Charte: les candidats à la mairie devraient être plus discrets, selon Lisée

QUÉBEC – Les candidats à la mairie de Montréal devraient éviter d’afficher leur opposition à la charte des valeurs, croit le ministre Jean-François Lisée.

Plus encore, le ministre responsable de la région de Montréal estime que le prochain maire n’aura pas le mandat de combattre la charte au nom des électeurs de la métropole.

À mots couverts, M. Lisée a invité jeudi les quatre principaux aspirants à la mairie à s’inspirer de l’ancien maire Jean Drapeau qui avait pris soin, selon lui, de ne pas annoncer ses couleurs dans le débat enflammé sur la loi 101, il y a plus de 35 ans.

«On ne trouve pas trace d’une position publique ou privée de Jean Drapeau sur la loi 101. C’était un débat important pour son île, sa ville de Montréal, mais comme il y avait une division et comme c’était une responsabilité du gouvernement du Québec, il s’est abstenu d’entrer dans le débat», a relaté le ministre.

Les candidats Denis Coderre, Marcel Côté, Richard Bergeron et Mélanie Joly rejettent tous sans équivoque le projet de charte des valeurs qui proscrit le port de signes religieux «ostentatoires» par les employés des services publics. Ils veulent soustraire l’administration municipale de l’application de la loi et deux d’entre eux, Mme Joly et M. Coderre, ont déjà indiqué leur intention de contester la charte devant les tribunaux si elle devait être adoptée.

Les quatre aspirants ne sont pas les seuls à s’opposer au projet du gouvernement de Pauline Marois. Les maires des 15 villes défusionnées de l’île de Montréal ont également adopté une position commune contre la charte.

S’il se défend de vouloir museler les candidats à la mairie sur le sujet de l’heure, M. Lisée juge néanmoins opportun de rappeler avec insistance la discrétion affichée par M. Drapeau dans pareille situation en 1977, au sujet de la langue.

«Je ne dis pas (qu’ils devraient se taire), mais je dis qu’un des grands maires de Montréal, dans une situation similaire, avait pris une autre attitude. Je trouvais intéressant d’insérer ça dans le débat plus général», a-t-il dit.

Le ministre a fait remarquer que la population montréalaise, contrairement aux candidats à la mairie, a une opinion partagée sur la charte des valeurs. Le quart des anglophones, le tiers des allophones et les deux tiers des francophones «sont favorables à plusieurs des dispositions proposées dans ce qui sera la charte», a-t-il soulevé.

Par conséquent, le prochain maire ne pourra, à son avis, prétendre avoir reçu le mandat des électeurs de combattre la charte.

«Le maire qui sera élu le 3 novembre ne pourra pas dire qu’il a un mandat des Montréalais puisque, comme ils ont tous la même position, il n’y aura pas de choix. Les Montréalais pro-charte ne choisiront pas en fonction de celui qui est pour ou contre la charte parce qu’ils y sont tous opposés. Donc, il y a cette question de mandat qui ne sera pas clair le 3 novembre», a-t-il avancé.

L’opposition libérale a aussitôt dénoncé les propos de M. Lisée, y voyant du «mépris», de la «condescendance» et une tentative de bâillonner les candidats à la mairie.

«Le PQ bâillonne, exclut ou prend de haut ceux et celles qui ne pensent pas comme lui. Le message du Parti québécois est toujours le même, ceux qui ne pensent pas comme lui doivent se la fermer: Maria Mourani, la présidente du Conseil du statut de la femme, et aujourd’hui les candidats à la mairie de Montréal», a pesté la députée de l’Acadie, Christine St-Pierre.

Quant à elle, la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a invité le ministre Lisée à prendre acte du message des candidats à la mairie plutôt que de leur demander de se censurer.

«Quand tous les maires de toutes les municipalités sur l’île de Montréal, quand tous les candidats et candidates à la mairie, quand de nombreux établissements publics à Montréal disent: on vous le dit tout de suite, on va invoquer le droit de retrait, parce qu’on n’est pas d’accord avec votre interdiction des signes religieux pour tout le monde, c’est ça que le gouvernement du Québec devrait entendre», a-t-elle dit.