La justice climatique est importante « pour certains »

Alors que la poussière retombe après la COP26, un enjeu apparaît : celui que représentent les iniquités entre États dans la lutte contre les changements climatiques. 

Berezko, mack2happy/Getty Images, montage : L’actualité

L’auteure est directrice des politiques nationales du Réseau action climat Canada.

Il y a un passage dans la déclaration finale du pacte de Glasgow pour le climat qui résume bien ce qui s’est passé à la COP26 et, plus largement, l’état des négociations internationales sur le climat. On y lit : « Notant l’importance pour certains du concept de “justice climatique” en prenant action pour faire face aux changements climatiques ». Pour certains… seulement.

Il y a des choses que l’on sait en théorie, mais qui nous frappent tout de même lorsqu’elles se déploient concrètement sous nos yeux. À Glasgow, j’ai pris la pleine mesure du fait qu’aucun enjeu n’illustre davantage les iniquités entre pays que la crise climatique. S’il s’agissait d’un problème qu’on pouvait aborder par l’innovation technologique ou des mécanismes de marché, sa résolution serait beaucoup plus simple. Mais la crise est liée au développement intensif de quelques pays qui se sont enrichis grâce aux énergies fossiles, et en conséquence ont pollué l’atmosphère pour tout le monde. 

Les COP étant le seul forum où tous les États disposent d’une voix égale, c’est sur ces questions d’équité qu’achoppent les négociations, même si les pays riches tentent de contourner ces sujets. Les États-Unis et les pays de l’Union européenne proclament en plénière leurs bonnes intentions, mais bloquent les progrès sur des enjeux clés dans les salles de négociation aux portes fermées. Les pays du Sud ont peu d’options et s’inclinent, un peu de progrès étant mieux pour eux que rien du tout. Les peuples autochtones, pour leur part, ne sont pas invités à la table, même si les décisions prises ont une incidence sur leurs territoires.

Cela a été évident à Glasgow en ce qui concerne deux enjeux : celui des énergies fossiles et celui des pertes et préjudices.

Le « mot en f »

En 26 ans, c’est la première fois que le « mot en f » — pour « fossiles » — fait son entrée dans la déclaration finale d’une COP. C’est important, mais insuffisant. 

Ce point de la déclaration a été édulcoré maintes fois. La proposition est passée d’un appel aux parties à « accélérer l’élimination du charbon et des subventions aux énergies fossiles » à « accélérer les efforts pour l’élimination du charbon sans captation et des subventions inefficaces aux énergies fossiles », une suggestion verbale de l’Inde lors de la dernière plénière. Plusieurs ont été rapides à faire de l’Inde le bouc émissaire de cette dilution de l’ambition.

Or, blâmer l’Inde serait oublier un principe fondamental de l’Accord de Paris de 2015 : les responsabilités communes mais différenciées. L’Inde a proposé le 11 novembre que « toutes les énergies fossiles soient éliminées, particulièrement par les pays développés ». Les pays en développement, a-t-elle ajouté, doivent être « capables d’utiliser leur juste part du budget carbone mondial dans le contexte du développement durable et de la réduction de la pauvreté ».

Ce dernier élément est essentiel : cela signifie que les pays riches devraient réduire leur production et leurs subventions en premier, et plus rapidement. Après tout, le développement intense dont ils ont pu bénéficier leur a permis d’émettre du carbone bien plus longtemps et ils ont davantage de moyens pour effectuer la transition énergétique. Ils devraient aussi fournir un soutien financier et technologique aux États les plus pauvres pour aider ces derniers à effectuer leurs propres transitions.

Des pays comme les États-Unis sont farouchement opposés à ce que des principes d’équité trouvent une place dans les textes négociés de l’ONU. Le texte final est soigneusement calibré pour s’aligner sur les intérêts des pays riches et producteurs d’énergies fossiles. La déclaration finale, parce qu’elle omet le pétrole et le gaz et qu’elle permet l’utilisation continue du charbon (avec le captage et le stockage du carbone, des technologies très coûteuses et dont l’efficacité reste à démontrer), n’a pratiquement aucun impact sur les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et la Norvège. Mais elle a un impact disproportionné sur les pays en développement comme l’Inde et la Chine…

Il faut être clair : tous les États, y compris les plus pauvres, doivent renoncer aux énergies fossiles si l’on veut maintenir l’augmentation de température sous le seuil critique de 1,5 °C. Cependant, la trajectoire et le rythme de cette transition ne devraient pas être les mêmes pour tous.

Le Canada devra enclencher cette transition rapidement. La mise en place de plafonds décroissants sur les émissions du secteur pétrolier et gazier devra tenir compte de la responsabilité historique du Canada dans l’amincissement du budget carbone mondial restant pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Elle devra aussi marquer la fin de l’expansion de la production et des exportations, et s’accompagner d’une transition juste pour les travailleurs et les collectivités afin de ne laisser personne derrière.

Pertes et préjudices

La crise climatique entraîne déjà des conséquences auxquelles il est impossible de s’adapter. C’est le cas, par exemple, des habitants des petits États insulaires qui doivent abandonner leurs îles à cause de la montée du niveau des océans. En jargon climatique, on appelle ce concept les « pertes et préjudices ».

Selon des chercheurs du Centre basque pour les changements climatiques, en Espagne, la dévastation résultant des catastrophes climatiques coûtera, dans les pays du Sud seulement, de 290 à 580 milliards de dollars américains par an en 2030 et pourrait atteindre 1,7 million de milliards de dollars par an d’ici 2050. C’est sans compter des impacts impossibles à chiffrer, tels que la perte de la biodiversité et d’héritage culturel, ainsi que les effets sur la santé mentale des populations.

Les pays du Sud, aux prises avec des pertes et préjudices disproportionnés, ont fait de l’enjeu une priorité à la COP26. La Chine et le Groupe des 77 (G77), qui représente les intérêts des pays en développement à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ont proposé la création d’un dispositif officiel qui prendrait en compte les pertes et préjudices et faciliterait les paiements aux pays du Sud afin que ceux-ci puissent y faire face.

Sans grande surprise, la proposition est absente du texte final ; les États-Unis et l’Union européenne l’ont bloquée. Les États se sont toutefois entendus pour en reparler à la COP27.  

En parallèle, après des années sans progrès sur cet enjeu dans les négociations, le Vanuatu, Tuvalu et Antigua-et-Barbuda portent maintenant leurs préoccupations devant la Cour internationale de justice des Nations unies. Et certains États fédérés — l’Écosse et le pays de Galles — se sont  engagés à contribuer à ce type de financement. Le Québec serait très bien placé pour leur emboîter le pas, comme le suggérait le député péquiste Sylvain Gaudreault. Le ministre canadien Steven Guilbeault, quant à lui, devra s’assurer d’arriver à la COP27, en Égypte, avec un mandat clair sur la question.

Le travail continue

Le processus de négociations internationales, bien qu’essentiel, n’est pas une fin en soi. Il est aussi représentatif des contextes politiques nationaux et géopolitiques des États qui négocient. Ce ne sont donc pas les COP qui produiront des résultats avant-gardistes en matière d’action climatique. Ce sont plutôt les mouvements sociaux, les peuples autochtones et les groupes citoyens qui continuent à pousser les États à garantir un avenir juste et viable, aligné avec le 1,5 °C, qui assureront le respect de la justice climatique. Pour tous, pas seulement pour certains.

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Les pétroleux de la COP26 doivent chanter en choeur avec les Saltimbanques « Niquons la planète »

Parce que hey il n’y a rien comme de gaver les criminels du fossile à coup de milliard$ par années ($11 millions par minute) de fonds publics pour entretenir la « libre entreprise », n’est-ce-pas?

J’ai peur d’attraper un cancer des oreilles en écoutant les fausses solutions, comme l’Hydrogène, le gaz ‘renouvelable’ ou la capture du CO2, de ces criminels du fossil qui se remplissent les poches avec nos taxes en chantant
…50 degrés en plein hiver, les ours polaires à quoi ça sert…

Souvenons-nous que les solutions existent avec les Énergies Renouvelables et la mobilité électrique, même si les médias complices de notre état pétrolier comme Radio Canada (qui nous matraque à la journée longue de publicité de bagnoles à pollution) sont très silencieux sur les progrès du futur sans pétrole, pour ne pas déplairent aux commanditaires bourrés de pétro-dollars.

Notre état pétrolier ressemble beaucoup à l’Australie et c’est triste à voir nos élus se faire manipuler par les pétroleux.
Pour éviter l’écoeurantite aiguë je me dilate la rate en regardant ce vidéo sur la COP 26:
https://www.youtube.com/watch?v=QIyKmqEdgR4
Ça fait du bien d’en rire.

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Même si les pays signaient de belles déclarations allant dans le sens d’une justice climatique, ça ne changerait rien à la fin puisqu’il n’y aurait aucune autorité pour en assurer l’application.

Le problème de ces réunions internationales est que les résolutions qui y sont prises sont non contraignantes. Les signataires savent très bien qu’il n’y a pas de solution à court terme pour remplacer les énergies fossiles, que la transition énergétique pour atteindre le 1,5 degrés exigerait un effort beaucoup trop grand pour être accepté par leurs citoyens et que rien ne les oblige à la fin à prendre les mesures drastiques que dicte la science actuellement.

Les pays, les institutions, les gouvernements sont formés d’humains et le propre de l’humain est de ne réagir que lorsque la menace est imminente ou qu’une contrainte externe l’oblige à prendre une action immédiate. Se baser lors de ces réunions sur la bonne volonté de chacun pour faire changer les choses relève beaucoup plus du vœu pieux et de l’utopie que du réalisme qu’il serait pourtant nécessaire d’avoir actuellement.

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Monsieur François Renald

Vous dites:
…savent très bien qu’il n’y a pas de solution à court terme pour remplacer les énergies fossiles, que la transition énergétique pour atteindre le 1,5 degrés exigerait un effort beaucoup trop grand pour être accepté par leurs citoyens…ouf

mais ça c’est le mantra des pétroleux qu’ils nous répètent depuis Kyoto, et il est vrai que ça poigne.

C’est facile de croire à ce mantra pcq hey tout ce que nous avons à faire, et bien c’est rien.

On s’assit sur nos mains, on s’occupe du PH de nos piscines et on attend que ça nous pète en pleine face. Pourquoi se contraindre quand le PH est bon?
Les poumons des pitchounètes, on s’en fout, hey. Tsé veut dire.

Non Monsieur Renald les solutions nous les avons déjà depuis un bon bout de temps et se portent très bien, mais comme disait Jacques Chirac « la maison brûle et on regarde ailleurs ».

Quand on vit dans un état pétrolier et qu’on se laisse enfumer comme dans les pays du tiers monde par les fausses solutions de ceux qui nous ont enfoncé dans ce trou toxique et qu’on continue à enfouir les fonds publics à coup de Milliard$ par année, c’est vrai que ça demande un effort.

Si ces fonds publics étaient utilisés pour la transition vers les énergies renouvelables pour que l’humanité aie un avenir durable, ça ferait longtemps que la pétrochimie ne serait utilisée que pour des produits durables, pas des barils de pétrole qui partent en fumée à chaque kilomètre et qui pourrissent notre biosphère.

Le pire c’est qu’une grande partie de nos taxes sont dépensées pour nous faire croire que ça …exigerait un effort trop grand pour être accepté… comme la ‘Chambre de Guerre ‘ de Jason Kenney qui a dépensé $30 Millions de nos taxes pour stigmatiser et monter une campagne de peur autour de ceux qui font la promotion des énergies renouvelables et la mobilité électrique.

Ce n’est pas la transition vers les EnR / mobilité électrique qui est difficile, mais de briser l’inertie des élus qui se traînent les pieds dans les sables bitumineux sales.

La seule énergie renouvelable à laquelle les pétroleux du Canada croient est
le ‘crottin de bovins’ pour une transition vers l’âge des ténèbres.
Oh Canada.

Solutions:
https://www.tesla.com/fr_ca/solarroof
https://www.alsetehomeintl.com
https://www.irena.org

Humour:
https://www.youtube.com/watch?v=sitPeRlTdNs