Une autre journée «comme ça»

La mécanique des mots-clics #JeSuisX, des déclarations publiques, des dessins qui font du bien et des drapeaux en berne est désormais bien huilée.

(Mise à jour, 30 janvier 2017) Cette fois, c’est chez nous. Cette fois, c’est dans notre cour. Une cour si petite qu’on a le frisson de découvrir qu’on la partageait avec des tueurs. Et, pour l’instant, le lieu de la tuerie, c’est pas mal tout ce que l’on connaît.

Qui? Pourquoi? Personne ne le sait au moment où j’écris ces lignes. Ça n’empêche pas tout un chacun d’y aller de ses analyses, de pelleter du vide comme si les victimes ne méritaient pas mieux.

Arrivera bien un moment où il y aura quelque chose à dire sur cet attentat. Quelque chose de signifiant. Peut-être même d’utile, on croise les doigts. Mais pour l’instant, il n’y a rien à dire, sauf peut-être de témoigner de l’impuissance et de cette étrange impression de voir se mettre en place une mécanique qu’on a vu trop souvent. Chez nous, cette fois. Dans notre cour.

Depuis que je blogue pour L’actualité, c’est le quatrième attentat sur lequel je dois écrire, et je n’ai pas plus de mots maintenant qu’au premier. Vous trouverez ci-dessous un texte que j’ai écrit il y a presque un an, lors des attentats de Bruxelles, lors d’une autre journée «comme ça».

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Photo: Geert Vanden Wijngaert/AP Photo
Photo: Geert Vanden Wijngaert/AP Photo

 

 

Mardi le 22 mars aura donc été une journée «comme ça». On commence à les connaître un peu trop, ces journées.

Bombe à l’aéroport de Bruxelles. Bombe dans le métro de Bruxelles, ce métro qui rappelle celui de ma ville, avec ses petites tuiles orange et son look des années 1970. Tonne de morts. Tonne de blessés. Dur réveil.

S’enclenche alors la suite d’événements qui vont avec les journées « comme ça ».

La mécanique des mots-clics #JeSuisX, des déclarations publiques, des dessins qui font du bien et des drapeaux en berne est désormais bien huilée. Avec l’habitude, tout se met en place avec une terrible efficacité.


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Le groupe État islamique et son manuel de la terreur


À chaque journée «comme ça» qui s’ajoute à la liste funeste, la mécanique devient de plus en plus apparente. Presque comme une peinture à numéro de la réaction à l’horreur.

On ne serait presque pas surpris de voir bientôt un politicien maladroit tweeter un message formaté, genre de carte Hallmark pour attentats, en oubliant de remplir une des cases. «Je condamne fermement les attaques terroristes de [Nom de la ville]. Mes pensées vont aux victimes.»

Facebook offre même une page pour savoir si nos amis belges sont en sécurité. Facebook: là où tu partages des photos de vacances, prends des nouvelles de ta famille et… rassures tes amis que, non, tu n’es pas mort en prenant le métro ce matin. Terriblement ordinaire.

Sur ce même Facebook, le partage d’une image de Tintin qui pleure est encore sincère, même si un peu mécanique.

On pense aux victimes, mais la minute de silence se compresse un peu plus à chaque journée «comme ça». Les secondes de celle de Bruxelles semblent défiler à toute vitesse, déjà. On pourrait bien être passé à autre chose avant que je ne termine ce billet.

Doit-on s’en étonner? Combien de fois peut-on se payer le luxe d’un temps de recul, quand le recul révèle surtout un vertige étourdissant?

Ce soir, on mangera des choux de Bruxelles et des frites avec un verre de Chimay, et on va continuer à prendre le métro comme avant, «pour ne pas que les terroristes aient gagné.» C’est dire toute l’ampleur de notre impuissance.

Alors on intègre les Charlie Hebdo, les Paris, les Ottawa et les Bruxelles à notre vie. On passe des journées «comme ça».

Les terroristes ont-ils gagné parce que la peur fait partie de nos vies, ou ont-ils perdu parce que la peur a été absorbée et remplacée par un genre de chorégraphie mécanique? Qui sait…

Pour ma part, en attendant la prochaine fois, j’ai seulement l’impression d’être épuisé de trop de journées «comme ça»

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Merci à Dominique Charron, pour les réflexions.

Bruxelles, tu restes ma ville préférée après Montréal.

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Je serai franche, ça m’énerve. Je ne suis plus capable de mener une vie normale en ignorant ce que d’autres font juste sous mon nez. Bien sur, je suis d’accord avec les gens qui nous encouragent à continuer à vivre, mais comment? Déjà, les attentats de Paris m’avaient donné une douche froide, mais là c’est le bouquet. Oui, je suis Belge. Canadienne mais Belge et mon cœur saigne pour mon pays. Outre les récents attentats que je trouve monstrueux, ce qui me fait encore plus plaindre le monde ce sont les préjugés qui deviennent de plus en plus commun envers les musulmans. Non, ils ne vont pas tous faire sauter des centaines de personnes. Bien sur, beaucoup sont en accord avec ça. Alors je vous demande pourquoi. Pourquoi donc avons-nous ses préjugés sur cette religion en la pensant extrémiste? J’ai connu des musulmans dans ma vie et aucun ne m’a jamais paru dangereux. Il y a une nuance entre ceux qui pratique leur religion sans déranger personne et ceux qui lancent des bombes. Ces derniers sont des extrémistes, mais rien ne serre de généraliser.

Je me suis réveillée le 22 mars au matin comme à tout les matins, et comme tout les matins, j’ai ouvert la télévision pour écouter les nouvelles. Mais ce matin-ci, un évènement horrible est décrit à l’écran. Pour moi, il n’y a rien d’ordinaire là-dedans. J’en oublie même de déjeuner. Pourtant, j’arrive à l’école et tout semble normal. Certes, quelques personnes me disent : « As-tu vu ce qui s’est passé en Belgique?», mais pas plus. La plupart des gens se disent que c’est loin la Belgique, donc ils ne se sentent pas concernés par cette tuerie. Par contre, ils décideront peut-être de partir au Mexique au lieu de partir en Europe cet été, car ils ont peur d’être victime d’un attentat. C’est ce que je trouve le plus outrageant, le fait que les gens soient terrifiés par les djihadistes, dont le but est de semer la terreur, mais que personne ne voit ses attentats pour ce qu’ils sont vraiment: des attaques contre des innocents. Comme M. Charlebois l’a mentionné, nous nous adaptons à ses évènements en créant des moyens pour s’informer de la sécurité de nos proches, ou en développant des mots-clés pour appuyer les familles. C’est bien beau d’accueillir des réfugiés (je suis tout à fait d’accord avec cette décision gouvernementale), mais ce n’est pas ça qui va mettre un terme aux activités terroristes du groupe armé État islamique. Nous sommes en guerre, et notre ennemi ne semble pas vouloir conclure une entente pacifique et diplomatique pour y mettre fin, alors peut-être est-il temps d’aller se battre plutôt que de vivre dans la peur d’être victime d’une attaque pouvant tuer nos amis ou notre famille.

Ce qui devient «comme ça», aussi, c’est les groupes qui profitent de ces attaques au niveau politique. Chaque fois qu’une attaque terroriste survient, des activistes et autres vautours politiques se jettent sur l’occasion pour répandre la haine et la peur. On a compris, vous n’aimez pas les Musulmans, vous êtes contre l’immigration, et si vous étiez au pouvoir les autres iraient autrement, ça c’est sûr! Ce qui ne m’empêche pas d’avoir un très mauvais goût dans la bouche lorsqu’exploiter les tragédies pour du gain politique devient chose courante. On pensera ici au nationaliste et isolationniste monsieur Donald Trump, qui profitera sans aucun doute des attentats à Bruxelles…

Dans cette histoire, ce qui me brise le coeur tout autant que ces actes d’extrême violence est ma réaction. Lorsque j’ai aperçu les images des attentats de Bruxelles, il va sans dire que j’étais triste et en colère…

Mais je n’étais pas surprise. Je m’y attendais. Pour moi, ce n’était qu’une question de temps, et je me posais sans cesse la même question: Qui sont les prochains?

Ces actes terroristes doivent être mis à terme le plus tôt possible. Je n’en peux plus. J’en ai marre de voir des personnes de partout à travers le monde perdre la vie afin que des extrémistes puissent faire passer leur message, qui est sordide, égoïste et parfaitement ridicule. Personne ne mérite autant de cruauté – mis à part vous peut-être, chers djihadistes? J’en ai marre de voir des politiciens profiter de ces attentats pour justifier leur peur et leur haine envers les Musulmans. Musulmans et extrémistes ne vont pas ensemble, j’aurais cru que des hommes d’affaires de grand envergure le sauraient autant que moi, jeune collégienne. J’en ai marre de tout ça!

Et j’en ai marre de prendre la première page d’un journal et d’y voir le décompte des victimes du plus récent attentat.

Mon coeur, bien que brisé en mille morceaux, est avec la Belgique et tous les autres pays que tout le monde semble avoir déjà oublié. Nous n’avons pas perdu, mais nous allons gagner.

Une autre journée comme ça? Une autre journée comme quoi? Une autre journée dans la peau d’un Turque dont le pays se fait constamment bombarder par les attaques barbares des groupes extrémistes? Une autre journée dans la vie d’un Syrien qui se demande s’il reviendra en vie à la maison après s’être simplement déplacer pour aller faire quelques courses à l’épicerie du coin? Ou une autre journée dans la vie d’un Belge de la classe moyenne que la réalité frappe en plein visage lorsqu’il vit l’horreur ressentie chaque jour par des centaines de millier de gens, d’HUMAINS, dans un pays voisin. Une autre journée où la population se serre les coudes afin de défendre et soutenir la liberté d’un peuple, mais qui ignore que quelques jours plutôt la mort faisait rage au sein d’un autre. Une autre journée comme ça. Une autre journée où la haine envers une ethnie ou une religion grandit, une autre journée où la vie de l’un compte plus que la vie de l’autre, une autre journée où le monde s’écroule pour un pays occidental et où l’égocentrisme des puissances mondiales se fait de plus en plus sentir, une autre journée comme ça. Une journée tout à fait normale quoi…

J’ai honte d’avouer que ma première réaction face à cette terrible tragédie fut de l’indifférence.
Comment ai-je pu réagir ainsi? Après tout, on parle d’au moins 31 décès et de 300 blessés, sans compter plusieurs familles en deuil.
Tout simplement parce que, comme l’a dit M. Charlebois, c’est devenu une routine. Je suis déçue de moi et de nous tous, les Nord-Américains. Pourquoi? Parce que ces catastrophes sont devenues tellement « normales » pour nous qu’on n’en discute même plus entre nous à l’école ni au travail. Je n’en parle même plus avec ma propre famille ni mes amis! Enfin, on en parle sans trop en parler. On réagit sans trop prendre le temps d’y penser en profondeur. Je lis des R.I.P sur Facebook et je vois qu’on partage des articles de la tragédie. Je me demande bien si nous avons vraiment pris le temps de réaliser l’ampleur des dégâts. Quelle nouvelle tendance en résultera? Est-ce que Mark Zuckerberg créera un filtre du drapeau de la Belgique pour que nous puissions tous, encore une fois, changer nos photos de profil pour supporter la cause? C’est ridicule à quel point nous sommes devenus habitués et presque même insensibles a ces tragédies.
Mais justement, ça ne peut pas devenir une routine. Nous ne devons jamais devenir apathiques. Nous devons continuer d’en parler, continuer d’être scandalisés et horrifiés devant de telles tragédies afin que nos lendemains ne deviennent pas simplement une autre journée “comme ça”.

Permettez-moi de vous poser les questions suivantes :
Où était passé le «Je suis Ankara» lors de l’attentat à la bombe dans la capitale turque? Pourquoi aucune vague de solidarité internationale n’est apparue suite à l’attentat-suicide à Lahore? Est-ce parce qu’il y a eu un oubli ou que ces tragédies ont eu lieu dans des pays qui n’étaient pas occidentaux? Pourtant, les gens de ces régions du Moyen-Orient vivent aussi des journées «comme ça» sans tout autant connaître le même soutien international que nous apportons à la France ou à la Belgique.
Nous oublions trop souvent que cette douleur qui nous transperce le cœur est aussi présente dans les pays orientaux où des milliers de familles vivent à tous les jours les conséquences des attaques terroristes.
Je suis tout à fait d’accord que les journées «comme ça» sont devenues de manière anormale une partie de notre quotidien en Occident. Cependant, il faut se rappeler que notre indifférence face aux tragédies qui sont vécues au Moyen-Orient est aussi beaucoup trop banale. Si nous voulons démontrer que nous portons réellement la valeur de l’égalité pour tous dans nos cœurs, il faut être en mesure de soutenir ceux qui souffrent de l’autre côté du globe car eux aussi sont des êtres humains qui vivent trop souvent des journées «comme ça».

Les #je suis sont parfaitement dans le ton du « tout le monde il est gentil » de Facebook et compagnie. On s’adresse des j’aime et des émoticônes pas du tout compromettants. Dans le merveilleux monde des réseaux sociaux, les conflits, les contradictions et les malentendus n’existent pas. Il n’y a que des bons et des méchants, et les méchants, ce sont les « autres ».

Plusieurs mots et expressions qui choquent… <>, <>, <>, le concept d'<> ces <> à notre quotidien… Doit-on vraiment accepter que ces journées soit normale? Qu’elles se répètent? Le peut-on vraiment? C’est affreux, c’est frustrant. Pour ma part, je trouve que c’est difficile à accepter, cette idée qu’à une fréquence d’une à deux fois par mois, des innocents partout dans le monde meurent dans la terreur, attaqués tragiquement, en allant travailler, en allant voir une partie de soccer ou simplement en allant prendre un café… Mais quand j’y pense, ça me fait peur: que puis-je faire, moi, simple étudiante de 18ans? Je n’ai vraiment pas envie de m’habituer à ce genre de journée… Surtout pas après avoir moi-même perdu un proche au Burkina Faso… Je refuse que ça devienne normal. Non non et non.