Carnets californiens (2) : canaux et cannabis à Venice

« Go see the doctor ! Become legal !», me lance la jeune fille en tenant un panonceau sur lequel apparaît une grande feuille de cannabis. « Désolé, je ne suis pas d’ici, je sais que je n’y ai pas droit ! », lui dis-je en souriant.

 

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Quand on déambule sur le Ocean Front Boardwalk de Venice, le quartier balnéaire par excellence de Los Angeles, on se sent parfois comme sur la rue Prince-Arthur, à Montréal. Sauf qu’ici, les racoleurs ne proposent pas de souvlakis mais bien la consultation d’un médecin qui, moyennant 100 $, fournit une carte permettant aux Californiens de s’approvisionner légalement en marijuana, à des fins thérapeutiques. 

 

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Pour ce faire, nul besoin d’être en phase terminale d’une maladie grave, il suffit d’invoquer un problème mineur que la consommation de cannabis peut enrayer (insomnie, perte d’appétit, etc.) En un mot comme en cent, c’est là une façon détournée de légaliser la vente de cette drogue douce tout en évitant de voir les purs et durs de la lutte anti-drogue monter aux barricades. À Los Angeles, il y aurait aujourd’hui un millier de points de distribution légale de pot, qu’il soit vendu sous forme d’herbe, de biscuits, de pesto ou de « boissons énergisantes ».

 

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C’est cependant à Venice que de telles boutiques s’inscrivent le plus naturellement dans le décor ambiant. Berceau du skateboard  (planche à roulettes), haut lieu du surf, ancien chef-lieu des hippies, Venice forme aujourd’hui un joyeux foutoir déluré où s’entremêlent itinérants, amuseurs publics, anciens beatniks nostalgiques, vendeurs de trucmuches à touristes, artistes et… de plus en plus de bourgeois bohèmes.

 

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 Fondée au début du siècle dernier sur des terres dont personne ne voulait, Venice aurait pu devenir une sorte de grande cité de la culture et du savoir, à l’instar de la véritable Venise, du temps de son âge d’or. C’était du moins l’intention de Abbot Kinney, l’entrepreneur visionnaire qui a, le premier, développé ce secteur aujourd’hui intégré à la Cité des Anges.

 

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Pour aller au bout de son rêve, Kinney a commandé la construction d’immeubles simili-vénitiens, mais aussi importé plusieurs authentiques gondoles qu’il fera sillonner sur des canaux aménagés par ses ouvriers. Mais la Grande Dépression des années 30 forcera bientôt l’entrepreneur à revoir à la baisse son projet de développement.

 

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 Aujourd’hui, plusieurs canaux subsistent et sont jalonnés de maisonnettes huppées qui donnent aux lieux un petit air de mini Fort Lauderdale. Et même si Venice n’est jamais devenue La Sérénissime de Californie, Abbot Kinney peut reposer en paix : de nos jours, c’est l’un des quartiers les plus créatifs et les plus recherchés de Los Angeles.

 

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Je retrouve bien là l’atmosphère légèrement décadente, mais attachante, de Venice… Un « joyeux foutoir déluré », c’est exactement cela !

🙂

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