Y a-t-il un avenir pour le tourisme en Haïti ?

Tandis qu’on discute ferme, aujourd’hui à Montréal, de l’avenir d’Haïti, certains se demandent si le développement du tourisme n’est pas une option à explorer en profondeur. À long terme, s’entend.

Jacmel, avant le séisme - Gary Lawrence
Jacmel, avant le séisme - Gary Lawrence

Après tout, avant que s’abatte toute une série de calamités sur l’ouest d’Hispaniola, le tourisme y avait la cote : dans les années 70 et 80, une certaine élite venait même y passer ses vacances, notamment à l’ancien Club Med.

Puis vinrent les Duvalier et leurs tontons macoutes, les crises politiques, les embargos, la misère rampante, la déforestation ambiante et la criminalité galopante, autant d’éléments qui ont réduit Haïti au rang de pays le plus pauvre et le plus honni des Amériques.

Difficile, dans ces circonstances, de rivaliser avec les îles voisines, dont l’industrie touristique est fort bien rodée. Résultat : hormis les voyages d’affaires et ceux de la diaspora, les déplacements des travailleurs humanitaires et les désormais célèbres escales de croisière à Labadie, l’activité touristique haïtienne était quasi nulle, avant le 12 janvier.

La côte Sud d'Haïti, près de Jacmel - Gary Lawrence
La côte Sud d'Haïti, près de Jacmel - Gary Lawrence

Pourtant, l’an dernier, un vent d’espoir soufflait sur le tourisme haïtien. Envoyé sur place comme émissaire spécial des Nations-Unies, l’ex-président Clinton avait annoncé des investissements de 324 M $US sur deux ans pour rebâtir le pays, alors que le milliardaire George Soros avait lui aussi manifesté son intention de délier ses goussets dans le même but. À l’époque, le tourisme avait été identifié comme un moyen rapide et efficace de reconstruire le pays tout en redorant son image et en faisant travailler ses habitants.

Toujours l’an dernier, la chaîne d’hôtels Comfort Inn avait annoncé l’érection de deux établissements à Jacmel, (jadis une) mignonne ville coloniale d’Haïti, alors que la ville de Cap-Haïtien, deuxième plus grande au pays, annonçait la construction d’un aéroport en collaboration avec des investisseurs vénézuéliens.

Maintenant que le séisme a pratiquement fait tabula rasa d’une partie de l’île, c’est peut-être l’occasion rêvée de développer un tourisme durable et socialement responsable, et qui profiterait à l’ensemble de la population, que ce soit grâce aux revenus générés ou par l’utilisation d’une main-d’œuvre locale pour la construire et, par la suite, l’exploiter.

L'auberge Moulin sur Mer, à Cap-Haïtien, avant le séisme - G. Lawrence
L'auberge Moulin sur Mer, à Montrouis, avant le séisme - G. Lawrence

Mais sur quoi tabler? D’abord, sur ce qui attire les vacanciers dans le Sud, à savoir le tourisme balnéaire, mais en mettant en évidence ce qui distingue ce pays des autres destinations antillaises : sa riche culture, la plus africaine des Amériques, mâtinée d’influences françaises et caraïbes; un peuple attachant et coloré, où le vaudou est parfois présent; de fort jolies traces de l’époque coloniale – pour peu qu’il en reste; mais aussi la forteresse la plus spectaculaire des Amériques, la citadelle La Ferrière (enfin, on suppose qu’elle a tenu le coup, vu l’épaisseur de ses murailles…)

Il y a une douzaine d’années, le propriétaire de la petite auberge Moulin sur Mer – qui est peut-être encore debout –, Gérard Fombrun, disait aussi travailler sur l’inclusion d’Haïti sur la Route de l’Esclave, parrainée par l’UNESCO. Comme tant d’autres, cet Haïtien voyait déjà en l’industrie touristique une planche de salut pour sa pauvre île. «Le tourisme, c’est la seule voie des Caraïbes, a fortiori en Haïti, assurait-il alors. Le Canada devrait nous envoyer des visiteurs plutôt que du blé, ça tue le moral des paysans de n’avoir rien à récolter. Le tourisme permet de développer les infrastructures – à commencer par de bonnes routes – et, surtout, il fait travailler les Haïtiens et leur donne une discipline… »

Dans les jours qui ont suivi le séisme, l’Organisation mondiale du tourisme affirmait être prête à apporter son soutien en ce sens, « en aidant à évaluer les dommages causés, en particulier dans le secteur touristique, et en contribuant à l’élaboration d’un plan de redressement », en étant convaincue « que le tourisme peut se révéler utile dans le nécessaire processus de reconstruction ».

Évidemment, tout cela devra se faire suivant les règles de l’art, de façon éclairée et socialement responsable. Sinon, le tourisme pourrait bien être le prochain fléau à s’abattre sur Haïti.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

14 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Il le faut. Un tourisme qui soit, effectivement, socialement responsable. Mais les plans de reconstruction doivent se faire en parallèle avec une révision des structures et des pouvoirs gouvernementaux et une lutte intense à la corruption, principal « bâton dans les roues » de l’évolution de cette société.

Après avoir fait un état des lieux et organisé la première journée mondiale du tourisme responsable en Haïti en juin dernier, je dois dire que je suis très peu optimiste. Nous avons effectivement établi un voyage responsable, goutte d’eau au milieu d’opérations de type « Labadie ». Tout ce que l’on sait faire encore aujourd’hui est de reproduire à l’infini des standards erronés tels qu’ils existent dans la voisine St Domingue. Ces standards n’offrent que des emplois subalternes à la population et enrichissent une part infime de cette dernière, au côté d’étrangers qui s’arrogent le quasi monopole de l’exploitation touristique.
Ce sont ces shémas que nous avons vus se mettre en place en juin dernier. Sur l’île à vache, par exemple, dix projets, tous pilotés de l’extérieur. Pas un seul qui ne prenne en compte l’identité territoriale, et l’aspect social.
Alors utiliser le tourisme comme instrument de réduction de pauvreté, c’est évident, c’est possible, mais il va quand même falloir qu’un jour on arrête de faire croire qu’il suffit de planter un hôtel en tout compris sur une plage déserte pour créér localement de la richesse. ce qu’on crée surtout, ce sont des frustrations. Et aujourd’hui, ce n’est pas de frustrations supplémentaires dont les Haïtiens ont besoin, mais bien d’obtenir des revenus du territoire qui leur appartient (?).
Cordialement
Jean-Pierre Lamic

C’est sûr que le tourisme est une piste très viable de duruble à Haïti. Nous sommes 15 à 20 ans en retard des destinations similaires des Caraïbes. Comme vous le souligner bien, les potentiels sont là, surtout sur la pointe Sud.

D’ailleurs avant le séïsme notre firme, le Groupe IBI/DAA (nouvelle apellation de Daniel Arbour et associés et Groupe DBSF) travaillait à la réalisation du Plan de développement touristique de la Pointe Sud de Haïti. Ce plan comportait l’analyse de l’ensemble de la problématique de développement (identification des potentiels et contraites, travail avec les communautés locales, sécurité, routes, aéroport, etc.

Nous étions en phase de concept et de validation avec réseau de distribution sur leurs attentes et besoins. Le mandat est évidement suspendu. Notre bureau et maison sur place sont aussi par terre (heureusement notre équipe est en vie !. Mais nous sommes convaicus que nous reprendrons le travail dans un avenir proche. Le tourisme, lorsque bien intégré à la trame sociale et économique locale peut être un excellent vecteur de développement économique.

Denis Brisebois

Je pense surtout que ce commentaire ne vient absolument pas à propos.

Comment peut-on parler de potentiel de business en ce moment ?

Si les propos tenus ne m’auraient pas choqué dans un autre contexte, je les trouve complètement déplacés voire immoraux.

Le pire serait de ne même pas en avoir conscience…

@ Benjamin Hiard

Personne ne parle ici de profiter de la situation pour faire du business sur les décombres d’Haïti et au détriment de sa population, mais bien au contraire de développer et reconstruire intelligemment et à long terme, de trouver une façon comme une autre d’aider ce pays à se sortir de la mouise chronique dans laquelle il est enlisé depuis des lustres.

Il est vrai que plusieurs sont encore profondément endeuillés par ce drame, mais d’autres ont déjà envie de se retrousser les manches, comme on a pu le constater hier, à la Conférence de Montréal.

Dans les années 60 et 70, Haiti était une destination fort populaire chez les Québécois, la première destination sexuelle.
C’est le sida qui a tué le tourisme dans les année 80. Après il y a eu la violence.
Depuis, la République dominicaine a pris la relève.
Est-ce que les Québécois vont y retourner?

Si le tourisme contribue à l’économie de certains pays des Caraïbes de façon concrète, cette option mérite d’être étudiée et mise sur la table pour Haïti . Cependant, cette analyse doit être réalisée dans un contexte de différenciation et d’authenticité tout en s’appuyant sur une approche de développement durable en tourisme. Ainsi, on pourra optimiser les retombées locales en matière d’emplois, d’infrastructures et de protection du paysage actuel et en devenir.

Michel Archambault, Chaire de tourisme Transat ESG UQAM

J’ai travaillé à l’île de La Tortue dans les années 80 et j’y suis retournée ce mois de décembre passé. C’est la fameuse île ou l’on trouve encore des vestiges des pirates qui y sont passés. On peut y voir beaucoup de développements depuis les 20 dernières années et la population a beaucoup augmenté. Il y aurait là un excellent potentiel pour une destination touristique – les plages vers l’ouest y sont très belles. Il manquerait un bon aéroport à la ville voisine de Port-de-Paix, un service de traversier qui tienne compte des voyageurs avec des bâtiments surs. En fait, une nette amélioration de tous les services de traversiers aux nombreuses iles sur toutes les côtes haitiennes serait de mise, ce serait un immense projet. Les sources d’eau qui se trouvent à différents points sur l’ïle ne sont pas captées et cela permettrait aux habitants de l’île d’avoir une vie quotidienne beaucoup plus facile et plus higiénique, construction de citernes, de fontaines publiques. Les routes sont de pierres et ont besoin d’être goudronnées à la largeur du territoire haitien d’ailleurs. Les quais maritimes sont à construire. Le potentiel est là mais les infrastructures sont manquantes. Pourtant cela serait intéressant de voir si un certain type de touriste qui logerait chez l’habitant et qui aimerait l’aventure ne pourrait pas se laisser tenter. Il y a un hôtel à Palmiste, en haut sur le plateau. C’est une très belle île. Les Frères québecois De La Salle y ont établi des écoles primaires et secondaires réputées et les Frères haitiens ont pris la relève avec brio. La paroisse est adossée à hôpital. Donc le minimun vital est assuré mais les services ne sont pas encore à la hauteur d’un tourisme local ou international.

Je crois que développer le tourisme dans un pays déjà très pauvre et détruit par un séisme majeur, passe par une étape de reconstruction tant physique que morale de la population.
Un passage trop rapide à de grands ensembles très riches accueillant un tourisme de luxe, côtoyant une profonde misère risque fort d’exiger un maintien de l’ordre extrême pour contrer une criminalité croissante.
Il faudrait une étape tampon où de nombreux jeunes bénévoles seraient appelés à aider les Haïtiens à la reconstruction (maisons, routes, écoles, hôpitaux, reboisement, agriculture, etc.) pour intéresser directement de nombreuses personnes au pays et ses habitants et commencer à penser au tourisme quand certains habitants du pays pourront l’offrir dans un environnement reconstruit.
Un processus plus long que la simple construction d’ensembles presque auto-suffisant, mais qui ne coûterait probablement pas beaucoup plus cher à édifier, serait mieux compris, voir désiré par la population et serait socialement moins coûteux à maintenir rentable.

Le tourisme ? Qui voudra se rendre à Haïti en vacances?
Après plusieurs années d’enlèvements, de crimes, de vols et d’insécurité de toutes sortes.
Aider les à se rebâtir des résidences familliales, à leur assurer la survie, établisser l’éducation. Ils devront trouver leurs moyens en plantant des bananiers.Le tourisme contribuere à subventionner leurs crimes et leur délinquence, en plus de les réduire à l’esclavage et au mépris.

Je suis en parfaite accord avec Michel Archambault de la Chaire de tourisme Transat ESG UQAM. J’ai choisi Haïti comme destination pour faire des études de cas lorsque j’ai complété un MBA spécialisé en gestion des destinations et des services d’accueil touristique. J’ai organisé et animé une formation marketing pour trois Directrices d’associations touristiques d’Haïti: Dominique Carvonis de la Côte des Arcadins, Macimala Roy de Jacmel et Giliane César Joubert de Port-au-Prince. Ces femmes ont en leur possession une attestation d’étude de l’ ESG UQAM et doivent être consulté sur l’avenir de leur destination. Il y a 2 ans, le produit d’appel s’adressait à la diaspora et aux organismes humanitaires exclusivement. Nous devons les aider à faire la différence.

Macimala Roy de Jacmel est vivante, j’attend des nouvelles de Dominique et de Giliane, voici son témoignage:

« Monique merci de penser a nous. Je n’ai aucune nouvelle de Giliane. I’ll parait que Dominique etait aux USA. Moi je suis la et la survie est difficile. Je suis a P-au-P avec ma soeur et mes parents et mon frere sont a Jacmel. Je vais essayer de les rejoindre mais ce n’est pas evident. C 80km de route a pied. Nous sommes tous a la rue. La faim commence a se faire sentir. Je ne peux pas … See More
en parler. C trop. C le cahos. L’insecurite a commence. On a vraiment besoin d’aide. Mais c deja grand pour moi que tu aies pense a nous. Beaucoup d’autres ne sont plus ou ont perdu toute leur famille. Grace a Dieu nous sommes la et on va tout faire pour survivre. »

Déjà si Haiti pouvait profiter des énormes infrastructures touristiques qui sont en place de l’autre coté de l’Ile à Saint Domingue pour y développer un tourisme d’excursion un peu moins crétinisant qu’il ne l’est actuellement là bas ce serait déjà pas mal. Cette forme de collaboration touristique aurait le mérite de ne pas nécessiter d’importants investissements car Haiti n’a pas vocation à faire de la construction d’hôtels pour touristes une priorité, c’est peu de le dire…

Avant le séisme, le pays n’était pas sécuritaire. Le sera-t-il après la reconstruction? À mon avis, il n’y aura jamais rien à faire avec Haïti.

Le tourisme en Haiti est possible surtout dans la Grand’Anse avec les Abricots autrefois le paradis des indiens, Dame Marie et tout le reste…