La bataille de l’info en Ukraine

Sur le plan de l’information et de la propagande, le conflit ukrainien est une sale guerre. La nouvelle chaîne télé d’État Ukraine Tomorrow gagnera-t-elle le combat face à Russia Today ?

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Yuriy Stets, ministre ukrainien de la Politique de l’information, annonçant la création de la chaîne d’État Ukraine Tomorrow (L’Ukraine demain) à la fin du mois de février dernier. – Photo extraite d’une vidéo diffusée sur Ukraine Today

Lorsque des représentants ukrainiens sont venus demander de l’aide à Washington, l’an dernier, ils ont présenté des preuves photographiques de la présence de troupes russes en Ukraine. Seul problème: deux des photos semblaient avoir été prises lors de la guerre entre la Russie et la Géorgie, en 2008. Des journalistes ont mis en doute l’authenticité d’au moins un autre cliché.

Intentionnel ou non, ce geste illustre le désespoir du nouveau gouvernement ukrainien devant les succès de l’insurrection armée dans l’est du pays. La Russie alimente le conflit par une combinaison de propagande et de soutien militaire voilé. Kiev veut riposter coûte que coûte, de toutes les manières possibles — pas seulement sur le sol, mais dans les cœurs et les esprits. Comment s’y prendre?

Le Kremlin connaît la recette. Après que les protestataires de Kiev eurent renversé l’ex-président prorusse Viktor Ianoukovitch, l’an dernier, les nombreux médias sous l’autorité du gouvernement de Vladimir Poutine ont dépeint ce soulèvement populaire comme un putsch «fasciste». Des reportages télévisés incendiaires, à mi-chemin de l’exagération grossière et des mensonges purs et simples, ont semé la panique parmi les téléspectateurs russophones de Crimée, en laissant entendre que le nouveau gouvernement d’Ukraine allait les traquer. Plusieurs chaînes de télévision russes, seules sources d’information pour la majorité des russophones de Crimée et de l’Est ukrainien, ont par la suite été retirées des ondes ukrainiennes, mais le mal était fait.

Le gouvernement ukrainien a pris note. Un nouveau ministère de la Politique de l’information a été créé, dirigé par un ancien journaliste, proche allié du président Petro Porochenko. Le programme de lutte contre la propagande du Kremlin comprend deux volets. Une «armée de l’information» de plusieurs milliers de volontaires a été levée pour riposter sur le Web et dans les réseaux sociaux aux campagnes de désinformation prorusses.

À venir : une chaîne télé d’État baptisée Ukraine Tomorrow (L’Ukraine demain), réplique peu subtile à Russia Today (La Russie aujourd’hui, maintenant appelée RT), réseau étatique généreusement financé qui a joué un rôle clé dans la diffusion du point de vue de Moscou auprès du reste du monde. RT et la plupart des autres télévisions publiques russes font preuve d’une maîtrise technique irréprochable du média, et leur talent de dramatisation n’est plus à prouver. «Aujourd’hui leur appartient, mais l’avenir est à nous», a lancé le ministre Iouri Stets lors d’un point de presse.

Les journalistes ukrainiens sont toutefois critiques de ces initiatives, perçues comme de maladroites imitations du modèle russe. Le nouveau ministère a rapidement été surnommé «le ministère de la Vérité», un clin d’œil au roman d’anticipation 1984, de George Orwell. Pourquoi dédoubler le travail des services de presse officiels des ministères et institutions publiques, qui servent déjà à relayer le point de vue des autorités? s’interroge Lesya Ganzha, journaliste de Kiev spécialisée dans les médias.

Ces services de presse ne sont d’ailleurs pas d’une grande utilité pour les journalistes. Difficile d’obtenir de l’information fiable auprès d’eux, particulièrement sur ce qui se passe dans l’est du pays. En février, les rebelles ont repoussé les troupes gouvernementales hors de la ville stratégique de Debaltseve. Selon la version officielle, le retrait s’est fait d’une manière ordonnée. Selon les journalistes sur place, les troupes furent massacrées alors qu’elles fuyaient désespérément devant l’ennemi.

Tant l’Ukraine que la Russie gonflent les bilans de victimes civiles du conflit et lancent des accusations douteuses contre leur adversaire. Mais les Ukrainiens qui voyaient une victoire morale dans le renversement du régime Ianoukovitch, l’an dernier, sont troublés par les tentatives de désinformation de leur propre gouvernement. «Si nous commençons à nous plaindre de la propagande russe, on nous répondra de regarder ce que nous faisons nous-mêmes», dit Yevhen Fedchenko, directeur de l’école de journalisme de l’université nationale Académie Mohyla de Kiev.

L’objectif ultime de Kiev est de convaincre l’Occident de rester à ses côtés et de lui fournir un soutien militaire accru, dit Balazs Jarabik, chercheur associé à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. «Il s’agit d’abord de contrer la propagande russe en Occident», dit-il. Jusqu’ici, ni le fiasco des photos à Washington ni les autres manœuvres de désinformation en Ukraine ne semblent avoir affaibli le soutien occidental à son endroit. Et ce, même si les médias russes ont tout fait pour dépeindre le régime en place comme étant incompétent.

Mais à Kiev et ailleurs au pays, la lenteur des réformes et les défaites militaires alimentent un vent de mécontentement à l’endroit des autorités. Un autre soulèvement populaire est improbable, mais le nouveau régime n’a pas réussi à répondre adéquatement aux attentes postrévolutionnaires, selon de nombreux observateurs. La tâche principale du ministre de la Politique de l’information est de restaurer la confiance dans le gouvernement. Dans un pays où la population n’a jamais vraiment fait confiance à ses dirigeants, c’est une mission très ambitieuse. (Traduction : Claude Aubin – article original publié par Maclean’s)

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J’aimerais réagir à cet article de Dan Peleschuk paru initialement dans Macleans’s du 6 mars dernier sous le titre : « Russia Today vs. Ukraine tomorrow », ici traduit dans les colonnes de L’actualité. Pour moi, cet article est essentiellement établi sur des bases formées de plusieurs approximations.

Bien que je sois conscient qu’écrire une bonne traduction n’est pas toujours un exercice facile, je relève qu’on trouve ici plusieurs omissions de phrases et plusieurs expressions imagées qui n’étaient pas présentes dans le texte original.

— Voici quelques points qui selon moi auraient mérité d’être approfondis :

Si on comprend bien les propos, la cause principale du retour de la Crimée dans le giron de la Russie…. Tout cela serait dû aux télévisions russes qui diffusaient sur ce territoire des informations fausses. Bref pour parler simple, les criméens sont des idiots à 90% qui ne s’abreuvaient pas à la bonne source d’information…. La seule qui soit juste, bonne, équitable, exacte. Bien sûr, bien évidemment c’est celle qui viendrait en droite ligne de Kiev. Sauf que… même les journalistes ukrainiens en doutent….

Si actuellement les sondages effectués par des instituts occidentaux (Gallup entre autre) établissent que l’immense majorité des criméens ne regrettent pas le moins du monde leur choix, la satisfaction est aussi vraie parmi les minorités tatares et ukrainiennes qui pourtant n’avaient pas fait ce choix… ce serait, faudrait croire, en raison de l’endoctrinement…. Certainement pas l’avis de Forbes magazine aux dernières nouvelles.

Lorsque ce journaliste écrit ou plutôt la traduction : « Le gouvernement ukrainien a pris note. Un nouveau ministère de la Politique de l’information a été créé » ; c’est plutôt je suppose, du nouveau ministère ukrainien de la propagande dont on voulait parler… Est-il vraiment nécessaire dans un monde supposément redevenu libre depuis la fuite de Viktor Fedorovytch Ianoukovytch, d’avoir un Ministère pour exercer le contrôle absolu de l’information ? Même les propagandistes russes n’ont pas ça !

Lorsque Dan Peleschuk — relativement à la bataille de Debaltseve -, écrit : « Selon les journalistes sur place, les troupes furent massacrées alors qu’elles fuyaient désespérément devant l’ennemi. » Je serais bien aise de connaître les sources de semblables divagations ? Qui étaient donc ces journalistes sur place qui ont assisté aux massacres ? À ma connaissance aucun journaliste n’était dûment accrédité dans cette zone de combats.

Toute personne le moindrement bien informée savait que l’armée ukrainienne était encerclée, qu’elle manquait d’approvisionnements en raison de l’encerclement. Ces poches (puisqu’il y en avait deux) ont été le théâtre violents combats est un fait avéré. Pour qu’il y ait eu massacre cependant, il aurait fallu que les soldats ukrainiens aient été au préalable désarmés puis tués, ce qui est en totale contravention du droit de la guerre. Il y a eu des soldats qui ont été tués dans chaque camp ; quant au nombre exact, il reste encore indéterminé.

De quelle façon le journaliste peut-il arguer que : « Tant l’Ukraine que la Russie gonflent les bilans de victimes civiles » ? — Ici encore, Dan Peleschuk construit son argumentation sur la base d’une affirmation invérifiable, pour nous convaincre que ce qu’il dit est vrai. Les gens souffrent dans la région du Donbass, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées pour fuir les bombardements. Ce sont ici encore des faits avérés.

— Est-ce que c’est la comptabilité du nombre de morts qui permettra de mettre fin au conflit ? Et pourquoi vouloir opiniâtrement minimiser ce drame humain ? Est-ce que c’est plaisant pour un parent de voir mourir ne serait-ce qu’un seul de ses enfants dans un bombardement ?

Dan Peleschuk démontre par les propos tenus dans son article qu’il est incapable d’éprouver la moindre empathie pour celles et ceux qui souffrent quel que soit le camp. À l’inexactitude s’ajoute l’ambiguïté puisque tout ce qu’il faut retenir de ses propos, c’est que la seule façon de contrer la propagande russe, c’est de répondre par des informations truquées pour seule fin de conserver intact le soutien de ses nouveaux alliés.

Autant dire alors que les américains, les européens tout comme le public canadien sont aussi des idiots qui avalent tout rond, tout ce qui leur vient du maître chocolatier : Petro Oleksiovytch Porochenko.

*** Nota : Le président Porochenko ayant comme chacun sait fait fortune grâce à ses fabriques de chocolats, fort appréciés des russes soit dit en passant.

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