Les tatouages tabous de Thaïlande

Il y a quelques années, aux Îles Marquises, je rêvais d’orner mon corps d’un tatouage traditionnel provenant de cette région du monde, réputée pour ses artistes qui excellent dans l’art de créer de tels « bijoux vivants », comme le disait l’écrivain Michel Tournier. Puis, un Marquisien m’avait découragé de passer à l’action.

 

Un moine tatoueur à l'oeuvre au temple Wat Bang Phra, en Thaïlande - Wikimedia Commons

« Les touristes qui se font tatouer une raie manta, c’est joli, mais ça ne veut rien dire pour eux, alors que pour nous, peuple de pêcheurs, ça représente notre lien ténu avec la mer, m’avait-il dit. Si tu te fais tatouer par simple plaisir décoratif, tu voleras une partie de notre culture », avait ajouté celui lui qui se fait tatouer à chaque événement important de son existence, et qui refuse d’expliquer la signification de cette sorte de vitrail en noir et brun qu’il porte en permanence.

Il semble que le ministre thaïlandais de la Culture, Niphit Intharasombat, abonde dans ce sens, puisqu’il vient d’exhorter les tatoueurs de Thaïlande, pays essentiellement bouddhiste, à ne plus dessiner d’images sacrées sur le corps des étrangers non-bouddhistes.

« Ceux-ci considèrent ces tatouages comme une mode, sans se soucier de leur signification religieuse », dit-il, après avoir reçu nombre de plaintes de Thaïlandais, outrés de voir le visage de Bouddha ou d’autres symboles religieux sur la peau de touristes de passage.

Le ministre de la Culture a également demandé aux gouverneurs des provinces thaïlandaises de faire inspecter les salons de tatouage de leur région, pour sensibiliser les tatoueurs à cette réalité.

Même s’il est toujours possible et légal de rapporter de Thaïlande de telles oeuvres religieuses sur sa peau, le ministre songe à proposer l’adoption d’une loi pour officialiser ses préoccupations.

Est-ce vraiment justifié d’aller si loin? Doit-on voir là une conséquence des méfaits du tourisme, ou plutôt le ferment d’une sorte d’intégrisme?