Pas de touristes en Bourgogne?

Cette année, la Bourgogne mise sur une campagne audacieuse pour promouvoir sa région: jouer sur la sempiternelle dichotomie touriste/voyageur, le premier n’étant qu’un sous-produit industrialisé et édulcoré du second, selon les images traditionnellement véhiculées sur l’un et l’autre (l’autre étant ici appelé « no tourist », en français dans le texte).

Vue depuis la tour Philippe Le Bon, Dijon - Thierry Jannolle/CC 3.0/Wikimedia

Ça donne notamment ce qui suit:

Vous êtes plutôt touriste quand…
-Il y a plein de boutiques de souvenirs mais vous n’êtes pas sûr de vouloir vous souvenir.
-Vous ne voyez pas vos gosses sauf pour les déposer à une « activité d’enfant » de plus.
-Vous avez l’impression qu’à l’hôtel ou au restaurant, on vous regarde comme si vous aviez une carte bleue tatouée sur le front.

En revanche, vous êtes plutôt no tourist quand…
-Il y a peu de boutiques de souvenirs mais c’est mieux ainsi puisque des bons souvenirs, vous en avez plein la tête.
-Vous vous êtes souvenu ce soir, après la balade au soleil couchant et le dîner avec vos enfants, que les choses les plus simples sont presque toujours les plus riches.
-Les gens au restaurant n’ont pas l’air de touristes. C’est normal, la plupart sont du coin.

Bref, bonne idée à première vue. Mais notez bien l’emploi de « la plupart » et « peu de boutiques », ce qui laisse une légère marge à tout ce qui ressort du tourisme, au cas où la présence d’un groupe de « types en tenue bariolée » vous ferait monter la moutarde au nez, dans un restaurant de Dijon, ou que le chemin menant aux Hospices de Beaune serait pavé de cartes postales.

Remarquez surtout le but ultime et paradoxal de cette campagne: attirer des touristes. Car dès qu’on désire inciter les gens à visiter un coin de pays par l’entremise du marketing et de la promotion, on les transforme au moins un peu en touristes, fussent-ils profondément voyageurs dans l’âme. Il y a d’ailleurs fort à parier que ladite campagne porte fruit, ne serait-ce qu’en attirant l’attention sur la Bourgogne, et c’est évidemment le but recherché.

Cela dit, ses concepteurs devraient peut-être mieux choisir leurs exemples; ainsi, selon eux, vous êtes touriste quand « vous calculez sur un site Web écolo que vos vacances ont plombé sur plusieurs générations votre empreinte carbone ». Quand on se préoccupe de l’impact environnemental de ses vacances, on est peut-être touriste, mais on est un touriste responsable, ce qui vaut bien un no tourist.

Quiconque peut d’ailleurs proposer ses propres exemples de « touriste » et de « no tourist« , sur la page Facebook du Comité régional du tourisme de Bourgogne. Qui sait, peut-être pourra-t-on s’y rendre dans quelques années et y inscrire: « Vous êtes touriste quand… vous allez en Bourgogne, cette région devenue très touristique au fil des ans. »

 

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Bof… Je me suis longtemps sentie complexée par cette dichotomie touriste/voyageur, en me morigénant de ne pas faire assez d’efforts pour entrer en communication authentique avec les « locaux », jusqu’à ce qu’une Australienne rencontrée en Jordanie, et très grande voyageuse, me convainque que c’est de la foutaise : quoi qu’on fasse, on ne sera jamais un « local », on sera toujours d’ailleurs. Alors on relaxe, on cesse de regarder les autres de haut en les traitant de « touristes », car dans le fond on en est tous quand on est en visite ailleurs, et on en profite à fond – des fois en faisant des choses comme les « locaux » (quartiers peu courus, petits restos, boutiques locales) et d’autres fois en faisant les trucs touristiques plaisants (attractions connues, plages, tour de ville en autobus deux étages…) Ça n’a pas à être tout l’un ou tout l’autre, noir ou blanc. Cela dit, cette campagne de promotion ne m’encouragera pas à visiter la Bourgogne, ni ne m’en détournera. Bof.

Je suis tout a fait en accord avec Gina. Ca fait 20 ans que
nous sillonnons l’Europe selon nos moyens du moment. Nous sommes parfois touristes et parfois non. Cela nous regarde et ne cause pas de tort a personne, Pourquoi on s’empecherait d’acheter des babioles a nos cinq petits-enfants pour leur faire plaisir? Parfois on en achete plus, parfois moins et parfois pas du tout. Nous entrons en contact avec les locaux si ca leur fait plaisir. Nous avons deja visite la Bourgogne et cette campagne ne nous inciteras pas a y retourner ou pas.

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