​​Les batailles invisibles

Loin des regards, de nombreux combats parlementaires se dérouleront à l’Assemblée nationale entre le pouvoir et l’opposition durant le sprint de fin de mandat qui vient de débuter à Québec. Un véritable avant-match électoral, écrit notre collaborateur et ex-stratège. 

Dannykronstrom / Wikimedia commons

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

« La cheffe de l’opposition officielle nous avait promis d’avoir le couteau entre les dents, on voit que c’est vrai », a constaté François Legault après la première question de Dominique Anglade à la reprise des travaux parlementaires, mardi.

Le premier ministre trône peut-être encore au sommet dans les sondages, mais ses adversaires n’ont certainement pas abandonné le combat, à huit mois des élections. Alors que s’ouvre cette semaine la dernière session parlementaire de cette législature, le gouvernement n’a qu’un objectif : remplir le plus de promesses faites en 2018. L’opposition souhaite, quant à elle, l’en empêcher. Dans les deux camps, les yeux sont rivés sur le scrutin de l’automne prochain. 

Loin des regards, de nombreux combats se dérouleront ainsi dans les antichambres du Salon bleu. Et pour bien saisir ce qui s’y jouera, il faut accepter que désormais la logique partisane prime la recherche du bien commun. 

En fonction des coups tordus qui se font sur un échiquier inaccessible au grand public, des messages clés s’écrivent en vue de la campagne. Si le gouvernement est, en principe, maître du programme, les députés d’opposition disposent d’un atout non négligeable : le temps.

D’abord, pour citer le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, c’est mathématique. Il reste 15 semaines pour adopter des projets de loi. Treize de ces semaines verront les députés à Québec les mardis, mercredis et jeudis. Les deux autres semaines seront intensives, ils siégeront donc du mardi au vendredi. Il y a 24 heures dans une journée, et le temps des députés est partagé entre les caucus — où tous les élus d’un même parti discutent des problèmes politiques du jour —, la période des questions, les crédits budgétaires (qui mériteraient un texte entier) et les commissions parlementaires.

Ces dernières sont absolument centrales dans le processus parlementaire — et leur fonctionnement dans les prochaines semaines déterminera la capacité du gouvernement à enrichir son bilan.

Des quatre éléments évoqués, les commissions parlementaires sont le seul qui permet d’avancer dans l’étude des projets de loi. Il y a 11 commissions à Québec, et elles touchent tous les sujets. Sauf qu’il n’y a que quatre salles pour les accueillir. C’est donc dire que seules quatre d’entre elles peuvent siéger en même temps. Les élus participent à différentes commissions, en fonction de leurs dossiers, et il n’est pas rare qu’un député d’opposition siège à plus d’une commission, sans avoir le don d’ubiquité.

Il revient au leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, de regarder la liste des projets de loi actuellement à l’étude et de déterminer un calendrier en fonction des priorités gouvernementales… et partisanes. Il doit également prendre en compte les projets de loi que ses collègues souhaitent déposer durant la session. Plus le projet de loi est long, ou symbolique, plus il nécessitera du temps d’étude, et plus les partis d’opposition demanderont que les consultations soient ouvertes au plus grand nombre d’intervenants…

Pour résumer : pendant que le gouvernement voudra mettre le pied sur l’accélérateur, les partis d’opposition voudront mettre le leur sur le frein.

Comprenez l’opposition. Si vous êtes le Parti québécois, laissez-vous la CAQ devenir le parti qui défend la langue française en adoptant le projet de loi 96 sans que les propositions d’amendements du PQ soient débattues — et profitent d’une couverture médiatique ?

Si vous êtes les libéraux, permettez-vous à la CAQ de devenir le parti des familles en adoptant le projet de loi 1 sur la refonte du système des services de garde ?

Si vous êtes Québec solidaire, finalement, acceptez-vous que soit adopté rapidement le projet de loi 21 qui interdit la recherche et la production d’hydrocarbures ?

C’est un exercice de volonté qui se met en branle. S’il y a trop d’opposition, le gouvernement pourra dire : « J’ai tenté de renforcer la loi 101, mais on m’en a empêché. Donnez-moi un mandat fort pour terminer le travail. » Si, cependant, on lâche trop de lest, le gouvernement Legault pourra dire qu’il a honoré plus de 90 % de ses promesses de la dernière campagne (selon la dernière mesure prise par l’équipe du Polimètre, de l’Université Laval, le gouvernement avait déjà dépassé la barre du 80 % en juin 2021).

Traditionnellement, le leader du gouvernement réunit ses homologues des oppositions pour leur demander, à visière levée, leurs intentions sur les projets de loi à l’étude. Si un blocage est incontournable sur une question fondamentale, il pourrait décider d’imposer le bâillon, mais cette procédure doit être utilisée avec parcimonie.

La partie d’inside baseball qui se déroule présentement aura donc des conséquences sur la prochaine campagne. Surveillez les analystes qui, dans les mois à venir, vous diront qu’un projet de loi est adopté plus rapidement que prévu ou, au contraire, qu’il stagne en commission. Ils deviennent ainsi des pions de cette partie invisible qui se joue entre les partis. 

Il y a beaucoup plus que la période des questions à l’Assemblée nationale. C’est vrai plus que jamais lors de la dernière session avant une campagne électorale.

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Je crois que tout ce beau monde a été élu pour le bien être de notre société.
Ces batailles sont souvent irrespectueuses et apportent rarement des solutions.
Le parti qui travaille vraiment à solutionner , régler une situation devrait avoir un vote à chaque problème résolu.
Celui qui aurait cumulé plus de vote serait élu pour gouverner.
Il y aurait moins de perte de temps et tout ce beau monde serait en mode solution au lieu de contester pour contester pcq dans l’ opposition.
Faisons de la politique autrement.
Avant de proposer réfléchissons…..réfléchir, penser et raisonner est une priorité.
Si nous avions éduqué notre population dans ce sens , Aujourd’ hui la population serait c’ est quoi la LIBARTÉ.
Les partis auraient trouvé des solutions pour que les québécois puissent recevoir leur 3ème dose , la plus importante en ce moment .
Le passeport vaccinal 3 doses devrait servir partout petits et grand commerces.
On gouverne pour les citoyens du Québec tous ensemble.
Nous parlons de rassembler et nous faisons que diviser.