Philippe Cool aux Escales improbables de Montréal

Dans l’atelier : un moteur de lave-linge, un vélo déglingué, des câbles épars. Avec des appareils périmés et autres matériaux fatigués, ramassés dans la rue, il imagine, bricole des installations mécaniques, des sculptures étranges, des mondes hallucinés.

Philippe Cool a 32 ans, les mains comme des battoirs, du bran de scie sur le t-shirt et une petite fille toute neuve qui lui fait les nuits courtes et les yeux petits. Né à Bathurst, au Nouveau-Brunswick, il voulait devenir architecte ; il fera plutôt de l’aménagement paysager. Longtemps peintre, il découvrira la 3D à l’Université Concordia et ne retouchera plus à un pinceau. Mais le sculpteur dessine toujours, et ce, depuis l’âge de 12 ans. « Le dessin me sert de mise en forme spirituelle. »

Photo : Alexandre Chabot

Installé à Montréal depuis 2001, réparateur de vélos à ses heures, Cool se dit bouillant, émotif. « Quand je deviens “mal patient”, mes amis me suggèrent d’aller dans mon atelier évacuer mes petites frustrations de la vie. » Il définit son travail : « Du post-apocalyptique frôlant la science-fiction, du post-steampunk. » En plus clair, ça ressemble à ce qu’il resterait sur terre après le passage des humains. « Je m’interroge sur notre dépendance aux objets et leur incidence sur notre comportement. Chaque invention technologique crée un handicap. En remplaçant nos jambes, la télécommande, par exemple, a entraîné la paresse. »

S’il se dit inspiré par YouTube et les créatures délirantes du sculpteur cinétique hollandais Theo Jansen, il ne se réclame d’aucun mouvement, si ce n’est d’une famille : « le groupe d’artistes du Centre-Sud de Montréal », même si depuis quelque temps, embourgeoisement aidant, il reconnaît moins son quartier. « Il n’y a plus de bazou stationné dans la rue, je vois de plus en plus de BMW. J’entends dire que la qualité de vie augmente, mais peut-on en dire autant des rapports humains ? »

Après plusieurs expositions solos et collectives, l’artiste note, parmi ses meilleurs souvenirs, l’initiative « 2 par 4 par 22 », qui mettait à contribution 22 étudiants de l’Université Concordia, à qui il était demandé de réaliser une œuvre sur une planche de bois munie de roulettes. Cool avait « promené » son morceau d’art en ville et recueilli sur le vif les commentaires des passants.

Il pourra en faire autant aux Escales improbables de Montréal — pétillant « festival international des arts sans frontières » —, où il exposera en plein air quatre œuvres interactives. Parmi celles-ci, Horses : dès qu’un spectateur s’approche des deux bêtes en train de s’accoupler, des capteurs envoient un message aux chevaux… qui cessent leur manège ! Les sculptures de Philippe Cool ne plairont pas à tout le monde, mais n’est-ce pas le mieux qui pourrait leur arriver ?

Photo : Sébastien Filcich

Les Escales improbables de Montréal, du 7 au 11 sept., 514 313-6667.

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