Politique

Thomas Mulcair : l’homme fort d’Outremont

Thomas Mulcair a gardé de ses ancêtres irlandais le tempérament bagarreur qui fait de lui un politicien redoutable… et que beaucoup voient comme le dauphin du chef du NPD, Jack Layton.

Thomas Mulcair : l'homme fort d'Outremont
Photos : Olivier Hanigan

Le sourire de la serveuse au St-Hubert illumine le restaurant lorsqu’elle aperçoit les larges épaules de Thomas Mulcair qui franchissent la porte en ce midi frisquet de février. « Encore vous ! Ça fait deux fois cette semaine ! »

Le politicien éclate d’un grand rire, avant de tendre les deux mains pour envelopper celle de la dame. En chemin vers la table, il fait de petits signes de la tête pour saluer ceux qui le regardent.

La campagne électorale fédérale n’a pas encore démarré, mais Thomas Mulcair, 56 ans, arpente Outremont sans relâche. Quand il ne serre pas des mains lors d’un dîner au St-Hubert du chemin de la Côte-des-Neiges, au cœur de sa circonscription, il rencontre des étudiants de l’Université de Montréal, discute avec des entrepreneurs locaux ou apporte des fleurs à une famille pakistanaise influente de son quartier qui pleure la mort d’un enfant. « Je m’occupe de mon comté comme un député provincial. Je suis près des gens. C’est rare au fédéral », dit le seul député NPD à avoir été élu au Québec dans une élection générale.

Si le parti de Jack Layton peut aujourd’hui rêver à d’autres gains au Québec, notamment dans les circonscriptions outaouaises de Gatineau et de Hull-Aylmer, c’est grâce à Thomas Mulcair. « Il nous a apporté de la visibilité et de la crédibilité, ce qui aide à convaincre de bons candidats », explique un organisateur néo-démocrate, qui estime que les résultats dans les récents sondages – qui placent le parti à près de 20 % dans les intentions de vote au Québec – sont en grande partie attribuables à la présence de Mulcair.

 
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Thomas Mulcair célèbre avec Jack Layton sa
victoire dans Outremont, forteresse libérale
qu’il a défaite en septembre 2007.

Photo : Ryan Remiorz / PC

 

Thomas Mulcair est vu par beaucoup comme le dauphin du chef, Jack Layton. Une popularité qui attire même l’attention à Québec, où certains libéraux laissent entendre qu’il serait un candidat potentiel à la succession de Jean Charest.

Mais le député néo-démocrate, élu en 2007 dans le bastion libéral d’Outremont, doit d’abord assurer sa survie. À la prochaine élection, il se frottera à Martin Cauchon, ancien ministre du gouvernement Chrétien, qui tentera de reprendre le fief qui était sien de 1993 à 2004. Ce sera certainement l’une des luttes les plus serrées du Québec, Martin Cauchon se présentant aux électeurs comme un chef libéral en attente.

Rien pour intimider Thomas Mulcair. « J’ai battu leurs deux précédentes vedettes et je vais battre Cauchon aussi. Il n’a pas fait de campagne depuis 2000 et la circonscription a beaucoup changé. Il n’est plus aussi connu qu’il le pense. » Outremont, au fédéral, est un grand territoire, qui englobe notamment le secteur à forte immigration de Côte-des-Neiges ainsi que les abords de l’Université de Montréal, où les étudiants vont et viennent.

Martin Cauchon affirme qu’il affronte un « bon adversaire », mais évite d’aller plus loin, préférant se concentrer sur sa campagne. En coulisse, les libéraux s’attendent à ce que la bataille soit sans pitié. « Mulcair va nous balancer toute la bouette qu’il peut et tenter d’associer Martin Cauchon au scandale des commandites. Ça va jouer dur », prédit un organisateur libéral.

Thomas Mulcair n’a pas la réputation de faire dans la dentelle. Excellent communicateur, redoutable débatteur, ce fils d’Irlandais n’a jamais hésité à prendre tous les moyens pour atteindre ses objectifs. Député libéral à l’Assemblée nationale de 1994 à 2007, il a été ministre de l’Environnement de 2003 à 2006. « Dès le départ, il était un guerrier impitoyable », rappelle l’ancien leader parlementaire du parti, le vétéran Pierre Paradis, qui a pris Mulcair sous son aile à ses débuts.

Avec Jean-Marc Fournier, Jacques Dupuis et Roger Lefebvre, Thomas Mulcair formera l’équipe de choc des libéraux, surnommée le « rat pack de Québec », allusion à leurs collègues fédéraux des années 1980. Un quatuor craint des ministres péquistes fraîchement élus.

« Il a un flair politique incroyable pour lire l’opinion publique, se rappelle Pierre Paradis. Il est très intelligent. Il peut comprendre un dossier complexe en quelques minutes seulement. Évidemment, avec ses talents, il laissait des traces ! Il avait compris que le rôle de l’opposition est de démolir l’adversaire. »

 
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Mulcair dans sa circonscription, à l’occasion du défilé
de l’indépendance grecque, le 25 mars dernier.

 

Paul Bégin, alors ministre de la Justice dans le gouvernement péquiste, devait faire face quotidiennement à Thomas Mulcair, un avocat. Il se souvient de batailles achar­nées, parfois sur des questions très techniques. « Il pouvait s’obstiner pendant des heures sur un simple mot. Tout était retardé. Il est d’une intelligence supérieure, mais il a un caractère excessif. Toutes les raisons sont bonnes pour faire mal », dit-il en rappelant les attaques frontales contre Bernard Landry, en 1995, que Mulcair accusait de népotisme parce que sa femme venait d’être nommée juge. « C’était personnel, vicieux », dit Paul Bégin.

Ce dernier raconte qu’en comité parlementaire, lorsqu’il sentait que le député de Chomedey s’apprêtait à dépasser les bornes, il sortait de sa mallette et déposait sur la table un jugement de la Cour d’appel du Québec rendu en 1994, dans lequel Mulcair est sévèrement blâmé. « Ça le calmait automatiquement ! » rigole l’ancien ministre de la Justice.

Dans cette affaire opposant l’Ordre des pharmaciens du Québec à l’entreprise Meditrust Pharmacy Services, Thomas Mulcair avait témoigné à titre d’ancien président de l’Office des professions du Québec. Le jugement qualifie de « procès d’intention » et de « ouï-dire » les arguments de Mulcair à l’époque. « C’est assez rare qu’un avocat se fasse rabrouer de la sorte par un tribunal », dit Paul Bégin.

En entrevue, le député Mulcair repousse le blâme du revers de la main. « J’avais raison sur le fond, mais l’un des trois juges m’a pris en grippe. Je n’y peux rien. »

Quelques années plus tard, en 2002, le député libéral se retrouve de nouveau au tribunal, cette fois au banc des accusés. L’ex-ministre péquiste Yves Duhaime, devenu lobbyiste, le poursuit pour atteinte à sa réputation, Thomas Mulcair l’ayant accusé d’avoir fait du trafic d’influence en agissant comme lobbyiste pour des marchands Metro auprès du gouvernement Landry. À la sortie d’une émission à TQS, Mulcair en rajoute, lançant à Yves Duhaime : « J’ai hâte de te voir en prison, vieille plotte. »

Rapidement, le député admet avoir tenu des propos inappropriés : « Même si les attaques et menaces verbales de M. Duhaime sont une cause de cet échange, elles ne peuvent constituer une excuse. » À l’issue du procès, en mars 2005, il est condamné à verser 95 000 dollars à Yves Duhaime.

S’il n’est pas fier de cet épisode, Mulcair l’est des années du « rat pack » libéral. Il affiche un sourire triomphant à travers sa barbe. Des ministres péquistes de l’épo­que confient avoir eu peur de se frotter à Mulcair, qui pouvait d’une seule réplique assassine faire dérailler un projet de loi ou discréditer une annonce à venir. « Il était toujours bien préparé et il a un sens du punch très développé », concède Paul Bégin. D’autres, sous le couvert de l’anonymat, sont moins tendres. « Si vous le piquez dans son orgueil, Mulcair peut devenir fou furieux. Faites attention à ce que vous allez écrire », lance même l’un d’eux au journaliste de L’actualité.

Le député néo-démocrate, qui assure s’être assagi avec l’âge, ne regrette rien. « J’avais 39 ans quand je suis arrivé en politique, je voulais faire mes preuves. Et les ministres n’étaient pas des enfants de chœur non plus. Je frappais pour faire mal, mais jamais sous la ceinture. »

Dans sa vie personnelle aussi, Thomas Mulcair joue pour gagner. Toujours. Vincent Marissal, chroniqueur politique de La Presse, en a fait l’expérience lors d’une partie de hockey dans la ligue amicale de l’Assemblée nationale. Alors que le journaliste se trouve devant le filet adverse, le député lui applique une solide mise en échec. Vincent Marissal lui rappelle qu’ils jouent pour s’amuser. « Arrête de brailler et relève-toi, grosse mauviette », réplique Thomas Mulcair d’un ton baveux.

Mulcair porte le nom d’une grande rivière à saumon de l’ouest de l’Irlande, d’où son arrière-grand-père est parti pour immigrer au Québec dans la foulée de la grande famine, au début du 20e siècle. Le jeune Thomas a beau avoir pratiqué la natation de compétition jusqu’au cégep, le politicien n’a rien d’un poisson, mais tout du grizzli qui s’en nourrit. Homme des bois et des montagnes, il préfère de loin son rituel annuel de pêche avec ses amis d’enfance aux grands restaurants huppés. Il adore la raquette, le ski de fond et le ski alpin, qu’il a pratiqués avec ses deux fils, Matthew (33 ans) et Gregory (29), pendant leur adolescence.

 
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Thomas Mulcair, sa femme, Catherine, leur petite-fille,
Juliette, et, à l’avant-plan, leur fils Matthew.

 

Au NPD et au Parti libéral du Québec, c’est avant tout sa personnalité bouillante et imprévisible qui lui vaut la comparaison avec l’ours mythique des Rocheuses. Barbe poivre et sel, yeux bruns et regard perçant, l’homme impose le respect par sa carrure imposante, mais aussi par ses réflexions. Au caucus du NPD, les députés sont curieux, chaque mercredi, de savoir ce qu’il pense des dossiers chauds. « Il amène une perspective dont on ne peut plus se passer, autant sur les dossiers du Québec que les sujets pancanadiens », dit un député qui refuse d’être nommé, puisque les discussions du caucus sont secrètes.

C’est notamment Mulcair, avec l’appui de son chef, Jack Layton, qui a réussi à convaincre ses collègues néo-démocrates de déposer un projet de loi, en octobre 2009, pour faire appliquer la loi 101 aux institutions fédérales au Québec. « Les Québécois doivent pouvoir travailler en français dans les banques et les télécommunications, c’est une évidence. Une fois cela bien expliqué, tout le monde a embarqué », dit Thomas Mulcair. Le projet de loi a finalement été rejeté aux Communes.

Le Bloc québécois, qui a déposé des projets de loi semblables au fil des ans, a grincé des dents. « La langue et l’identité, c’est notre créneau », affirme un stratège bloquiste à Ottawa.

Lorsque le grizzli était ministre de l’Environnement dans le gouvernement Charest, ses collègues du Cabinet marchaient souvent sur des œufs. « Si tu voulais le convaincre de changer d’idée, il fallait que tu aies de très bons arguments, parce que lui, il était toujours bien préparé, raconte l’ancien ministre de la Justice Marc Bellemare. Il n’était pas du genre « je vais te gratter le dos si tu grattes le mien » [sic]. Les deals sur le coin de la table, très peu pour lui. Thomas veut te convaincre avec des arguments rationnels. »

Mulcair est particulièrement fier de cette rigueur, qu’il nourrit en se rendant plusieurs fois par semaine à la Bibliothèque du Parlement pour documenter ses dossiers. L’homme qui l’a attiré en politi­que et qu’il considère comme son mentor, Claude Ryan, lui a donné un précieux conseil. « Il m’a dit : « Si tu veux frapper, tu dois être inattaquable sur le fond. » C’est ce que je tente de faire », déclare Mulcair.

Les deux hommes sont restés proches jusqu’à la mort de Claude Ryan, en 2004. « On se disait souvent qu’il faut qu’un État ait des finances saines s’il veut pouvoir investir adéquatement dans la santé et l’éducation », rappelle le député.

L’adhésion de Mulcair au NPD, en 2007, après une cour assidue du Parti vert et du Parti conservateur, n’a pas étonné ceux qui le connaissent. « Il a le cœur à gauche, comme Ryan. J’ai toujours dit qu’il était plus près du PQ que des libéraux, sauf sur la question nationale », affirme Paul Bégin.

Thomas Mulcair ne s’en cache pas, ses racines « dans les deux nations fonda­trices », comme il le dit, l’ont toujours fait pencher vers le Canada. « C’est un beau pays. Même nos débats les plus vifs se font dans le respect. »

Son amour du Canada a toutefois tourné à l’acharnement antisouverainiste en janvier 2006. Mulcair, alors ministre de l’Environnement, empêche Hydro-Québec de verser une subvention de deux millions de dollars au Centre québécois d’actions sur les changements climatiques. Il estime que les membres de ce groupe sont trop proches du camp souverainiste. Un geste qui, encore aujour­d’hui, soulève l’indignation dans les milieux environnementaux.

L’homme ne recule pas devant une controverse. Il s’est opposé à la privatisa­tion du mont Orford, à la construction du port méthanier Rabaska, près de Québec, et à la centrale au gaz du Suroît, en Montérégie. « Il se battait contre Jean Charest, une bonne partie du Cabinet et de gros intérêts financiers, rappelle Marc Bellemare, mais il ne reculait pas. Ça brassait ! »

Lorsque Mulcair annonce, sans prévenir le premier ministre Charest, qu’il veut protéger par une loi tous les milieux humides du Québec, des entrepreneurs et des promoteurs immobiliers, qui perdent ainsi de vastes territoires à lotir et à bâtir dans la région de Montréal, montent aux barricades. « Tout ce qui bouge dans le milieu de la construction était en furie. Ils ont fait pression sur le gouvernement pour qu’il recule », dit Louis-Gilles Francœur, journaliste en environnement au Devoir.

La loi sur les milieux humides n’a jamais vu le jour. « C’est là que ç’a commencé à mal aller avec Jean Charest, confie Thomas Mulcair. Il y avait beaucoup de terrains en jeu à Laval, notamment, et Charest m’a dit qu’il ne pouvait pas faire ça au maire Gilles Vaillancourt. On avait trop besoin de lui pour les élections. »

Deuxième d’une famille de 10 enfants (6 garçons et 4 filles), Thomas Mulcair a grandi dans le quartier Chomedey, à Laval.

Les cinq premiers enfants Mulcair ont fait leurs études en anglais, les cinq derniers en français. « Ma mère a fait sa petite révolution tranquille dans les années 1960 », dit le député en riant. Mais cette révolution ne porte pas sur la religion. Très croyante, Jeanne Hurtubise continue d’amener ses enfants à la messe cinq fois par semaine. « On se levait à 6 h pour y aller, à pied », raconte Thomas Mulcair.

 
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Thomas (à droite) et son frère Peter en septembre
1973, au début de sa première année de droit à
McGill.

Photo : collection privée

 

Le jeune Thomas joue au hockey dans la rue avec ses voisins francophones. Sa mère lui parle en français, son père davantage en anglais. Thomas Mulcair avoue avoir eu de la difficulté avec la langue de Molière jusqu’à la rencontre de sa future femme, Catherine, à l’âge de 19 ans, dans un mariage. Elle immigrera de France quelques mois plus tard pour rejoindre son amoureux. À 21 ans, ils sont mariés. « On parle seulement en français à la maison, même avec les deux garçons. »

Le politicien éprouve une véritable passion pour la langue française, qu’il a toujours défendue bec et ongles, notamment au sein du Conseil de la langue française, au début des années 1980. En 1983, il devient directeur des affaires juridiques d’Alliance Québec et le restera pendant deux ans. Ce groupe de pression anglophone cherche alors à faire modifier la nouvelle loi 101, et Thomas Mulcair y voit une occasion de bâtir des ponts entre les communautés linguistiques. « À cette époque, Alliance Québec n’était pas un groupe rétrograde comme maintenant », dit-il.

Il réussit à convaincre le gouvernement de laisser à certaines rues de Montréal leur nom en anglais. « Pour l’identité et l’histoire des anglophones, c’était important que ça reste le chemin Queen-Mary et que ça ne devienne pas le chemin de la Reine-Marie. » Par contre, il insiste pour que l’affichage sur les panneaux le long des autoroutes soit en français seulement, même dans l’ouest de Montréal. « La métropole doit garder son visage français partout, c’est très important », dit-il. Pour Thomas Mulcair, c’est aussi une manière de lutter contre la souveraineté. « Une bonne protection du français et de la culture québécoise, c’est un rempart contre la séparation », affirme-t-il.

À l’école secondaire anglophone Laval Catholic High School, le père Alan Cox, qui anime la pastorale, repère rapidement le bouillant Mulcair et l’attire dans ses ateliers, où une douzaine de jeunes garçons lisent les journaux, regardent des films, débattent de l’actualité. « Mes parents ont toujours été très politisés, dit aujourd’hui Thomas Mulcair. On regardait les nouvelles à la maison et on en discutait. Avec Father Cox, c’était le prolongement. J’adorais ça. »

Déjà, le jeune Thomas sait qu’il veut devenir politicien ! « L’orienteur m’a conseillé, pour y arriver, de mener des études de droit, ce que j’ai fait à McGill », dit-il. Sa mère l’encourage, elle qui est l’arrière-petite-fille d’Honoré Mercier, premier ministre du Québec de 1887 à 1891. « La politique, on a ça dans le sang ! » dit Thomas Mulcair.

Lorsqu’il a 14 ans, il fait un premier grand voyage – le père Cox amène ses élèves au Portugal pour leur faire découvrir l’Europe. L’aventure tourne mal : un ami de Thomas tombe de la fenêtre de l’hôtel et meurt sous ses yeux. Encore aujourd’hui, le député évite le sujet. « Ça m’a fait comprendre la fragilité de la vie », dit-il simplement.

John Mac Master était aussi du voyage. Lui et Mulcair ont gardé contact depuis le secondaire, même si John, chanteur d’opéra connu mondialement, réside maintenant à Toronto. « C’est un homme loyal en amitié, dit-il à propos du député. Même quand il était ministre et avait un horaire de fou, il prenait le temps de m’appeler presque chaque semaine. »

Le père Cox aussi est resté un proche. « On se parle souvent, on se suggère des lectures », dit Thomas Mulcair. Deux jours avant le passage de L’actualité, le père Cox était venu lui porter un livre sur le rôle du Canada dans la naissance des Casques bleus et un autre sur la vie de Jean-Paul II.

La fidélité, le député la cultive aussi envers… ses voitures : il conduit des Honda Civic depuis 1977 ! Sa plus récente, achetée en 2007, est son havre de paix. Durant le trajet entre sa maison de Beaconsfield et la Chambre des communes, Thomas Mulcair y écoute du Mozart, mais jamais d’émissions d’affaires publiques à la radio. « Il faut que je décroche », dit-il. Le politicien n’a pas de iPod, n’est pas sur Twitter ou Facebook. « Il n’est pas très techno. Il préfère les relations personnelles », dit John Mac Master.

Le ténor voit-il son ami devenir chef du NPD un jour ? « Certainement ! répond-il. Il a tous les talents pour ce job. Le NPD est mûr pour un chef parfaitement bilingue venant du Québec, non ? »

Le principal intéressé refuse d’en parler : « Jack Layton aura toujours ma loyauté. Le reste est hypothétique. »

Dans les coulisses, les militants du NPD sont toutefois nombreux à penser qu’il tentera sa chance. « Layton est incroyable, mais il ne sera pas là indéfiniment. C’est certain que beaucoup de gens pensent à la relève. » Verra-t-on un jour un grizzli prendre la tête du plus important parti de gauche au Canada ?

 

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IL SÉDUIT LA GAUCHE CAVIAR

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Il a beau avoir été ministre de l’Environnement du Québec pendant trois ans et être depuis 2007 la figure de proue du NPD dans la province, 44 % des Québécois ne connaissent pas Thomas Mulcair ou n’ont aucune opinion sur ce politicien. Pour les autres, l’opinion est partagée presque égale­ment entre ceux qui aiment l’homme (27 %) et ceux qui en ont une mauvaise impression (29 %).

Le chef adjoint du NPD séduit toutefois la gauche caviar (ceux de qui on dit qu’ils ont le cœur à gauche et le portefeuille à droite). Et les personnes ayant un revenu annuel supérieur à 100 000 dollars sont celles qui aiment le plus Thomas Mulcair (41 %).

La tranche la plus scolarisée du Québec, avec en poche des diplômes universitaires, apprécie plus le politicien (37 %) que les gens qui ont un diplôme d’études secondaires ou d’une école de métier (21 %).

Photo : Ryan Remiorz / PC