Vol MH17 : pourquoi survoler les zones de guerre ?

Le Boeing 777 de la Malaysia Airlines, vraisemblablement abattu par un missile, le 17 juillet, avait parfaitement le droit de survoler l’est de l’Ukraine, a-t-on appris. Mais le quart des transporteurs qui pouvaient voler dans cette région ne le faisaient pas.

Malaysia Airlines Passenger Jet Crashes in Eastern Ukraine
Photo : Getty Images

On nous l’a répété jusqu’à plus soif : le Boeing 777 de la Malaysia Airlines, vraisemblablement abattu en plein vol par un missile, le 17 juillet dernier, avait parfaitement le droit de survoler l’est de l’Ukraine.
Fouineur

En fait, cette route aérienne est la plus fréquentée par les transporteurs qui relient l’Europe à l’Asie du Sud-Est, et pas moins de 350 compagnies aériennes survolaient quotidiennement la zone de conflit avant qu’on ne l’évite puis qu’on ne l’interdise, après le drame.

Mais ce qu’on souligne moins, c’est que le quart des transporteurs qui pouvaient survoler cette région ne le faisaient pas.

En avril, la FAA (Federal Aviation Administration) états-unienne avait déjà prévenu les transporteurs du risque que la «revendication de la Russie sur l’espace aérien de la péninsule de Crimée pourrait mener à des instructions contradictoires des contrôleurs aériens», avant de demander aux pilotes états-uniens, quelques semaines plus tard, de ne pas survoler cette région (qui est par ailleurs située loin de la route du vol MH17), rapporte Associated Press (AP), cité par La Presse.

Pas plus tard que le 16 juillet, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) a aussi envoyé une mise en garde au même effet à ses 191 États-membres, ajoute Le Monde, tout en «recommandant de mettre en place des routes de substitution».

Le 1er juillet, l’Ukraine a pour sa part déconseillé à tout transporteur de survoler l’est du pays en deçà de 8 000 m, avant de se raviser et de pousser cette limite à 9 800 m, le 14 juillet — soit 200 m de l’altitude à laquelle le vol MH17 a été abattu. Ironie du sort, c’était la première fois en deux semaines que ce vol empruntait cette route, pour des raisons qu’on ignore toujours, rapporte encore Le Monde.

Autre donnée étonnante, relevée cette fois par le New York Times (puis reprise par le grand quotidien français) : «Quelques heures avant l’écrasement, la Russie avait fermé quatre routes aériennes proches de la frontière ukrainienne, qu’aurait dû emprunter le vol MH17 […] On ignore donc comment il aurait pu poursuivre son trajet s’il n’avait pas été abattu.»

Devant tant d’incertitudes, de zones grises et de questionnements, pourquoi ne pas simplement dévier amplement l’itinéraire de tous les avions — voire éviter carrément l’Ukraine —, même si les routes plus directes étaient parfaitement réglementaires ? se demande notamment le magazine Grands Reportages. On s’en doute : c’est pour économiser.

«Dérouter des vols pour contourner des zones de conflits coûte de l’argent, puisque les avions doivent consommer plus de carburant», explique un expert à AP dans Travel Weekly, tout en rappelant que des avions survolent tous les jours de tels territoires (comme l’Afghanistan), alors que d’autres évitent la Syrie, le Yémen, la Corée du Nord et certaines régions d’Iran, notamment.

Bref, s’il fallait éviter toutes les zones de conflit du globe, les temps de vol s’allongeraient, ce qui nécessiterait plus de carburant et de pilotes, entraînant des dépenses plus élevées — une facture qui serait inévitablement refilée aux passagers — ou l’abandon pur et simple de dessertes trop coûteuses à exploiter.

Cela dit, la zone d’exclusion aérienne de 9 800 m recommandée par l’Ukraine était-elle assez élevée ? peut-on aussi se demander. Pas selon John Cox, un expert interrogé par le Wall Street Journal, qui souligne cependant qu’il n’y a jamais eu d’avion abattu à une telle altitude par un missile sol-air, la menace provenant d’ordinaire des tire-missiles à l’épaule — dont l’autonomie ne dépasse pas les 5 000 m.

C’est d’ailleurs ce type d’arme qui a été utilisé contre un avion civil commercial touché en pleine phase d’atterrissage à l’aéroport de Peshawar, le mois dernier, après un autre attentat semblable à Karachi, deux villes du Pakistan.

En fait, le véritable problème de la sécurité aérienne au-dessus des zones instables relève peut-être surtout du «manque de communication réel des risques encourus», si l’on en croit le capitaine Chesley Sullenberger, le commandant Piché états-unien, dont les propos sont rapportés par Le Monde.

«La décision de savoir quel degré de risques va être pris relève en réalité de chaque nation, de chaque compagnie aérienne», dit-il. Encore faut-il savoir à quoi s’en tenir vraiment, car rappelons-le, «aucun avertissement formel ne concernait le Donbass, la région orientale de l’Ukraine contrôlée par des prorusses dans laquelle s’est écrasé le MH17»…

* * *

À propos de Gary Lawrence

Journaliste indépendant, Gary Lawrence a foulé le sol des sept continents de la planète et de plus de 90 pays. Ex-rédacteur en chef d’un magazine spécialisé en tourisme, il a aussi été rédacteur en chef francophone d’un service de presse touristique et a signé à ce jour des centaines d’articles portant sur les voyages, dont plusieurs dans L’actualité. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter : @LawrenceGary.

Les commentaires sont fermés.

La réalité est qu’une hauteur de plus de 28 000 pieds pour un avion commercial dont la vitesse est supérieure à 900 kilomètres heures (le vol MH17 circulait à 905 km/h dans cette phase opératoire), rend très difficile l’atteinte d’une telle cible par un missile 9A310M1-2 Bouk dont les rampes mobiles sont susceptibles de pouvoir tirer en mode automatique.

Pour atteindre une cible située dans la zone empruntée par le MH-17, il faudrait qu’une ou plusieurs rampes antiaériennes soient plutôt couplées à une station mobile d’identification et de guidage de type : « 9S18 Koupol », une facilité dont ne dispose en principe sur le terrain que l’armée ukrainienne à moins que le missile tiré n’ait été piloté depuis une station située en Russie.

Aussi la thèse d’un missile sol-air qui ait fait mouche, tiré depuis la zone contrôlée par les rebelles ukrainiens est bien sûr tentante mais n’est pas encore à ce stade prouvée. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’on évoque présentement l’hypothèse d’un missile air-air furtif (non détectable par radars) de moyenne portée, de fabrication ukrainienne lancé depuis un chasseur Soukhoï Su-25 dans le couloir aérien à une distance plus courte de l’ordre de 2 à 3 kilomètres. Puisque les plus récents relevés établiraient la présence de deux chasseurs au moins à proximité de cette zone.

Cette hypothèse, à condition bien sûr qu’elle soit avérée, pourrait dans ce cas justifier d’une telle bévue, c’est précisément que le MH-17 avait lors de son vol du 17 juillet dernier pris le parti d’emprunter une route qu’il n’utilisait plus depuis une quinzaine de jours, comme vous en faites mention relativement à l’article du journal Le Monde. L’analyse d’une des boites noires devrait permettre d’établir, s’il y eut communication à ce moment-là entre le Boeing 777 et l’un de ces avions.

Jusqu’à présent, à ma connaissance, nous ignorons si ce changement de route était commandé par un souci d’économie de carburants ou par toute autre considération. Il convient de préciser, au chapitre de l’économie que ce vol était emprunté aux deux tiers par des citoyennes et des citoyens des Pays-Bas pour la bonne raison que par souci d’économie probablement également, ces clients de KLM étaient sous-traités par la compagnie malaisienne dont on sait qu’elle déjà était en fâcheuse posture financière. Ce bien avant l’énigmatique vol MH370 dont on ne connait toujours pas les tenants et les aboutissants.

Aujourd’hui par les temps actuels, on fait circuler les avions pleins plutôt que des avions vides et ce genre de transferts de clientèle sont monnaie courante.

Évidemment, je débloque mais je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre la situation des séparatistes en Ukraine et celle d’un Québec séparé via un référendum « gagnant » à 50% plus une voix.

Les mêmes situations engendrent habituellement les mêmes résultats non?

Votre parallèle serait un peu plus réaliste si le Québec voulait s’annexer aus USA et ce, avec l’aide tacite du gouvernement américain! Ce qui ne risque pas de se produire (du moins dans la géopolitique actuelle).
Mais ne soyez pas surpris d’entendre ce genre d’amalgames de nos démagogues provinciaux et valets de l’élite économico-canadienne lors d’une (hypothétique) prochaine campagne référendaire sur la souveraineté du Québec!!

Je ne vois aucun parallèle à faire avec ce qui c’est passé au Québec ou qui pourrait se passer au Québec.
1- Réal Morissette évoque toute une grosse et importante différence.
2- Il n’y a pas eu de référendum démocratiquement gagné dans cette région de l’Ukraine voulant son indépendance. Poutine et sa version de la Russie de ses ancêtres occupant son poste les moins intelligents, voir malades mentaux pour plusieurs, dictateurs, assassins et criminels a intervenu de multiples façons, en fournissant des armes. Un référendum qui c’est déroulé sous l’intimidation, des voyous exhibant leurs armes partout dans les rues et même dans des lieux de votations et les gens voulant voter contre sous la peur préférant ne pas voter.
3- Ici s’il y a eu de l’intimidation lors des référendums, elle venait du pays même par ses élus qui l’ont manifesté sous diverses formes, par de la peur, par des mensonges, par des fausses-promesses, eh oui, y compris en laissant sous-entendre par des portes-paroles que les dirigeants pouvaient se dissocier bien évidemment à l’intervention de l’armée canadienne, avec beaucoup d’argent et la cerise sur le gâteaux, avec des autobus remplis d’amour professés comme des promesses d’ivrognes à celle qu’ils veulent épouser, en promettant d’arrêter de boire…après la journée du mariage! Et tout cela de fédéralistes et grands canadiens convaincus, d’un océan à l’autre, transgressant en plus toutes les lois référendaires sous toutes sortes de prétextes.

Votre billet est une facette de la réalité et des conséquences de ce vol.
C’est d’ailleurs très condamnable.
Les agences internationales ne devraient-elles pas publiciser d’avantage les recommandations qu’elles font, pour que les voyageurs de la planète entière puissent connaître avant de choisir un transporteur, lorsque ce choix existe, quitte à payer plus cher, faire le choix de celui qui respecte les recommandations ou même de s’abstenir s’il le faut…lorsque c’est possible, ce qui doit bien être possible dans la majorité des cas.
Des transporteurs « douteux » devraient être exclus plus rapidement et plus facilement des aéroports de pays qui respectent l’être humain avant les dollars.
Malheureusement, on sait tous que dans ce domaine comme dans tout les autres, c’est le contraire qui s’applique…ici aussi! L’argent et les profits sont primordiaux.

Ceci dit, par qui l’avion a-t-elle été abattu?
Se sont les seuls coupables!
Par qui?
Certainement pas par la Malaysia Airlines!

Il reste l’Ukraine et la Russie!
La Russie de Poutine!
Les mercenaires et voyous de Poutine sont fortement soupçonnés actuellement.
Des preuves de conversations vidéos démontreraient même, ce qui ne me surprendrait guère, que les boîtes noires qui sont dans les faits rouges, en tout cas au moins une d’entre elles, que les sbires de Poutine auraient au minimum eu l’occasion de les …voir…de très proches, avant que le chef auto-proclamé de la république qui n’existe pas de Crimée « n’accepte » après avoir reçu le feu vert du président russe, de la remettre aux représentants de la Malaisie.
Pas très rassurant.
Des criminels qui remettent les boîtes noires après un séjour derrière le rideau de fer et après des négociations et des ententes, au pays dont la crédibilité est plus bas que la température la plus froide du Québec.

Tant qu’à moi, la vérité en prend pour son rhume!
C’est sans parler de tout le reste.

Comment pourra-t-on croire aux prétentions et encore moins les conclusion que ses bandits de Crimée, les représentants de la Russie et de la Malaisie pourraient nous dire après cela?

Le pire: que peut-on y faire?
Que peut-on y faire, à moins que la communauté internationale n’intervienne directement et par la force?
Et en cas d’intervention directe, à quoi pourrait-on s’attendre?
Tout le monde se lance des oeufs, mais savent aussi que les ingrédients sont là pour l’omelette d’une troisième guerre mondiale!

Quelles sont les intentions véritables de Poutine…à longs termes?
Et voilà!
Si on intervient maintenant, le pire peut se produire. Est-ce que c’est le prétexte qu’attend Poutine.
Si on attend, comme les deux premières grandes guerres, devra-t-on plus tard que plus tôt et de toute façon devoir s’y impliquer tout azimut?

Mais depuis des dizaines années Israël agrandit son territoire en l’empruntant à vie à ses voisins. À part de condamner et faire des recommandations, que fait la communauté international? Ce qui a pour conséquences, les centaines de morts de civils dont beaucoup de femmes et d’enfants innocents pour la majorité, cette majorité plus d’un côté de la frontière que de l’autre seulement dans le conflit actuel, qui n’est qu’une répétition des autres. Qui est-ce qu’on appuie? Celui qui a tout les moyens et qui a surtout le plus d’intérêts partout dans le monde. Et si le voisin de celui-ci était les États-Unis? Les États-Unis serait combattant pour son territoire ou terroriste?

Dans le cas de l’Ukraine, l’occident dont les États-Unis et l’Europe, en plus des pays pleurant des morts ont beaucoup d’intérêts dans la région.

En attendant plus d’actions…, qui espérons-le ne vireront pas en catastrophe, mais des résultats positifs…en bien: attendons!