Suspense au Niger

Les diplomates canadiens Robert Fowler et Louis Guay ont été enlevés en décembre dernier avec leur chauffeur près de Niamey, capitale du Niger. Après des semaines de silence, le rapt a été revendiqué en février par la branche nord-africaine d’al-Qaida. Mais quelle était au juste la mission des deux hommes ?


Une route « sécuritaire »

Le véhicule des diplomates a été découvert en bordure d’une route très fréquentée et jugée sécuritaire, près de Karma, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Niamey. Trois téléphones, un appareil photo et un blouson ont été découverts à l’intérieur du véhicule, dont le moteur tournait encore.

Une mission secrète

L’ONU a choisi Robert Fowler comme envoyé spécial au Niger en juillet dernier. Louis Guay était son adjoint. Leur nomination n’a toutefois été révélée publiquement qu’après leur enlèvement. Les deux diplomates avaient pour mission de calmer les fortes tensions entre le gouvernement et les Touaregs, peuple nomade de confession musulmane présent dans cinq pays africains, dont le Niger.

Après des années d’accalmie, les Touaregs ont repris leur lutte armée contre le gouvernement du Niger en 2007. Ils réclament un meilleur partage des ressources minières du pays et tout particulièrement de l’uranium, qui connaît un boom dans le Nord. L’État a accordé des concessions minières à diverses sociétés étrangères — dont plusieurs canadiennes — sur des terres revendiquées par les Touaregs.

Des circonstances troubles

Fowler et Guay ont rencontré divers groupes et politiciens nigériens au cours de l’automne, mais ils n’étaient pas en mission officielle au moment de leur disparition. Leur plus récente visite a été décrite comme un voyage « privé » ; ils devaient assister aux festivités du cinquantenaire de la république du Niger.

Avant leur enlèvement, Fowler et Guay venaient de visiter une mine d’or appartenant conjointement à la société montréalaise Semafo et à l’État du Niger. Pourquoi ? La direction de la mine l’ignore et dit ne pas avoir été prévenue du passage des diplomates. Troublé par la décision des Canadiens de quitter la capitale sans escorte policière, le ministre nigérien des Communications se demande s’ils n’avaient pas un « plan secret ».

Al-Qaida au Maghreb islamique

Les enquêteurs ont en main une vidéo des diplomates en captivité, vraisemblablement tournée au Mali, pays voisin du Niger. À côté des deux Canadiens, exténués, on voit des membres armés d’al-Qaida au Maghreb islamique, mouvement issu du Groupe salafiste pour la prédication et le combat, né dans les années 1980 en Algérie. Ce réseau a organisé au cours des dernières années une série d’attentats dans les pays nord-africains. En 2008, il a enlevé deux touristes autrichiens en Tunisie, libérés après huit mois en échange d’une rançon. Selon l’AFP, les preneurs d’otages exigeraient la libération de deux Mauritaniens membres d’al-Qaida.

Robert Fowler

Né à Ottawa en 1944, élevé à Montréal. Diplômé en histoire de l’art, il est devenu l’un des diplomates canadiens les plus en vue sur la scène internationale. Conseiller en politique étrangère des premiers ministres Trudeau, Turner et Mulroney, il a été ambassadeur canadien à l’ONU de 1995 à 2000. Depuis 2006, il est professionnel en résidence à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.

Louis Guay

Diplômé en études commerciales de l’Université de Sherbrooke. Il a occupé divers postes diplomatiques en Amérique du Sud, en Europe et en Afrique, dont celui d’ambassadeur canadien au Gabon de 2003 à 2006. Il a fait une brève incursion dans le secteur privé, dans les années 1990, à titre de directeur d’une société minière de Vancouver. Il vit à Gatineau avec sa femme et leurs cinq enfants.