Les trésors d’un collectionneur d’art actuel

Alain Tremblay, la fraîche cinquantaine, est né à Chicoutimi, habite à Montréal et enseigne, à l’école Curé-Antoine-Labelle de Laval, l’éthique et la culture religieuse. Mordu de musique classique, ce collectionneur d’art actuel m’avait accordé, en 2009, une entrevue alors qu’il exposait pour la première fois une partie de sa collection à Jonquière.

Je reproduis ici quelques extraits de notre entretien au moment où il montre, cette fois à Montréal, des pièces de son patrimoine artistique. Cette expo s’inscrit dans le cadre de l’événement Collectionner, qui essaime dans plusieurs maisons de la culture de la ville les trésors de neuf collectionneurs. Programme : accesculture.com. Présenté en association avec l’Arsenal et la foire d’art contemporain PAPIER12.

« Empire possessif », de Yannick Pouliot

N’y a-t-il pas une contradiction entre enseigner la morale et collectionner des œuvres contemporaines ?

J’y vois plutôt une complémentarité. L’art questionne, au même titre que la foi, la vie, l’environnement, le pouvoir, les différentes cultures…

D’où vous vient le goût pour l’art ?

Le sport était une valeur fondamentale dans ma famille. J’ai pratiqué le hockey, le baseball, l’athlétisme. La culture est arrivée tardivement, vers 30 ans, quand je me suis mis à voyager en Europe, à visiter les musées.

Quand avez-vous commencé votre collection ?

C’était en 1995, j’avais 36 ans. J’ai acheté, pour 3 000 $, ma première œuvre: un marché de fleurs. Mes goûts ont changé depuis, mais ce fut le point de départ d’une aventure exceptionnelle. Au début, je ne connaissais rien. Mon engouement et mon authenticité m’ont ouvert bien des portes. Et j’ai développé des relations privilégiées avec des artistes qui sont devenus des amis.

La soif de posséder finit-elle par s’étancher ?

Là, je vais devoir prendre une pause car il faut que je paie mes dettes, quoique je ne trouve pas qu’acheter de l’art constitue un endettement. Mais je rappelle que je n’ai qu’un salaire de prof !

La notion du beau est aujourd’hui très relative. Quel est l’art qui vous touche ?

L’art socialement engagé. Une œuvre forte est celle qui fait réfléchir sans nécessairement fournir de réponses, mais qui suscite des questions. J’aime l’art qui fouette les pensées, qui nous sensibilise à des enjeux fondamentaux, qui nous transforme et nous humanise.

Ressentez-vous de la frustration quand vous ne pouvez pas vous offrir une œuvre ?

Souvent. Mais je me console en me disant que je suis privilégié d’avoir pu constituer le corpus que j’ai. Le piège qui guette le collectionneur est de ne pas regarder les œuvres qu’il a, mais plutôt celles qu’il voudrait acquérir !  Toutes les pièces que j’achète enjolivent mon quotidien, favorisent mon imaginaire, aident ma santé psychologique.

La collection branchée de M. Tremblay présente les œuvres de plus de 50 artistes, dont Marc Séguin, Jocelyne Alloucherie, BGL, Martin Bureau, Marcelle Ferron, Yannick Pouliot, Nicolas Baier, etc. Vous en aurez les yeux écarquillés.

La collection branchée de M. Tremblay, Maison de la culture Frontenac, à Montréal, du 13 mars au 22 avril. 514 872-7882

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