fait l’Afghanistan ». Un seul avoue ne pas y être allé : il n’a que 21 ans et le Mali est sa première mission…

Tanya Bindra/AP/PC

Une semaine plus tôt, le 10 janvier, après plusieurs mois de pause dans le conflit qui sépare le Mali en deux, les combattants islamistes ont lancé une offensive inattendue vers le sud. Ils ont pris la petite localité de Konna, forçant les troupes maliennes à se replier. L’aviation française est immédiatement entrée en jeu, bombardant la ville pour faire cesser l’avancée des islamistes. La guerre de reconquête du nord du Mali était lancée. Une guerre qui ressemble de plus en plus à un nouvel Afghanistan.

Le parallèle est vite établi par les soldats engagés sur le terrain. L’ennemi est comparable. Même guerre sainte, même profil, même détermination : les combattants djihadistes sont prêts à mourir en martyrs. Même type d’armée non traditionnelle, formée d’une coalition de groupes distincts, pour certains organisés en katibas, des colonnes de combattants qui suivent un chef, parfois traditionnel, parfois émergé au gré des événements. Un jour, une ville est investie par les islamistes, le lendemain, ils s’en retirent, pour finalement y reparaître la semaine suivante…

« Sans les Français, je ne sais pas où nous en serions », confie un soldat malien de Markala, qui préfère garder l’anonymat pour des questions de hiérarchie.

Tous tiennent d’ailleurs le même discours, presque mot pour mot. « Vraiment, la France est bienvenue. Nous lui disons merci. »

Les soldats maliens ont bien conscience que ce sont les bombardements français qui ont permis de freiner la progression des groupes islamistes armés. Le déploiement militaire français au sol, une nouvelle étape pour la reconquête du Nord, est donc accueilli avec enthousiasme. « Leur force de frappe plus la nôtre, espère cet autre soldat malien, ça fera mouche. »

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Le Mali en chiffres

15,5 millions d’habitants

65 % en milieu rural

Langue officielle : français

Religion : musulmane (90 %)

Espérance de vie à la naissance : 53 ans

Exportations : or et produits de l’agriculture

Aucun accès à la mer

PIB par habitant : 1 100 dollars

Un des 25 pays les plus pauvres du monde


(Source : The World Factbook)

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Les forces en présence

Forces internationales

2 300 Français à ce jour,

2 500 à terme

5 000 Africains

Combattants djihadistes

Entre 2 000 et 2 500

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LE QUÉBEC AU MALI

Une dizaine de soldats québécois des forces aériennes du Canada participent au déploiement militaire au Mali. Le Canada a déployé officiellement 48 soldats au total dans le cadre de cette opération (ce qui exclut d’éventuels membres des Forces spéciales, dont le nombre est classé secret-défense).

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11,7 millions $

Coût de l’assistance militaire canadienne au Mali au cours des quatre premières semaines de mission.

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