Québec solidaire craint une campagne électorale sur le dos des minorités

QUÉBEC – Québec solidaire demande au gouvernement Marois de ne pas se lancer en campagne électorale sur le thème hautement émotif de la laïcité.

Les sujets complexes qui suscitent des divisions ne sont pas de mise dans les débats partisans, a fait valoir, mercredi, la députée et porte-parole du parti, Françoise David. Son collègue député de Mercier, Amir Khadir, a lui aussi invité le gouvernement péquiste à ne pas chercher à faire des gains électoraux «sur le dos des minorités», une manoeuvre qu’il associe aux partis d’extrême droite.

«Nous ne voulons pas prêter des intentions au PQ, mais ce serait une mauvaise idée (de faire campagne sur le thème de la laïcité). Les partis d’extrême droite en Europe le font et je ne crois pas que le PQ veuille être associé à une mouvance radicale ou à un parti politique xénophobe», a dit M. Khadir, en point de presse.

«C’est un débat difficile et quand on a des débats aussi complexes que ceux-là, aussi demandant et (portant) surtout sur la protection des droits des minorités, on ne fait pas ça en campagne électorale», a soutenu de son côté Mme David.

Les deux élus ont fait cet appel à la prudence après avoir présenté à l’Assemblée nationale le projet de loi 398, la version «solidaire» de la charte des valeurs québécoises du ministre Bernard Drainville.

Basée sur le «compromis», inspirée du rapport Bouchard-Taylor et de la position exprimée récemment par l’ancien chef péquiste Jacques Parizeau, la «charte de la laïcité de l’État québécois» proposée par Québec solidaire offre au gouvernement l’opportunité de régler le dossier des accommodements religieux de façon équilibrée, a soulevé Mme David.

Le projet de loi de Québec solidaire limite l’interdiction du port de signes religieux aux seules personnes qui exercent un pouvoir de coercition au service de l’État, comme les juges, les policiers, les procureurs et les gardiens d’établissements de détention. Au nom du «droit au travail» et surtout pour ne pas pénaliser les femmes qui portent le voile, les employés du gouvernement, des hôpitaux, des écoles et des garderies conserveraient le droit d’afficher leur foi. Le projet de loi prévoit aussi la dispensation et la réception des services de l’État à «visage découvert».

Objet patrimonial ou non, le crucifix qui trône au-dessus de la tête du président de l’Assemblée nationale serait décroché pour être remplacé par une fleur de lys, une suggestion de Mme David.

Autre particularité: les critères inscrits dans la charte rendraient irrecevable toute demande d’accommodement religieux risquant de causer préjudice aux «minorités sexuelles».

Le projet de loi du tiers parti risque fort de demeurer sur les tablettes. Le ministre Drainville le juge très décevant car trop laxiste. Tout au plus, il y voit une contribution parmi d’autres au débat.

«C’est étonnant, c’est très étonnant que Québec solidaire ne demande pas aux garderies et aux éducatrices de se garder de faire la promotion de leurs opinions religieuses, a déclaré le ministre des Institutions démocratiques. Depuis sa fondation, Québec solidaire s’affiche comme un parti progressiste et je trouve qu’en matière d’encadrement des signes religieux, ce n’est pas très progressiste ce qu’ils proposent. Quand tu dis que c’est en dessous de la CAQ…»

Quant à la mise en garde de Québec solidaire contre une campagne qui porterait sur le thème de la laïcité, M. Drainville a argué qu’il n’était pas «dans une démarche électorale mais dans une démarche de préparation d’un projet de loi».

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