Trump s’éloigne du point de bascule

Joe Biden est donné gagnant dans tous les États pivots remportés par Donald Trump en 2016, portant son avance de quatre à neuf points dans l’ensemble du pays.

Crédit : L'actualité

Sans le « traumatisme électoral » de 2016, les analystes de la politique américaine n’hésiteraient probablement pas à affirmer que la présidence de Donald Trump semble tirer à sa fin et que, à moins d’un scandale majeur dans les semaines à venir, Joe Biden remportera haut la main l’élection présidentielle du 3 novembre prochain.

En effet, non seulement les chiffres actuels indiquent que le candidat démocrate est largement favori pour l’emporter, mais l’avance dont jouit Joe Biden est d’une tout autre ampleur que celle qui était attribuée à Hillary Clinton en 2016.

Sauf que… l’élection de 2016 a bel et bien eu lieu, alors sondeurs et analystes redoublent de prudence et font preuve d’une grande retenue.

Une façon de visualiser la minuscule marge de victoire de Trump en 2016 est d’utiliser le concept du point de bascule. Pour ce faire, on place sur un graphique les États américains en ordre selon l’écart du vote entre démocrates et républicains, puis on détermine le point où un des candidats atteint le fameux seuil des 270 grands électeurs, lui assurant une majorité au Collège électoral.

Voici ce graphique avec les résultats de l’élection présidentielle de 2016 (cliquez pour agrandir). À gauche se trouvent les États qui ont voté en majorité pour les républicains, et à droite, pour les démocrates. En nous approchant du centre, nous reconnaissons les États pivots (swing states) habituels : les États du Midwest, la Floride, le Nevada, la Caroline du Nord, etc.



En 2016, Trump a dépassé le point de bascule par la plus faible des marges : il a remporté le Michigan par 0,2 %, la Pennsylvanie par 0,7 % et le Wisconsin par 0,8 %. On peut voir, dans le graphique ci-dessus, que le Wisconsin est considéré comme le « point de bascule » de cette élection. Autrement dit, c’est avec cet État que Trump a réussi à atteindre le seuil victorieux des 270 grands électeurs (la ligne pointillée horizontale du graphique ci-dessous).


Or, alors que les sondages de 2016 avaient prédit la course serrée en Floride, au Michigan et en Pennsylvanie (des États remportés par Trump par un point ou moins), les projections au Wisconsin se sont révélées inexactes. En moyenne, Hillary Clinton menait dans cet État par environ six points lors des derniers jours de la campagne et était en tête de tous les sondages qui y ont été réalisés entre septembre et novembre 2016.

Regardons maintenant la situation actuelle de la course à la présidentielle de 2020. Bien que les chiffres fluctuent de jour en jour, nous remarquons que le point de bascule est… le Wisconsin. Mais cette fois, ce sont les démocrates qui franchissent ce seuil :



Néanmoins, l’avance de Joe Biden à l’échelle nationale comme dans les États pivots est incomparable à celle de la candidate démocrate en 2016. En juillet 2016, l’avance de Hillary Clinton était estimée à deux ou trois points par rapport à Donald Trump, et les sondeurs prévoyaient de chaudes luttes dans les États pivots mentionnés plus haut (à l’exception du Wisconsin). Depuis le début du printemps 2020, Joe Biden a augmenté son avance de quatre à neuf points dans l’ensemble du pays, et il est en avance dans tous les États pivots remportés par Trump en 2016.



En fait, Joe Biden pourrait perdre tous les États qui figurent à gauche du Wisconsin dans le graphique ci-dessous (la Floride, la Caroline du Nord, la Georgie, l’Ohio, l’Iowa et l’Arizona) et remporter quand même la présidence. Lui et son équipe disposent donc d’une certaine marge de manœuvre dans cette élection.



 

Même le Texas, un État solidement républicain, est maintenant considéré comme un État pivot. Voici tous les résultats des sondages réalisés dans le Lone Star State depuis avril dernier :



Trump a finalement remporté le Texas par neuf points en 2016. Cette année, sans le Texas et ses 38 grands électeurs, il n’y a pas de scénario victorieux pour Trump.

Donc, même avec une campagne presque exclusivement virtuelle – pandémie oblige –, Joe Biden semble être le grand favori de cette course à la présidence. Sa stratégie : laisser les électeurs se lasser des fourberies de Trump. Depuis avril, la cote de popularité du président a chuté de six points selon les chiffres recueillis par FiveThirtyEight et, si l’on se fie aux sondages, 55 % des électeurs américains désapprouvent Trump.

Cette stratégie de l’équipe de Joe Biden pourrait se résumer par une citation généralement attribuée à Napoléon Bonaparte : « N’interrompez jamais votre ennemi lorsqu’il est en train de faire une erreur. »

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Toutes les projections liées à l’élection présidentielle américaine de 2020 sont tirées du site Qc125.

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Les données qui sont ici présentées par Philippe J. Fournier tendraient à démontrer ce qui dans la langue commune s’appelle une « tendance lourde ». Ce qui signifie que la possibilité d’une réélection du président sortant est non seulement faible, elle serait extrêmement faible.

Si cette tendance devait se maintenir — il sera selon moi très difficile de l’inverser -, cela conduirait peut-être au pire résultat obtenu par un président en exercice qui sollicite un deuxième mandat.

L’observation des graphiques confirme que même le Texas serait à un poil de passer aux démocrates.

Faut-il s’étonner de tout cela ? Au regard de la gestion pitoyable de la pandémie qui sévit toujours de manière virulente dans ce pays, laquelle met en péril la vie et la survie de millions d’Américains qui ont besoin d’espoir, de souffler un peu et d’être consolés par celles et ceux qui aspirent aux plus hautes charges.

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