Phil Allard : artiste écoresponsable

Il arrive cheveux en pétard, yeux bouffis, en quête d’un café. «Mon bébé n’a pas dormi de la nuit.» Deux fois papa, Phil Allard pratique la sculpture monumentale et l’installation in situ.

Se réclamant de l’arte povera, il récupère réflecteurs de voitures, sacs de plastique, pancartes électorales, etc., qu’il transforme en occurrences artistiques, politiques, écologiques. «Je m’intéresse à l’impact des activités humaines sur l’environnement et à l’absurdité visuelle qui peut en découler.»

Une de ses interventions publiques les plus commentées, De plastique et d’espoir, envahissait, tel un ténia traînant 65 000 bouteilles d’eau, le plafond du Centre Eaton en 2007. «Ça représentait cette année-là le nombre de bouteilles bues en une seule journée au Québec. Ridicule?: on nous pompe notre eau sur nos terres et on nous la revend à trois dollars.»

Philippe Allard
Photo : Jocelyn Michel

Au geste solitaire en atelier, Allard préfère, par exemple, parasiter un bâtiment, comme il le fait présentement avec l’architecte Justin Duchesneau à la Fonderie Darling, à Montréal (jusqu’au 2 sept.). Accrochée à la façade de l’immeuble, Courte-pointe déroule, du toit jusqu’à la chaussée, une «couverture» multicolore composée de 700 caisses de lait. La galerie a dû écrire sur le sol?: «Merci de ne pas marcher sur l’installation.» L’artiste ne se formalise pas de la témérité de certains spectateurs. «L’escalade est mon sport préféré. Inconsciemment, je réalise des œuvres qui invitent les gens à y grimper.»

Utilisant les mêmes stratégies d’accumulation d’objets, Allard et Duchesneau ont aussi imaginé Forêt, structure créée à Ottawa en 2011, plantée cette fois dans le Quartier des spectacles (du 2 au 11 sept.) à l’occasion du festival Les escales improbables?: 650 palettes de bois figurent une bibliothèque à ciel ouvert.

Seul ou en duo, Allard investit l’espace urbain avec des œuvres à l’usage de tous. «À chaque installation, je veux m’autodérouter tout en essayant d’avoir une ligne directrice.» La cohérence de sa démarche tient à une conscience environnementale aiguë. «Je parle d’une société qui continue de consommer et de s’autodétruire comme une malade.»

En compagnie de Roadsworth, alias Peter Gibson — avec qui il a réalisé l’œuvre murale Le marais, à Verdun —, Allard participait cet été au Festival internacional de arte pública dos Açores. «Les îles portugaises sont en proie à des courants giratoires qui attirent sur leurs berges les contenants de plastique des grands continents. Notre installation illustre cette aberration.»

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