Théorie du complot, quand tu nous tiens

Les scientifiques ont beau démentir les théories du complot, 3 Américains sur 10 croient que le coronavirus a été fabriqué en laboratoire.  

Photo : L'actualité

Parmi les nombreuses théories du complot entourant la COVID-19, celle-ci : ce coronavirus a été conçu par des humains dans un laboratoire de Wuhan, puis fut relâché — accidentellement ou intentionnellement, c’est selon — dans la nature. La pandémie ne serait donc pas naturelle, mais orchestrée par des humains travaillant en laboratoire.

Le consensus scientifique quant à la nature du coronavirus pointe dans une direction tout autre, mais cela n’a ni convaincu ni arrêté les conspirationnistes !

D’ailleurs, un sondage récent du centre de recherche américain Pew Research Center indique qu’une part importante d’Américains croient que le virus est de fabrication humaine. À la question « Selon ce que vous avez vu et entendu, croyez-vous que la souche actuelle du coronavirus soit arrivée naturellement ? », 43 % des répondants ont répondu par l’affirmative. Cette proportion est plus faible chez les 18-29 ans (29 %) et plus élevée chez les 65 ans et plus (51 %).

Lorsque nous divisons les résultats selon les allégeances politiques, nous observons un écart significatif :

Un peu plus de la moitié des électeurs démocrates (ou enclins à voter démocrates) croient que le virus est arrivé naturellement, contre 37 % des électeurs républicains.

Lorsque le centre de recherche demande ensuite si le coronavirus a été créé en laboratoire, 3 Américains sur 10 répondent par l’affirmative :

Chez les républicains, 37 % croient que le virus a été développé par des humains en laboratoire — soit une proportion égale à ceux qui croient que le virus est arrivé naturellement.

Chez les démocrates comme les républicains, 24 % affirment ne pas connaître l’origine du virus.

Néanmoins, il est important de le souligner : l’avis de la population sur un sujet scientifique complexe n’est pas toujours celui partagé par les experts. En effet, des théories conspirationnistes, aussi énergivores que variées, abondent dans toutes les toiles du web depuis des semaines et se reproduisent à la vitesse des fibres optiques. Heureusement, des experts en microbiologie et virologie se sont penchés sur la question.

Dans une chronique pour le Science News, publié par la Société pour la science et le public, la journaliste scientifique et généticienne Tianda Hesman Saey explique que non, le coronavirus qui se propage depuis des mois sur la planète n’est pas de conception humaine. Des biologistes et virologues réputés ont étudié la composition génétique du virus, c’est-à-dire sa séquence d’ARN, et indiquent clairement que le SRAS-CoV-2, responsable de la COVID-19, est naturel : « Ce virus contient beaucoup trop de caractéristiques distinctes, dont certaines sont contre-intuitives […] », affirment-ils, décrivant entre autres la composition génétique des protéines des pointes du virus, qui lui permettent de mieux pénétrer les cellules humaines et de s’y attacher.

Cette équipe d’experts a d’ailleurs publié les détails de leurs recherches dans le périodique Nature.

Les États-Unis sont maintenant en tête du nombre d’infections à la COVID-19 avec plus de 550 000 cas confirmés, ainsi que plus de 22 000 décès.

Vous avez aimé cet article ? Pendant cette crise, L’actualité propose gratuitement tous ses contenus pour informer le plus grand nombre. Plus que jamais, il est important de nous soutenir en vous abonnant (cliquez ici). Merci !

Vous avez des questions sur la COVID-19 ? Consultez ce site Web du gouvernement du Québec consacré au coronavirus.

Vous avez des symptômes associés à la maladie ? Appelez au 1 877 644-4545 ou consultez un professionnel de la santé.

Les commentaires sont fermés.

On entend aussi beaucoup parler (encore !) d’un comptage faux des décès par les médias (qui nous mentent, bien sûr) : techniquement les victimes ne décèderaient pas du virus mais d’une autre affection déjà présente, ce qui diminuerait de 10 fois au moins les chiffres. Études et publications scientifiques à l’appui. Par conséquent le virus ne serait pas plus dangereux que la grippe saisonnière, et les mesures prises par les gouvernements seraient une restriction des libertés individuelles sans fondement – trouvez ensuite un coupable idéal bénéficiant de la crise (par exemple, la Chine, ou encore les compagnies pharmaceutiques, ou / et les riches et puissants de ce monde…) et le tour est joué.
Cette explication est présentement très en vogue parmi les agents fédéraux suisses, par exemple.

Si nous voulions faire progresser la science, nous devrions mieux étudier comment, pourquoi et de quelle façon se construisent les mensonges et en quoi et comment un mensonge peut devenir une vérité de substitution.

Pour en revenir à la construction de cette nouvelle qui voudrait que la Covid-19 ait été créée en laboratoire, l’explication a été fournie par l’Institut Pasteur qui dispose de 133 unités de recherches à Paris et 32 Instituts dans le monde dont un à Shanghai.

L’Institut Pasteur qui est un chef de file mondial en matière d’épidémiologie et de virologie notamment, a effectivement mis au point un vaccin pour le SARS-coV-1 en 2004. Mais il n’est pas présent à Wuhan.

Ce qui donne des dents à la transmission de ce genre de fausses nouvelles, c’est que la ville de Wuhan dispose bien d’un laboratoire classifié BSL 4 (biosafety level 4) qui est autorisé à manipuler des agents pathogènes connus (ou inconnus) pour leur haute dangerosité.

Ces laboratoires — qui existent dans plusieurs pays dans le monde -, sont astreints à des normes de haute sécurité.

Ce qui par conséquent alimente la « fausse nouvelle », c’est le risque de brèche de sécurité. En cas de brèche, il devient possible d’extrapoler tout ce qu’on veut. Ces laboratoires peuvent aussi étudier les formes de transmissions possibles par aérosol.

Il convient de savoir que tous les virus pathogènes (identifiés ou non identifiés) qui existent sur Terre n’ont pas automatiquement de remèdes ou de vaccin. Même si tous les virus connus ne seront pas pandémiques, ils n’en sont pas moins mortels pour certains.

Ainsi, il n’est rare qu’un « gros mensonge » se construise sur certaines « vérités connues ».

On peut bien sûr en apprendre plus sur cette histoire en consultant l’article écrit pas l’Institut Pasteur par le lien suivant : https://www.pasteur.fr/fr/coronavirus-attention-aux-fausses-informations-covid-19-circulant-reseaux-sociaux

Effectivement, comme le précise Philippe J. Fournier, le séquençage génétique permet de révéler l’identité de tout virus. Le SARS-coV-2 (Covide-19) a des caractéristiques différentes du SARS-coV-1, ce que révèlent les analyses de comparaison génomiques. À la hauteur des connaissances connues sur cette question, aucunes manipulations en laboratoire sur le SARS-coV-1 n’auraient pu conduire à la génération du SARS-coV-2 artificiellement.

Cependant, il est facile de comprendre que pour des personnes qui ne se documentent pas, tout cela puisse être source de confusions. Ainsi l’ignorance et la confusion pourrait être l’une des principales origines de tout forme pandémique de fausses nouvelles.

Les plus populaires