10 surprises politiques de 2010

La cuvée politique de 2010 a été marquée par des résurrections improbables, des montées de lait inattendues, de la consternation générale, des départs inopinés… et s’est terminée dans un grand torticolis. Vivement 2011 !

Chronique de Chantal Hébert : 10 surprises politiques de 2010
Photos : PC

1. À la faveur de l’instauration, en Grande-Bretagne, d’un gouvernement issu du métissage des conservateurs et des libéraux-démocrates, l’idée d’une coalition PLC-NPD a été retirée des décombres de la crise parlementaire de 2008. Des voix comme celles de l’ancien premier ministre Jean Chrétien, de l’ex-premier ministre néo-démocrate de la Saskat­chewan Roy Romanow et de l’ancien chef du NPD fédéral Ed Broadbent se sont élevées pour évoquer un rapprochement entre leurs formations respectives. Ils ont prêché dans le désert.

2. À propos de résurrection, un ancien premier ministre discrédité de la Colombie-Britannique, Bill Vander Zalm, a pris la direction d’un mouvement opposé à l’imposition d’une taxe de vente harmonisée dans cette province : le quart des électeurs britanno-colombiens ont répondu à son appel. C’est la première fois au Canada qu’un gouvernement est forcé de soumettre une politique à un référendum. L’affaire a fini par entraîner le départ à la retraite du premier ministre, Gordon Campbell.

3. Pour des raisons obscures, le gouvernement Harper a annulé – en catimini – le formulaire détaillé du recensement à la faveur du long congé de la fête du Canada. Au grand étonnement de la classe politique et journalistique, les vacances et la canicule n’ont pas empêché tout ce que le Canada et le Québec comptent d’universitaires, d’experts en politique publique, de regroupements de gens d’affaires, etc., de monter (en vain) aux barricades. Même les groupes religieux ont pris position contre le gouvernement. C’était la seconde fois en six mois qu’une grogne populaire contre les conservateurs monopolisait une relâche parlementaire.

4. Dans le reste du Canada, une montée de lait populiste au sujet de la fermeture, par le premier ministre, Stephen Harper, du Parlement fédéral pour l’hiver avait déjà marqué le début de l’année. Des milliers d’électeurs s’étaient alors insurgés contre l’absence forcée des députés de la colline du Parlement.

5. À la consternation générale de la droite albertaine, Calgary, capitale du pétrole au Canada et chef-lieu de Stephen Harper lui-même, s’est dotée d’un maire de centre gauche.

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Photos – Vander Zalm : D. Dyck/PC ; Nenshi : C. Ryan/Calgary Herald/PC ; Ford : M. Hudson/PC ; Wall : T. Fleece/PC ; Prentice : L. MacDougal/PC ; Williams : P. Daly/PC ; Duceppe : J. Boissinot/PC ; Bernier : F. Vachon/PC ; A. Khadir : J. Boissinot/PC ; Trudeau : P. Dwulit/PC.

6. À la consternation encore plus générale de la gauche ontarienne, les Torontois ont confié les clés de la métro­pole canadienne à un maire dont le cœur populiste bat résolument à droite. La politique municipale est consi­dérée comme le parent pauvre de la politique avec un grand « P », mais en 2010, les luttes électorales les plus passionnantes avaient pour enjeux des mairies.

7. Le premier ministre conservateur de la Saskatchewan, Brad Wall, est devenu un héros popu­laire en se mettant en travers du chemin du gouvernement Harper et des élites économiques ontariennes pour empêcher la vente de la société Potash­Corp à des intérêts australiens… et il a gagné sa bataille.

8. Jim Prentice, un des principaux dauphins présumés du premier ministre Harper, a abruptement mis fin à sa carrière pour refaire sa vie dans le secteur privé. De nombreux observateurs ont rappelé que John Turner, Brian Mulroney, Jean Chrétien et Stephen Harper sont devenus chefs après avoir passé du temps en réserve de la nation.

9. Le premier ministre le plus populaire au Canada, Danny Williams, de Terre-Neuve-et-Labrador, a quitté la politique de son plein gré. Sa cote d’appro­bation frisait les 90 %. Le premier ministre le moins populaire au Canada, Jean Charest, a annoncé qu’il souhaitait solliciter un quatrième mandat. En 2010, sa cote d’approbation a chuté en dessous de la barre des 15 %.

10. Les Québécois ont donné un torticolis aux observateurs politiques. En octobre, une pluralité d’électeurs s’est dite prête à porter au pouvoir un hypothétique nouveau parti de droite. Un mois plus tard, un sondage CROP montrait que Gilles Duceppe, un indéniable social-démocrate, serait le premier choix pour le poste de premier ministre de presque la moitié des Québécois.

Cela dit, la popularité du leader du Bloc québécois – politicien qui n’a jamais travaillé ailleurs que dans l’oppo­sition – est tout à fait dans l’air du temps. En 2010, des électrons libres, comme l’ex-ministre conservateur Maxime Bernier, le député de Québec solidaire Amir Khadir et le libéral Justin Trudeau, ou encore des fantômes, comme l’ancien ministre péquiste Fran­çois Legault, ont souvent eu meilleure presse que les Michael Ignatieff, Stephen Harper, Pauline Marois et Jean Charest. On perdra sans doute au moins un, et peut-être plusieurs, de ces chefs mal-aimés en 2011.

 

 

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