Kate Puxley , l’amie des bêtes

Dans le congélateur de son atelier dorment des serpents, quelques écureuils et des oiseaux. Sur une étagère, un coyote empaillé ; sur la table de travail, la peau d’un chat, prête à être enfilée sur un mannequin. Reine de la ménagerie : Kate Puxley, peintre, dessinatrice et taxidermiste.

Diane Dufresne possède une de ses œuvres : déposé sur un fond blanc dans une boîte en verre, un raton laveur semble flotter, extatique, dans l’espace. « Enfant, annonce Kate, j’étais plus “connectée” aux animaux qu’aux humains. Dans mon monde imaginaire, les grenouilles étaient mes meilleures amies. » Réconciliée depuis avec l’homme, l’artiste scrute ses relations avec l’animal vu comme un trophée, un compagnon, un aliment ou un déchet.

Rassurez-vous : elle ne tue pas sa matière première. Elle la recueille sur le bord des routes. On l’a déjà vue partir de Pointe-Saint-Charles et remonter vers Parc-Extension avec, dans le panier de sa bicyclette, un chat mort électrocuté. Tête des piétons. Depuis, elle ne sort plus de chez elle sans sacs-poubelles.

Photo : Jocelyn Michel

Dans son studio, elle redonne vie et dignité aux bêtes, ressuscite leur instinct, leur fragilité. Chaque pièce demande infiniment de patience, de minutie, d’éthique. « C’est un rituel chaque fois, un face-à-face avec ma propre mort. »

Formidablement vivante, cette fille de journalistes, née à Edmonton et installée à Mont­réal depuis une dizaine d’années, peint dans le noir en écoutant de l’opéra, joue de l’accor­déon, collectionne les cigales qui meurent à la fin de l’été. « À la maison, j’ai des vases rem­plis de mouches mortes. » Elle a un amoureux compréhensif ; un chat, Plume, qui l’a sauvée, dit-elle, de la schizophrénie ; un sourire gracieux. Elle a naturalisé des rats, un faisan, un tilapia, et des ragondins pour une installation à Rome. « Je n’ai pas encore fait de mouffette ! » Une femme lui a passé une commande : perpétuer la mémoire de Stripe, décédé à 18 ans. « Imaginez la pression : restituer à sa propriétaire un chat qu’elle a tant connu. »

Vous devinez bien que son œuvre, d’un lyrisme prenant, niant la provocation, suscite parfois des réactions négatives, voire du dégoût. « Je veux bien que l’on remette en question mon travail, si c’est pour s’interroger sur sa propre résistance à la cohabitation homme-animal. »

Pour mettre la vôtre à l’épreuve, essayez l’expo Copier/coller, où l’on pourra voir quatre chats empaillés, dont Stripe, reconstitué dans son orgueil, d’immenses dessins d’animaux, d’autres œuvres étonnantes. Telle Take-Out, une barquette alimentaire à charnière à l’intérieur de laquelle on découvre… un furet enroulé sur lui-même. Bon appétit !

• Galerie d’art Stewart Hall, à Pointe-Claire, du 18 mars au 29 avr., 514 630-1254. www.katepuxley.com