Un automne palestinien

La jeunesse rêve d’un mouvement à la Martin Luther King.

La jeunesse rêve d’un mouvement à la Martin Luther King.
Photo : poste de contrôle de Qalandia (Wiki CC2.0)

Pneus brûlés et pierres lancées d’un côté, gaz lacrymogènes et balles de caoutchouc de l’autre… Le 5 juin dernier, les environs du poste de contrôle de Qalandia, en Cisjordanie, ont été le théâtre d’une scène maintes fois jouée entre militants palestiniens et soldats israéliens.

Ce jour-là, toutefois, lorsque les manifestants ont commencé à battre en retraite, une trentaine de jeunes ont continué d’avancer. Leur but ? Forcer le poste de contrôle qui les sépare de Jérusalem pour commémorer la Naksa – la défaite arabe dans la guerre des Six Jours, en 1967, qui a entraîné la prise de contrôle par Israël des territoires palestiniens et de Jérusalem-Est.

Fadi Quran, 23 ans, s’est dirigé vers le mur de séparation, couvert de graffitis à la gloire de la Palestine. Il s’est arrêté à quelques centimètres des soldats, qui l’ont repoussé. « Vous pouvez me frapper. Frappez-moi ! » leur a lancé le gaillard, les bras croisés derrière le dos.

Le jeune homme prône les actions non violentes de résistance populaire. Depuis le printemps, ils sont quelques cen­taines, comme lui, à concerter leurs efforts – même s’ils rejettent l’idée d’une structure, d’un nom et d’un chef. Alors que leurs parents appelaient à des solutions politiques, comme la création d’un État, eux revendiquent avant tout la liberté, l’égalité et la justice.

Le printemps arabe leur a donné espoir. Et il a encouragé les militants des pays arabes à discuter de leur vécu respectif, grâce à Internet et aux réseaux sociaux. « Nous échangeons nos stratégies, nous faisons part de nos expériences et nous essayons d’apprendre les uns des autres », résume Hurriyah Ziada, étudiante en sociologie de 21 ans.

Fadi Quran souhaite maintenant la multiplication des actions sur le terrain, inspirées notamment du mouvement des droits civiques aux États-Unis : dans les années 1950 et 1960, des Américains se sont battus pour les droits des Noirs en organisant des marches et des boycottages.

Depuis mai, le consultant en médias sociaux Maath Musleh, 25 ans, aussi actif dans le groupe, retransmet en direct les images de manifestations à Nabi Saleh. Depuis quelques années, ce village est devenu, comme plusieurs autres en Cisjordanie, un lieu de rassemblement hebdomadaire pour protester contre la barrière qui sépare la Cisjordanie d’Israël.

« Les médias sociaux sont très importants, dit le Palestinien au regard vert et au crâne rasé. Ça attire l’attention sur nous. Et la retransmission en direct, ce n’est pas comme une vidéo, qui peut être éditée. » L’armée israélienne et les manifestants s’accusent régulièrement de manipuler les images en leur faveur.

Mais tous ne partagent pas l’enthousiasme des militants. « La génération de mon père trouve notre démarche inutile », poursuit Maath Musleh, natif de Jérusalem. L’armée israélienne considère les manifestations hebdomadaires contre la barrière comme illégales et vio­lentes, en raison notamment des pierres lancées par certains protestataires. Les jeunes militants disent décourager de telles actions, mais hésitent à les condamner.

De nombreux Israéliens participent également aux manifestations. Ainsi, Yoni Kallai, 28 ans, est membre des Combattants pour la paix, qui regroupent des Israéliens et des Palestiniens pacifistes. Il organise des acti­vités communes et se joint parfois à certaines manifestations.

« Je vois que les manifestants palestiniens prennent une direction non violente, ce qui est une bonne chose, dit le jeune homme. Malheureusement, les Israéliens l’ignorent. Chaque semaine, ils entendent à la radio que des soldats ont été blessés dans des manifestations palestiniennes. Je ne sais pas si c’est vrai ou non. Je sais que la plupart de ces manifestants sont pacifiques. Mais ce n’est pas l’image que la société israélienne reçoit. »

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