Un millier de personnes marchent pour appuyer la Charte des valeurs québécoises

MONTRÉAL – Jugeant que les détracteurs de la Charte des valeurs québécoises avaient eu beaucoup d’attention médiatique jusqu’à maintenant, des partisans du projet du gouvernement du Parti québécois ont manifesté au centre-ville de Montréal, dimanche après-midi.

Un millier de personnes en faveur de la laïcité et de la neutralité religieuse de l’État ont sillonné, pancarte à la main, le trajet entre la place Émilie-Gamelin et la place du Canada, le même itinéraire parcouru la semaine précédente par les quelques milliers d’opposants à la Charte.

Les manifestants ont scandé des slogans comme «Oui, oui à la charte» ou «On avance, on avance, on (ne) recule pas!»

C’est un citoyen du nom de Daniel Roy qui a initié l’événement pour encourager le gouvernement à mener à terme son projet de laïcisation de l’appareil public.

«Ça se veut une riposte à la manifestation de la semaine dernière dont les propos ont été insultants envers la nation québécoise», a affirmé M. Roy en référence à la manifestation anti-charte organisée par le Collectif québécois contre l’islamophobie.

M. Roy se dit catholique croyant mais pense que la neutralité de l’État est le meilleur moyen d’assurer la cohésion sociale en traitant tout le monde sur un pied d’égalité, y compris les immigrants.

Plusieurs manifestants craignent que sans la Charte, la laïcité pourrait régresser au Québec.

«Je suis dans la soixantaine, a expliqué Louise Lapointe. On a tout fait, nous les femmes, pour se sortir du joug de la religion catholique. Il ne faut pas laisser d’autres religions prendre la place.»

Pour Patrice-Hans Perrier, la Charte est nécessaire pour éviter la ghettoïsation des minorités dans la métropole.

«La Charte comme outil n’est pas nécessairement le meilleur outil, mais l’important c’est de statuer sur la neutralité de l’État et l’égalité des citoyens vis-à-vis de l’État», croit M. Perrier.

Bien que la foule était majoritairement composée de Québécois d’origine, des immigrants étaient aussi présents pour exprimer leur appui au projet du gouvernement provincial.

George Kaoumi, d’origine syrienne, croit que la religion est un affaire privée qui doit rester en dehors du cadre étatique.

«Je suis venu ici pour vivre selon les valeurs québécoises, pour vivre le mode de vie québécois», a expliqué ce chrétien non-pratiquant arrivé au Québec il y a sept ans.

Il juge que la liberté d’expression qui vient avec la citoyenneté canadienne n’autorise pas les immigrants, comme lui, à imposer leurs traditions et leurs valeurs.

Même son de cloche du côté de Djemila Addar, une berbère originaire d’Algérie qui a vécu la terreur des islamistes dans son pays.

«Le Québec, je crois qu’il a tardé pour mettre des balises, a affirmé Mme Addar. Lorsqu’on va dans un pays, on respecte ce qu’il est.»

Une manifestation moins populaire

L’organisateur Daniel Roy se dit militant de plusieurs mouvements sociaux et indépendantistes mais affirme avoir organisé la marche de sa propre initiative en mobilisant les gens par l’entremise des réseaux sociaux. Il a admis que certaines organisations, comme le Mouvement Québec français, avaient toutefois donné leur soutien, notamment en fournissant des reproductions de fleurs de lys bleues, qui ont été remises aux participants.

Le fait que son événement ait été moins populaire que celui de l’autre camp ne démonte pas l’organisateur.

«Ça a été organisé par un seul individu, par moi, alors il ne faut pas s’attendre à des miracles», a répondu M. Roy, qui s’attend à d’autres manifestations pro-Charte plus importantes d’ici quelques semaines.

Un front commun en faveur de la charte doit d’ailleurs voir le jour cette semaine.

La manifestation avait par ailleurs des allures de rassemblement souverainiste. De nombreux drapeaux québécois étaient bien en évidence et les intervenants qui ont pris la parole avant la manifestation ont fait des rapprochements entre la Charte et la nécessité de faire l’indépendance pour pouvoir défendre les valeurs québécoises.

Daniel Roy portait lui-même un chandail sur lequel on pouvait lire en grandes lettres «Québec un pays».

«Si le Québec reste une province, cette charte va devenir trouée autant que la Charte de la langue française parce qu’au Canada, ce sont les gens à Ottawa qui décident et ce sont les juges à la Cour suprême», a affirmé M. Roy pour expliquer le rapprochement entre les deux causes.

Aucun élu du Parti québécois n’était présent à la manifestation, pourtant organisée en appui au projet du ministre des Institutions démocratiques Bernard Drainville.

Sur le plan municipal, Michel Brûlé, candidat à la mairie de Montréal, s’est quant à lui adressé à la foule de manifestants. Se décrivant comme le seul candidat à la mairie en faveur de la Charte, il croit qu’il s’agit simplement d’un aboutissement du débat sur les accommodements raisonnables et de la Commission Bouchard-Taylor.

«Je suis pour un Québec laïque, français, ouvert sur le monde, a soutenu M. Brûlé. C’est important qu’on soit pour la laïcité, qu’on ait des balises au Québec, qu’on soit ensemble, les Québécois et les Montrélais.»

La marche s’est déroulée sans anicroche. L’itinéraire avait été remis aux policiers comme le demande le règlement municipal qui encadre les manifestations.

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