Voyage à Sanaa, capitale du Yémen

Depuis l’attentat raté sur le vol Amsterdam-Detroit, le 25 décembre 2009, le Yémen inquiète la communauté internationale. Baptisé l’« Arabie heureuse » au temps du commerce des épices, le pays est aujourd’hui miné par une insurrection chiite au Nord, des tiraillements sécessionnistes au Sud, les menaces d’al-Qaida, mais aussi la pauvreté endémique. Voyage au cœur de la capitale du pays le plus pauvre du monde arabe.

Sanaa, patrie de la légendaire reine de Saba

La vieille ville de Sanaa, vue des hauteurs. Joyau architectural inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, ce lieu mythique foisonne de mosquées en pisé, de ruelles labyrinthiques et de souks colorés. Autant de merveilles qui évoquent le royaume de la reine de Saba… Mais dans la dernière année, la vieille ville a vu le tourisme chuter de 80 % en raison des conflits qui secouent le pays.


Ségrégation visible

La ségrégation des sexes est évidente à Sanaa : les hommes déambulent, fiers, en costume traditionnel – jambiyas (poignard) à la ceinture et djellabas – alors que les femmes disparaissent sous leurs niqabs noirs. Au Yémen, la lourdeur des traditions tribales et la pauvreté ne favorisent pas l’émancipation des femmes. Seule une minorité a accès au travail et à l’éducation. Dans les villages, l’analphabétisme avoisine les 70 %.

 

Jeux d’enfants

La capitale yéménite n’offre aucun espace de jeu aux nombreux enfants : ni parc d’attraction, ni jardin public, ni terrain de foot. Les petits doivent donc s’inventer des moyens de se distraire. Ici, dans la vieille ville, ils ont créé une balançoire avec des bouts de corde et de la ferraille.

Bâb al-Yaman, porte de la vieille ville

Restaurée dans les années 1970, Bâb al-Yaman est la porte d’accès principale à la vieille ville de Sanaa. C’est la seule porte restante des neufs que comptait l’ancienne ville fortifiée. Plaque tournante où se bousculent dans un chaos frénétique marchands ambulants, changeurs de monnaie et chauffeurs de bus, Bâb al-Yaman est un point de passage obligé pour tous les touristes et tous les Yéménites.

Trente ans de dictature

Au centre, Ali Abdallah Saleh en 1977, alors qu’il venait, à 35 ans à peine, de prendre la tête du Yémen du Nord. À droite, le même homme, 33 ans plus tard, président du pays unifié. Taxé d’autoritarisme, de corruption et de mauvaise gestion des ressources, « ce petit Saddam », comme l’appellent certains, n’aurait qu’un objectif, disent-ils : « se maintenir au pouvoir ».

Et pendant que le peuple se meurt…

Le président fait construire des mosquées portant son nom, accusent ses détracteurs. Édifiée en 2008 non loin du palais présidentiel, la gigantesque mosquée Saleh aurait coûté plus de 60 millions de dollars américains.

Misère urbaine

Dans les rues poussiéreuses de la capitale, la misère saute aux yeux. À chaque carrefour, des enfants au regard suppliant mendient. Des femmes voilées arpentent le centre-ville, des sacs de produits bon marché sur la tête. Des vieillards en guenilles dorment sur le pavé. Les poubelles débordent. Les interruptions d’eau et d’électricité sont fréquentes. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), plus de 45 % des 24 millions de Yéménites survivent avec moins de deux dollars par jour, et un tiers souffrent de malnutrition.

Le pain quotidien

Durement frappés par le chômage (estimé à 40 % dans le pays), les villageois des bourgs environnants envahissent les trottoirs de la capitale et se convertissent en main-d’œuvre bon marché. Sur la place al-Qa, des dizaines d’ouvriers attendent, pelle et pioche à la main, qu’un contremaître les embauche, à 2 000 rials (10 dollars) par jour.

Quand l’eau vient à manquer…

Au Yémen, on dit que l’eau est encore plus précieuse que le pétrole. Sanaa n’aurait plus que 10 ans devant elle avant que ses puits ne s’assèchent entièrement. Déjà, des femmes doivent faire la file pour approvisionner la maisonnée. La rareté de la ressource commence à provoquer des déplacements de population, et des rivalités sociales qui pourraient rapidement dégénérer en conflit.

Le qat, sport national du Yémen

Chaque jour, à partir de 14 h, le Yémen vit au ralenti : c’est l’heure du qat. Les hommes se retrouvent autour d’un thé, et ils mastiquent nonchalamment les feuilles vertes aux effets euphorisants en parlant politique ou misère du quotidien. « C’est le whisky yéménite, dit un vieil habitué. Ça permet d’oublier les soucis. » Mais le qat est aussi la malédiction du Yémen. D’une part, il n’est pas bon marché : environ quatre dollars la tige, alors que le salaire minimum moyen n’est que de 150 dollars par mois. En plus, sa culture draine plus des deux tiers des eaux du Yémen, qui en manque cruellement.

Hôtel de passage

Dans les replis de la vieille ville se cachent de petits dortoirs miteux, destinés aux villageois de passage. Pour moins de 210 rials la nuit (un dollar), ces derniers bénéficient d’un lit de camp, d’une vieille couverture et de toilettes communes. L’après-midi, ces hôtels deviennent des salons de qat.

Mise en scène antiterroriste

Afin d’impressionner les journalistes étrangers fraîchement débarqués à Sanaa, les autorités locales les entraînent dans un champ de tir, à quelques kilomètres au nord de la capitale. Là, les journalistes ont droit à une démonstration de « l’efficacité » des unités antiterroristes yéménites. Le scénario est surréaliste : quelques soldats portant une cagoule pénètrent dans un baraquement, où une femme est « détenue » en otage. Explosions, tirs à blanc, faux sang, gaz lacrymogène… Le tout manque de coordination, mais au final, les ravisseurs sont « tués » et l’otage libérée.


Gaz à inflation

Comme de nombreuses routes qui relient la capitale au reste du pays sont bloquées à cause des conflits, certains produits de première nécessité, tel le gaz naturel, ne sont plus acheminés en quantité suffisante. Dans la vieille ville, les bonbonnes de gaz vides s’accumulent dans les ruelles. Les résidants doivent débourser trois fois plus d’argent qu’avant pour les remplir (2 000 rials au lieu de 600) au marché noir, alors que le Yémen est l’un des grands exportateurs de gaz de la région.

Mariés à 20 ans

Chaque jeudi, jour de week-end au Yémen, des rythmes de tambours et des pétarades retentissent dans les rues de la capitale. C’est la journée des mariages. Les futurs époux célèbrent séparément leur union, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, avant de se retrouver pour la nuit de noces. Sur la photo, deux frères paradent dans les rues de Sanaa avant d’aller rejoindre leurs épouses respectives.

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