Un reporter de L’actualité agressé au Caire : le récit

Quelques jours après avoir été battu dans les rues du Caire par des manifestants pro-Moubarak, le journaliste de L’actualité Jonathan Pedneault est de retour au pays. Voici le récit des événements.

Jonathan Pedneault

Une pluie de pierres s’abat sur l’immeuble de cinq étages où s’est réfugié le journaliste de L’actualité Jonathan Pedneault. Les carreaux volent en éclats. Des cris de panique jaillissent dans une pièce voisine. Un cocktail Molotov provoque un début d’incendie. Il faut sortir dans la rue, là où des partisans du président Moubarak prennent en chasse les opposants au régime de même que les journalistes. Il est 21h en ce mercredi 2 février et le Caire s’embrase.

Plus tôt dans la journée, aux alentours de la place Tahrir, Jonathan Pedneault interviewait des Égyptiens pacifiques, mais excédés par le règne sans fin du président Moubarak. Des partisans du régime, de plus en plus nombreux, harcelaient les manifestants. Quand des coups de feu ont retenti et que des pierres ont fusé, le journaliste de L’actualité s’est mis à l’abri dans un immeuble, avec un journaliste, un caméraman et un réalisateur de Fox News. Mais les partisans de Moubarak ont vite fait d’entourer et d’envahir le bâtiment.

Cachés dans un appartement du dernier étage, les quatre hommes sont désormais dans une position intenable. Juste au-dessus de leur tête, des manifestants ont pris position sur le toit de l’immeuble. Ils arrosent la rue de cocktails incendiaires. Des manifestants du camp adverse leur répondent en les bombardant de pierres.

La bataille dure pendant plus d’une heure, puis un cocktail Molotov éclate dans un couloir. Les quatre hommes, désespérés, doivent sortir. Aussitôt dans la rue, ils sont assaillis. Le réalisateur de Fox News, un Palestinien, réussit à s’éclipser. La foule s’acharne sur les trois qui restent. Les militaires, tout près, n’interviennent pas. Le journaliste américain de Fox News a les mains et le visage couverts de sang. Le caméraman, un Néo-Zélandais, est poignardé à la cuisse. Jonathan Pedneault grimpe sur un tank, brandit son passeport canadien, demande de l’aide. Un soldat le repousse au sol à coups de crosse. Les attaques de la foule redoublent. Le journaliste ne voit plus rien. Il a perdu ses lunettes, du sang brouille sa vue. On s’empare de leurs passeports, portefeuilles, caméras.

Deux Égyptiens providentiels arrachent le journaliste de L’actualité de la mêlée et le traînent à la course jusqu’à une ambulance. Avant que les ambulanciers aient pu démarrer, quelqu’un réussit à ouvrir la porte et tente de tabasser le blessé. L’assaillant est repoussé. L’ambulance démarre. Le caméraman et le journaliste de Fox News trouvent refuge dans un tank, qui s’ébranle en direction des secours.

Une heure et demie plus tard, ils sont tous les trois réunis dans une chambre d’hôpital. Un militaire posté à l’entrée les empêche de sortir. Ils sont en détention. Il faut une douzaine de points de suture pour recoudre les plaies à la tête, heureusement superficielles, de Jonathan Pedneault. Il est le moins amoché du groupe. L’ambas-sadeur néo-zélandais leur rend visite, leur promet de les sortir de là.

Les militaires conduisent les deux journalistes et le caméraman vers une caserne. On leur bande les yeux durant ce qui semble une éternité. Ils sont photographiés, filmés, fichés. Sans explication, ils sont reconduits à l’hôpital. L’ambassadeur néo-zélandais les attend dans sa Merce-des bleue. Ils filent vers l’aéroport. Quarante-huit heures plus tard, Jonathan Pedneault, 20 ans, pose enfin le pied à Montréal. 

 

Journaliste indépendant, Jonathan Pedneault signe ce mois-ci son premier reportage dans L’actualité, « Sur la trace des pirates », qui raconte son incursion dans le monde des pirates somaliens. En 2008, il a coproduit, avec Alexandre Trudeau, un documentaire pour Radio-Canada, Refuge : un film sur le Darfour.

Avant cet événement, Jonathan Pedneault avait publié un récit des affrontements sur la place Tahrir : « 48 h dans les rues du Caire ».


Lors d’un tournage au Darfour. Photo : Les films Juju

 

 

L’actualité tient à remercier tous ceux et celles qui ont contribué au rapatriement rapide de Jonathan Pedneault : le ministère des Affaires étrangères du Canada et les employés de son centre d’opération ; les services consulaires du Canada au Caire, à Londres et à Berlin ; la délégation générale du Québec à Londres ; les services consulaires de la Nouvelle-Zélande au Caire ; les employés d’Air Canada à Montréal et à Francfort ; Aéroport de Montréal ; La Presse ; RFI et l’hôtel Dahab au Caire.