Tour du monde équitable

Le photojournaliste Éric St-Pierre est allé à la rencontre des producteurs et ouvriers qui vivent du commerce équitable. Son périple l’a conduit dans 14 pays, du Mexique au Burkina Faso en passant par l’Inde. Il partage cette expérience hors du commun dans un livre aux couleurs chatoyantes, Tour du monde équitable (Les Éditions de l’Homme), qui invite le lecteur au voyage et à la réflexion.

Photo : Éric St-Pierre
Photo : Éric St-Pierre
Tour du monde équitable: soie

L’artisanat

Rabeya Begum, artisane chez Biborton, au Bangladesh, déplace des feuilles de papier de soie qui sèchent au soleil. Chez Biborton, comme dans beaucoup d’autres organisations d’artisans du Bangladesh, une grande partie de la main-d’œuvre est composée de mères de famille monoparentale. Ce travail leur permet de sortir de la misère ou de la rue. « Maintenant, je peux offrir trois repas par jour à mes enfants, et même faire venir un professeur à la maison pour aider aux leçons », explique Hanufa Begum, qui travaille à la Charity Foundation, un autre atelier d’artisanat.

C’est par l’échange de produits artisanaux que sont nées les premières initiatives de commerce équitable, dans les années 1940. Le succès de ces projets a permis l’essor de ce type d’entreprises avec la multiplication des boutiques Dix Mille Villages et Magasin du Monde dans les années 1960 et 1970. Aujourd’hui, l’Association mondiale du commerce équitable regroupe plus de 350 organisations, et les 50 boutiques Dix Mille Villages du Canada proposent plus de 2000 produits.

 

Tour du monde équitable: café


Le café

L’Éthiopie a vu naître les premiers caféiers. La culture de cette fève représente 50 % des recettes d’exportation du pays. Wendemageh Kebege fait partie des 15 millions d’Éthiopiens qui participent à la production du café. Il s’assure que le soleil sèche uniformément les grains étalés sur des tables recouvertes de jute.

Le café est le produit phare du commerce équitable, avec près de 1,8 milliard de dollars de ventes au détail. Le Canada est d’ailleurs le quatrième pays importateur de café équitable, derrière les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

 

Tour du monde équitable: cacao


Le cacao

C’est en République dominicaine que le photojournaliste Éric St-Pierre a pris ce cliché. L’écabossage, qui révèle les fèves, n’est que la première étape du processus de transformation. On fera ensuite fermenter les fèves blanches de cacao pour en enlever la pulpe, puis on les mettra à sécher au soleil. Sur l’île, 10 000 producteurs sont regroupés au sein de la Conacado, fédération nationale de coopératives agricoles dont les exportations de cacao ont franchi la barre des 30 % de la production nationale en 2002. C’est plus que celles des grandes multinationales… Une première dans l’histoire de l’île !

Si le cacao a d’abord été découvert en Amérique du Sud et centrale, les deux tiers de la production mondiale viennent aujourd’hui de l’Afrique. Comme celle du café, sa culture fait vivre des millions de familles et rend les pays qui le cultivent très dépendants des cours de cette denrée. Éric St-Pierre souligne dans son ouvrage les dangers de cette monoculture, dangers économiques, écologiques, mais aussi sociaux, car beaucoup d’enfants sont encore exploités dans les grandes plantations.

 

Tour du monde équitable: sucre

La canne à sucre

Au Costa Rica, un travailleur ramasse les tiges de canne à sucre fraîchement coupées, avant de les transporter à l’usine où elles seront transformées. L’usine appartient à la CoopAgri, qui regroupe plus de 10 000 membres, un fait rare pour un marché en général contrôlé par les grandes entreprises privées.

Mais avec seulement 57 000 tonnes importées chaque année, le commerce équitable n’est pour le moment qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’industrie de la canne à sucre. Il se produit 1,6 milliard de tonnes de sucre de canne par an.

Au Canada, la coopérative La Siembra, d’Ottawa-Gatineau, est le premier fabricant de produits de chocolat et de sucre biologiques et équitables au pays.

 

Tour du monde équitable: thé


Le thé

C’est l’heure de la récolte dans le jardin de thé Makaibari, dans la région de Darjiling, en Inde. Cette plantation est la première de la région à avoir obtenu la certification équitable, en 1988.

Au fil des ans, elle a mis sur pied une organisation originale, différente du modèle habituel du commerce équitable. Il ne s’agit pas d’une coopérative de petits producteurs possédant leur terrain. Le propriétaire, Rajah Banerjee, a plutôt mis en place un conseil d’administration composé de travailleurs (dont des femmes, une rareté dans la région) et partage ainsi la prise de décisions. Les revenus issus du commerce équitable sont réinvestis dans des projets qui bénéficient à l’ensemble des travailleurs : des programmes éducatifs et un système de bourses d’études pour les enfants, un fonds pour le microcrédit ou encore des aménagements pour favoriser l’écotourisme.

Même si ce type d’initiative reste marginal dans ce secteur encore très marqué par l’héritage colonial des grandes plantations hiérarchisées, le commerce équitable du thé enregistre une belle progression, notamment au Canada, où les importations ont connu une croissance de 215 % entre 2007 et 2008.

 

Tour du monde équitable: fleurs


Les fleurs

Fraîchement coupées dans les serres de Nevado, en Équateur, les fleurs sont emballées avant d’être acheminées en Europe et en Amérique du Nord. Produit non alimentaire, elles ont eu du mal à s’imposer comme candidates à la certification dans le petit monde du commerce équitable. Mais les conditions de travail désastreuses des salariés, majoritairement des femmes, ont fait réagir Markus Staub, de la certification Max Havelaar Suisse.

« Au début des année 1990, il y a eu des campagnes pour sensibiliser les consommateurs suisses et allemands aux mauvaises conditions de travail et à l’utilisation massive de produits chimiques dans l’industrie des fleurs.» Aujourd’hui, pas moins de 50 % des fleurs importées dans le pays sont certifiées. Cela garantit aux salariés des conditions de travail décentes, de meilleurs revenus et des avantages sociaux.

 

Tour du monde équitable: riz

Le riz

Le commerce équitable du riz compte seulement 15 organisations de petits producteurs réparties dans quatre pays, dont près des deux tiers en Thaïlande. Sur ce cliché, des paysans thaïlandais agitent des éventails pour aérer les grains et en éliminer sommairement les impuretés.

Aliment de base de la moitié de la population mondiale, le riz est produit en majorité dans le pays où il sera mangé, puisque seulement 7 % de la récolte mondiale traverse une frontière internationale. Sur les 650 millions de tonnes de cette production, le riz équitable fait figure de grain de sable. Au Canada, il ne représente que 0,0006 % de l’offre commerciale.

 

Tour du monde équitable: coton


Le coton

Dans son champ de la région de Kita, au Mali, Famoussa Keita trie des capsules de coton. Depuis 2004, date du début de la certification, le marché du coton équitable est en plein essor. De 2007 à 2008, il a connu une croissance de 94 % de ses ventes, dont les trois quarts ont été réalisées en Grande-Bretagne.

Cependant, si le commerce équitable permet d’améliorer les conditions de vie des petits producteurs maliens, comme Famoussa Keita, la concurrence du coton chinois, moins cher, et américain, très subventionné par le gouvernement, met en péril l’équilibre de l’industrie cotonnière.

 

Tour du monde équitable: bananes

La banane

Éric St-Pierre s’est rendu en Équateur, où il a rencontré de petits producteurs, comme Vincente Matute. Ce dernier est l’un des 450 membres de l’association de producteurs El Guabo, créée en 1997. Grâce aux primes équitables (1 $ par boîte de bananes; 2,2 millions sont exportées chaque année au sein de l’association), « nous avons une clinique avec un médecin et une infirmière […], et nous prenons en charge les salaires de 17 professeurs dans des écoles de la région », raconte Lianne Zoeteweij, la directrice d’El Guabo.

Avec 300 000 tonnes de bananes importées chaque année, le premier produit de la filière équitable est aussi la cinquième denrée alimentaire commercialisée dans le monde, selon Équiterre. Depuis 2008, Équicosta importe des bananes équitables au Québec.

 

Tour du monde équitable: karité


Le karité

Seulement importé par le Canada et la France, le karité occupe une place encore très marginale dans le commerce équitable. Issu de l’arbre du même nom, qui ne pousse que sur une bande du continent africain comprise entre la Guinée-Bissau et l’Éthiopie, c’est une ressource menacée par les nombreux feux de brousse et l’utilisation du bois de karité par les populations. L’intégration à la filière équitable semble être une bonne façon de protéger cet arbre et ses fruits aux vertus cosmétiques, médicinales et même culinaires (on l’emploie en remplacement du beurre de cacao).

Le beurre de karité est obtenu au terme d’un très long processus. De 15 à 20 ans sont nécessaires à l’arbre pour qu’il ait ses premiers fruits. Une récolte de 20 kilos de noix ne donnera que deux kilos et demi du précieux produit, et il faudra pas moins de 20 étapes pour que des Africaines transforment la noix en beurre. Au Burkina Faso, Catherine Nana et sa fille concassent les noix pour en extraire les amandes. C’est la cinquième étape du processus.

 

Tour du monde équitable: quinoa


Le quinoa

En dehors des pays andins, comme la Bolivie et le Pérou, le quinoa reste encore assez peu connu. Pourtant, cette plante herbacée est cultivée depuis des millénaires sur les hauts plateaux de l’Amérique du Sud, un héritage que perpétue Miguel-Angel Mayorga, qui regroupe ici les gerbes de quinoa fraîchement coupées.

Aujourd’hui, ce produit est reconnu pour ses grandes qualités nutritives par les scientifiques, qui le considèrent comme l’un des meilleurs aliments d’origine végétale. Le quinoa renferme tous les acides aminés (un cas unique parmi les végétaux) et est riche en minéraux comme le phosphore, le magnésium et le calcium.

Grâce à l’engouement qu’il suscite dans les pays du Nord, les hauts plateaux, très touchés par l’exode rural, commencent à voir revenir des agriculteurs partis en ville en quête d’un travail plus lucratif. La filière équitable se développe doucement, entre autres en Bolivie, pays qui produit 75 % du quinoa équitable offert sur le marché. Le Canada est le cinquième pays importateur de quinoa équitable au monde.

 

Tour du monde équitable: vin


Le vin

C’est le temps des vendanges dans la plantation de José Elias Palma Vallejos, au Chili. Il fait partie de la Sociedad vitivinicola de Sagrada Familia, qui regroupe des petits producteurs de la région. Grâce aux primes équitables, des soins de santé et des bourses d’études sont offerts aux membres. De plus, la vinification est désormais effectuée directement sur place, ce qui permet de proposer de meilleurs prix de vente.

À l’heure actuelle, l’association continue à se développer. « En 2008, notre croissance a été de 76 % ! […] Sans le commerce équitable, on n’y serait jamais parvenu. Nous voulons aujourd’hui que d’autres groupes de petits producteurs bénéficient de ce modèle », affirme Raphael Espinoza Inostroza, président du conseil d’administration. En Amérique du Sud, le commerce équitable contribue peu à peu (il ne représente que 0,002 % du marché) à réduire les injustices économiques dans un marché ultraconcurrentiel.

 

Tour du monde équitable: guarana


Le guarana

Ce petit fruit est à la base de la fabrication des boissons énergétiques vendues partout dans le monde. Ou tout au moins d’un petit nombre de ces breuvages, puisque seulement 4 000 tonnes de guarana sont produites au Brésil (le seul pays à le cultiver à des fins commerciales), à peine assez pour la consommation annuelle des Brésiliens ! Le reste des boissons est seulement « à saveur de guarana ».

Éric St-Pierre s’est rendu dans la forêt amazonienne chez les Indiens de la tribu Satéré-Mawé, pour qui la culture de cette plante est une tradition. Leur breuvage sacré fait à base de grains de ce fruit, le çapo, est consommé depuis des siècles pour ses vertus stimulantes et aphrodisiaques, mais aussi pour ses propriétés médicinales antidiarrhéiques et antinévralgiques.

Pour Obadias Batista Garcia, chef de la tribu et organisateur du Projet Guarana, le commerce équitable a aidé les Satéré-Mawés à retrouver la culture de la nation tout en améliorant leurs conditions de vie. En effet, depuis qu’une association de commerce équitable italienne a commencé à acheter leur production à un très bon prix, leurs champs ne sont plus à l’abandon. « Sacré commerce équitable ! Ça ressemble tout à fait à l’économie indienne : dans les deux cas, il s’agit de protéger les hommes et l’environnement ! » résume-t-il.

 

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