Paul Desmarais: un pionnier du mécénat francophone est disparu

MONTRÉAL – La disparition de Paul Desmarais ne se fera pas seulement sentir dans le milieu des affaires ou dans la sphère politique.

Le milieu culturel est aussi en deuil du mécène de premier plan qu’aura été l’ancien grand manitou de Power Corporation.

La directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Nathalie Bondil, a salué mercredi l’immense contribution du collectionneur et amateur d’art.

«Il était passionné de culture classique, mais il s’est beaucoup intéressé à l’art québécois et canadien. Il avait à coeur de soutenir l’art du Québec», s’est-elle souvenue.

«C’est quelqu’un qui a vraiment voulu faire la promotion de peintres comme Riopelle, par exemple. Il a vraiment rassemblé une collection d’oeuvres de Riopelle parmi les plus importantes qui soient», a ajouté Mme Bondil.

Paul Desmarais aura été un «véritable pionnier» et un «porte-étendard» du mécénat francophone au Québec, servant d’inspiration à une nouvelle génération de mécènes comme Pierre Bourgie et Alexandre Taillefer.

Avant lui, la culture du mécénat était surtout l’apanage de la communauté anglophone, laquelle était évidemment plus fortunée.

C’était avant la Révolution tranquille, mouvement qui n’a pas seulement influencé les institutions politiques et sociales, mais aussi les institutions culturelles.

«Paul Desmarais a ouvert la voie à une autre société qui parvenait à un certain pouvoir, à une certaine fortune, et qui voulait aussi prendre sa place dans le concert des arts, dans ce concert philanthropique», a résumé Mme Bondil.

Au fil des ans, le richissime homme d’affaires a puisé à de nombreuses reprises dans sa collection privée — l’une des plus importantes au Canada — pour offrir ou prêter quelques oeuvres à l’institution muséale, et ce, en toute discrétion, a tenu à préciser celle qui est également conservatrice en chef du MBAM.

«C’est vraiment quelqu’un qui a imprimé sa marque de manière indélébile sur le destin du musée», a-t-elle assuré.

Il est d’ailleurs devenu le premier mécène à donner, en 1991, un nom francophone à l’un des pavillons du MBAM. Il a néanmoins été «assez modeste» pour donner le crédit à son père, Jean-Noël Desmarais, a expliqué Nathalie Bondil.

«Pour démocratiser les arts, ce pavillon a été remarquable. Il y a eu de grandes expositions qui sont restées dans la mémoire de tous», a jugé Mme Bondil.

Paul Desmarais s’est éteint mardi dans sa demeure de Sagard, dans la région de Charlevoix. Il était âgé de 86 ans.