La classe politique à Ottawa réagit au décès de Paul Desmarais

OTTAWA – Avec le décès de l’homme d’affaires Paul Desmarais, le Canada a perdu un pionnier qui a ouvert les portes du commerce à l’étranger pour le Canada et un francophone qui a joué dans les ligues majeures, ont affirmé les politiciens fédéraux d’hier et d’aujourd’hui.

Selon le premier ministre Stephen Harper, l’homme derrière la puissante entreprise Power Corporation était connu pour son leadership, son intégrité et sa vision d’envergure internationale.

«On se souviendra de M. Desmarais comme d’un chef d’entreprise unique, qui a amélioré la vie des Canadiens, par les emplois qu’il a créés et par son travail caritatif», a fait valoir M. Harper.

«Un homme de fer exemplaire et un être humain tout à fait spécial», a lancé l’ancien premier ministre conservateur Brian Mulroney.

Il est un exemple classique qu’un francophone peut réussir, a ajouté M. Mulroney.

«Un exemple du fait qu’un francophone du Nord de l’Ontario qui, avec peu de connaissances et encore moins d’argent, peut réussir, comme il disait toujours, dans un pays comme le Canada», a-t-il ajouté.

Le parcours de l’homme a aussi frappé Jean Chrétien, qui a tenu les rênes du pays pendant 10 ans. Paul Desmarais est une source de fierté pour les francophones et tous les Canadiens, a-t-il soutenu.

«C’est certainement le premier francophone à monter aussi haut dans les affaires au pays», a-t-il commenté depuis l’Italie.

«Un visionnaire», a pour sa part lancé spontanément Paul Martin, aussi ancien premier ministre libéral.

Mais avant de franchir la porte du 24 Sussex, M. Martin avait été l’employé de Paul Desmarais.

Et il n’a que de bons mots pour son ancien patron de qui il a fait l’acquisition de la Canadian Steamship Lines (CSL) en 1986.

«Il avait une vision canadienne, mais aussi une vision globale. Il était conscient de la position que le Canada devrait occuper au niveau global», a dit M. Martin.

Bob Rae, ex-député et ancien chef intérimaire du Parti libéral du Canada, a dit de Paul Desmarais qu’il était un vrai pionnier pour le commerce à l’étranger. «Il a ouvert des portes très importantes pour les Canadiens en Chine.»

M. Martin a louangé l’homme d’affaires qui a incité ses semblables, les chefs d’entreprises, à prendre position publiquement en faveur du Canada au moment du référendum de 1995 au Québec.

«Il avait un point de vue très fort sur l’importance de l’unité nationale», a-t-il dit.

«C’était un Canadien-français, un Franco-Ontarien, un Québécois qui représentait vraiment les valeurs québécoises, c’est-à-dire qu’il voulait vraiment bâtir le Québec, mais aussi le Canada. Il était canadien», a ainsi résumé l’ancien premier ministre Martin.

S’il a irrité les souverainistes, M. Martin croit qu’il était néanmoins respecté de ceux-ci.

«Tout le monde l’admire», a-t-il dit, parce qu’il était intègre.

Un constat aussi fait par Brian Mulroney: «il était admiré et respecté au Canada français comme au Canada anglais».

Il savait très bien que son point de vue n’était pas populaire auprès de tous, a renchéri, Bob Rae, faisant allusion au référendum de 1995.

Mais même s’il ne couvait aucune ambition de devenir politicien, il ne voulait pas rester silencieux ni tolérer qu’on le fasse taire, a-t-il ajouté.

«Il voulait que les Québécois sachent que l’option fédérale était une option importante pour le Québec», a rappelé M. Rae.

L’homme d’affaire a été pour plusieurs un conseiller important lors des débats constitutionnels du Lac Meech et de Charlottetown, s’est remémoré M. Rae.

Paul Desmarais s’est ainsi frotté à beaucoup de politiciens au cours de sa longue carrière.

Il était un proche ami de l’ex-premier ministre Pierre Trudeau, a dit son fils Justin, actuel chef du Parti libéral.

«C’était un homme d’envergure au Canada et sur la scène internationale, a-t-il dit. Il va nous manquer.»

L’entrepreneur était aussi un mécène, a rappelé le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair.

Amoureux de l’art, M. Desmarais possédait l’une des plus grandes collections privées d’art au Canada. Deux ailes du Musée des beaux-arts de Montréal ont été nommées en l’honneur de sa famille.

Le chef du NPD a aussi tenu à parler des racines de l’homme.

«Géant» de la finance et de l’industrie au Canada, M. Desmarais est né à Sudbury, une ville minière du Nord de l’Ontario, a précisé le chef du NPD.

Il estime que tous les Franco-Ontariens peuvent être fiers qu’il soit l’un des leurs.

Sans aucun doute, l’homme a marqué le Québec «à sa façon», a pour sa part commenté le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé.

Il souligne qu’aujourd’hui, des milliers de Québécois travaillent dans les entreprises qu’il a créées.

Mais pour M. Paillé, ce qu’il lègue va au-delà de l’économie.

«Dans un Québec dont les divisions socio-économiques s’entendaient à la langue parlée, il a démontré que les plus hauts sommets étaient aussi à la portée d’un francophone», a fait valoir M. Paillé.