Est-ce que tout a changé ?

Dix ans se sont écoulés en 12 mois. J’en ai la preuve!

Photo : L'actualité

Je suis partie l’inscrire au secondaire. C’est mon premier enfant à y entrer. En chemin, sur mon vélo, j’ai eu une crevaison, c’est bien la preuve que je ne voulais pas y aller. Évidemment, je sais que le temps passe. Je devais apporter son acte de naissance. Vous me direz que c’était pour l’identifier, mais moi, je sais bien que c’était pour qu’on puisse dire aux mères : « Non, votre fils n’est pas né hier, madame. Regardez, il est né il y a 11 ans. »

Il est né il y a 11 ans ? Je devrais le savoir, j’étais là. Eh puis, tous les signes sont présents. Sa taille qui rattrape la mienne, mes bottes qu’il peut mettre. Son attitude, cette manière de trouver que tout ce que je dis est fondamentalement de la merde, ce non-contrôle de ses réactions et, bien sûr, ce langage qui lui fait confondre ses parents avec des youtubeurs. Je t’explique, mon amour : non, tu ne peux pas appeler ta maman « bro ».

Le temps a filé et, parce que ce dernier aime se moquer de nous, je croisais, à pied, traînant mon vélo au pneu crevé, tous les parents de la terre qui ont un petit bout de chou. Un de ces machins hauts comme trois pommes, encore emmitouflés dans huit couches de vêtements même quand il fait autant de degrés dehors. Clopin-clopant dans des grosses bottes à côté d’une poussette dans laquelle ils ne veulent pas s’asseoir. 

Je ne m’ennuie pas du temps où mes enfants étaient petits. Je m’ennuie de leurs faces, bien sûr, de leurs voix. De leurs plis de cou chauds quand ils se réveillaient de la sieste. Je m’ennuie des petits êtres qu’ils étaient, mais je me rappelle aussi que c’était difficile. À quel point c’était demandant et presque traumatisant d’apprendre à devenir parent. 

On a des gens autour de nous qui sont dans cette époque de la vie, quand tous tes enfants viennent à peu près de naître. Certains doivent tout installer en même temps, leurs carrières, leur couple et leur parentalité avec deux bébés. En temps de pandémie, c’est un défi énorme. Je pense souvent à ça. À comment la pandémie a ajouté des difficultés. Tout ce qui était dur à vivre, les transitions, les déménagements, les maladies, les deuils, tous nos défis ont été décuplés. On n’a aucune soupape actuellement. 

Le soleil du printemps commence à sortir, et comme en fondant la neige révèle l’ampleur du ménage qui devra être fait en ville, j’ai le sentiment que la vague provoquée par le tsunami de la COVID va se retirer en laissant derrière elle des décombres. Est-ce qu’on va trouver que tout a changé ? Les chiffres sont là pour le prouver. L’exode vers la banlieue s’est intensifié, notre rapport au travail n’est plus le même. Notre capacité d’adaptation a été mise à l’épreuve… On voit bien que l’on s’habitue à tout. Notre résilience, notre manière de prendre des décisions, nos habitudes ne sont plus les mêmes. On a perdu des amis et on s’est rapprochés de certains. Tout a changé. On dirait que 10 ans se sont écoulés en 1 an. Assez pour que, visiblement, mon fils entre au secondaire.

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Très beau billet ce matin. Merci pour votre plume avisée.

Bonne journée ou année, finalement le temps passe, bizarrement 😀

Quel âge a-t-on exactement ? Celui qui nous est conféré par notre état-civil ou celui que nous avons toujours ou presque toujours pour nos parents ? Pour ma mère, même à soixante ans, j’étais toujours sont petit bébé. Maintenant quelle n’est plus, je suis toujours dans mon coeur son petit enfant.

Comme le soulignait Sigmund Freud, l’insconscient n’a pas d’âge. Un adulte heureux devrait normalement rester un grand enfant.