Voyager comme un idiot

Samedi dernier, la chaîne états-unienne Science Channel lançait An idiot abroad, une sorte de simili téléréalité où un (faux) touriste inculte revisite les 7 merveilles du monde et en profite pour vadrouiller aux alentours, de la Grande Muraille de Chine au Machu Picchu.

https://www.youtube.com/watch?v=PelsVpbMtZU

Selon ses producteurs, Ricky Gervais et Steve Merchant, An idiot abroad constitue une « expérience sociale qui vire à la farce ». Pour la réaliser, les deux créateurs de la série The Office ont repéré des sites, des rites, des activités ainsi que des us et coutumes surprenants, un peu partout dans le monde, avant d’envoyer leur idiot de touriste les voir ou les expérimenter. Et ça marche: après la première diffusion, l’émission s’avère déjà championne de l’audimat, assurent les porte-parole de la chaîne.

L’idée n’est pas mauvaise, et elle permet de revoir d’un oeil nouveau certains lieux parmi les plus médiatisés de la planète, puis de prendre un bain de culture locale en compagnie d’un esprit vierge de toute référence, qui s’émerveille aisément. Un peu comme le ferait un enfant.

Sauf que dans la bouche d’un enfant, des commentaires potentiellement offensants sont drôles parce que candides, alors que lorsque c’est un scripteur qui les émet par la bouche d’un idiot du voyage, la blague peut parfois friser le mauvais goût.

Ainsi, dans l’épisode consacré à la Kumbhamela indienne, le résultat est plutôt sympathique et permet au téléspectacteur d’expérimenter en partie « le plus grand pèlerinage de la Terre », où tout le monde se lance de la poudre colorée par la tête. « C’est comme du paintball sans les lunettes de protection », de dire l’idiot.

Dans un autre clip, où l’idiot prend un cours de yoga avec un mystique hindou flambant nu, on n’a également pas de peine à sourire, en voyant ces scènes où le yogi prend des poses explicites sans se soucier de l’effet de la gravité terrestre sur ses attributs.

Là où ça se gâte, c’est lorsque l’idiot rencontre un sâdhu – ascète qui renonce à tout – qui a poussé sa dévotion spirituelle jusqu’à tenir un bras en l’air (urdhva bahu) depuis 12 ans, pour mieux communiquer avec les dieux.

« Pour moi, tout ceci est ridicule: ma main gauche n’est là que pour aider ma main droite; je comprends que nous avons tous un bras meilleur que l’autre, mais jamais je ne dirais: hé, je n’ai pas besoin de ce bras… », d’ânonner l’idiot. Bref, on passe ici plus de temps à écouter ses élucubrations qu’à expliquer cet incroyable rite dont l’origine est plusieurs fois millénaire.

Plus tard, Karl l’idiot rencontre un baba (gourou) manifestement atteint de neurofibromatose (la maladie dont souffrait l’homme-éléphant). Commentaire de Nick: « J’ai rencontré le baba éléphant, et c’était comme je l’imaginais: il avait l’air de bonne humeur. » Choquant, à première vue? Certes, mais dans la scène suivante, on réalise que le baba supporte plutôt bien sa condition, puisqu’il l’attribue à Ganesh, le dieu de la sagesse… qui a une tête d’éléphant.

On le voit, cette série télévisée nous fait naviguer entre perplexité, étonnement et amusement. Mais tant qu’à plaisanter, peut-être aurait-on avantage à changer de cible, parfois. Car dans le merveilleux domaine du voyage, ce ne sont pas les occasions de rire (ou de pleurer) qui manquent, à commencer par la façon dont on développe le tourisme et la manière qu’ont certains touristes de voyager.

Ainsi, plutôt que de tourner en dérision des croyances et des rites vieux comme le monde, pourquoi ne pas souligner au trait rouge les méfaits du tourisme, ou la part d’ombre des destinations? Comme lorsque l’idiot débarque à Beijing et lance spontanément « Est-ce nuageux ou pollué? »

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Bonjour,

Votre commentaire manque un peu de recul quant au « personnage » du touriste idiot comme vous l’appelez. Je mets « personnage » entre guillemets car rien n’est vraiment scipté dans les commentaires de Karl, du moins c’est ce que défend l’oeuvre complète de Gervais, Merchant et Pilkington. Karl est peut être un « personnage » mais ses réflexions ne sont probablement pas scriptés et reflètes ce qu’il pense, car comme le dit Gervais, Pilkington » is a round head buffoon ». Quoique je suis peut être très naïf 🙂

je tenais a faire une precision john merrick n’etait pas atteint de neurofibromatose mais du syndrome de protée qui sont deux maladies genetiques differntes ceci a ete prouvé scientifiquement, dans les associations on se bat pour qu’o cesse de lire ce genre de chose , renseignez vous sur les deux maladies et vous verrez meme si dans une forme tres grave la neurofibromatose peut avoir de grosses deformations
amicalement

Merci pour cette précision: je vois trop de films de David Lynch et je ne lis pas assez Science Magazine, dirait-on !

Je suis totalement d’accord avec votre commentaire, M. Lawrence. Nous occidental n’avons pas le droit de juger les autres cultures. Nous n’avons pas le droit de juger personne par ses différences. Je déplore le comportement de ce Karl avec ses mimiques devant les gens. Il donne une mauvaise image de « l’étranger ». Je n’aimerais pas passer après lui dans ces lieux mytiques. Je voyage beaucoup et je n’aime pas ce genre de touriste qui se croit supérieur aux gens des autres pays. Cet émission au lieu de faire connaitre une bonne manière de se comporter en voyage et de comprendre les différences culturels, il reflète ce que je n’aime pas de ma culture. J’ai honte.