Politique

PQ et QS: Avant l’alliance

L'heure de la discussion est-elle venue ?

Nous assistons ces jours-ci au sein du mouvement souverainiste à un intéressant retour de balancier. L’année 2011 fut celle de la division. Démissions, récriminations, création de mouvements et de partis dissidents.

Du début de 2012 surgit un tout autre réflexe: rassemblement, coalition, regroupement !

Personnellement, je préfère la nouvelle chanson que l’ancienne. Depuis quelques jours, des députés péquistes, des militants de QS poussent ouvertement leurs directions respectives à envisager des alliances.

Mais au delà des enthousiasmes, les deux partis doivent, il me semble, se poser quelques questions de fond. Et puisque je suis un indépendantiste indépendant (je n’ai de carte d’aucun parti), que je connais les principaux acteurs et que j’ai parfois l’occasion de leur parler, j’ai proposé, en décembre, de rendre un petit service en transmettant, aux uns et aux autres, de l’information sur l’état de ce débat au sein des formations perspectives. Il me semblait essentiel que chacun ait l’heure juste sur ce que pensait l’autre. Chacun des partis a émis ce mercredi un communiqué qui reflète très exactement ma compréhension des choses (QS ici et PQ ici).

J’ai évidemment — on ne peut m’en empêcher — ma propre opinion sur ce sujet, que j’ai partagé avec chacun et que je suis content de partager avec vous. Elle n’engage évidemment que moi.

Québec Solidaire: un choix stratégique majeur

Les militants et les cadres de Québec solidaire doivent prendre une décision de fond. Jusqu’ici, la progression électorale de QS s’est faite en débauchant des voix péquistes et en les additionnant de voix d’électeurs autrement abstentionnistes. Une stratégie Solidaire serait d’espérer le naufrage  du PQ — et d’y contribuer activement — puis d’en récolter plusieurs lambeaux.

L’inconvénient de cette approche (présente dans les rangs Solidaires) est qu’elle assure pour le moyen terme la victoire électorale de la droite: soit de la CAQ, soit du PLQ. Donc la victoire de politiques diamétralement opposées à celles que prône QS.

L’autre approche est de s’inspirer plutôt de l’expérience de la gauche plurielle française. Les Verts français ont connu leur première progression en allant chasser sur les terres socialistes, c’est certain, et en additionnant des voix autrement abstentionnistes.

Forts de ces premiers gains, les écologistes ont ensuite pesé sur les socialistes pour 1) s’assurer que certaines de leurs revendications soient intégrées par le PS ou, lorsqu’elles étaient déjà présentes, deviennent des priorités et 2) que cette entente sur des objectifs précis s’incarne ensuite, sur le terrain, par des ententes électorales dans des circonscriptions ciblées.

Si QS appliquait ce principe, il pourrait aspirer (car rien n’est jamais certain) à un gain programmatique et électoral puis, en cas d’élection du PQ, tirer le crédit de l’adoption de certaines réformes qui lui tiennent à coeur. Il n’aurait pas l’odieux d’avoir pavé la voix à une longue période de domination de la droite.

Au PQ, c’est encore plus compliqué

La question qu’a à résoudre le Parti québécois est plus difficile. Car il doit déterminer si une alliance avec QS l’aide ou lui nuit. Car s’il est vrai qu’une alliance tactique avec QS pourrait, dans plusieurs circonscriptions, faire la différence entre une victoire ou une défaite, il faut savoir que le report des voix n’est pas systématique.

Les sondage Léger de cette semaine indiquait que le PQ était le second choix de 33% des électeurs Solidaires. Puisque l’intention de vote QS est de 9%, cela signifie un report possible de 3 points, inégalement répartis. Cela, avant que les électeurs aient entendu une consigne de vote de leurs chefs. Dans une lutte à trois, ce n’est pas négligeable.

Mais il faut d’autre part calculer aussi combien d’électeurs seraient repoussés par une telle alliance. Une partie du travail du PQ est de retrouver certains de ses électeurs qui sont attirés par François Legault. Un lent dégonflement de Legault (dont les gazettes rapportent qu’il veut recruter d’autres trudeauistes) ferait une partie de ce travail, surtout chez les plus souverainistes d’entre eux.

Et on peut penser que le genre d’électeurs attirés par la figure de Legault sont plutôt réfractaires à la figure d’Amir Khadir. On n’est pas dans le même registre. Ce serait vrai à la case départ d’une alliance et ce serait vrai pendant la campagne.

On voit facilement Jean Charest et François Legault réclamer de Pauline Marois de réagir à chaque déclaration un peu épicée d’Amir, son « allié ». Cela mettra du sable dans l’engrenage de communication péquiste et pourra contribuer à effrayer des électeurs centristes.

Il faut être conscient de ces variables, sans être assommées par elles.

Un effet d’entrainement ?

Le PQ affirme être en train de faire cette analyse. Très bien. Cela lui donnera une idée de la disposition des forces électorales et de leur réaménagement possible.

Mais ce serait une erreur de fonder la décision de contacter, ou non, Québec Solidaire sur cette seule base. Mme Marois et son équipe doivent considérer la dynamique qui pourrait être créée et dont les résultats sont, à proprement parler, incalculables.

1. Transcender le calcul électoral

S’il doit y avoir des discussions avec QS elle ne peuvent pas, à mon avis, se limiter à des calculs électoraux. Elles doivent être fondées sur le désir partagé de faire bouger le Québec dans le bon sens.

Les deux partis devraient s’entendre sur un petit nombre de propositions communes — notamment sur la reprise de contrôle des ressources naturelles — qui ont du mérite, en soi, et qui ont le mérite supplémentaire d’être appuyées par une large portion de la population, y compris dans l’électorat Caquiste. Pas question, évidemment, de fusion ou de vaste programme commun, ce qu’Amir Khadir a très correctement affirmé lundi.

Mais avec une entente très ciblée, sur quatre ou cinq revendications phares, les deux partis pourraient ainsi s’approprier ces revendications et les incarner. Fait intelligemment, cela permettrait d’attirer vers les candidats des deux partis et vers ces revendications consensuelles davantage d’électeurs que le nombre de ceux qui sont, par ailleurs, allergiques à Amir ou à Pauline. C’est le pari. Il n’y a pas de garantie.

C’est sur la base de cette entente pour le bien commun et pour en assurer l’application que les deux partis décident de maximiser le nombre de leurs candidats qui peuvent être élus, donc de faire des alliances dans un certain nombre de circonscriptions. Et comme ils sont souverainistes, un de leurs objectifs est de maximiser le nombre d’élus souverainistes à l’Assemblée nationale. C’est une entente ponctuelle, pour l’élection à venir.

Et parce que l’objectif est le bien commun — pas l’élection — il est plus facile d’expliquer aux membres des partis et aux candidats potentiels qui se voyaient déjà en campagne de mettre leur ambition personnelle en veilleuse au nom d’une alliance de principe. (Il n’est évidemment pas question de demander à des députés élus de céder leur place, d’une part ou d’Amir.)

On fait grand cas de la décision de Françoise David d’avoir tenu son assemblée d’investiture dans Gouin, comté de l’excellent député et assurément futur ministre, si le PQ est élu, Nicolas Girard. Mais que devait-elle faire ? Attendre sagement un appel du PQ qui n’est jamais venu ?

Voyons si des discussions peuvent se tenir et laissons les partis envisager des solutions pour ce cas particulier en bout de piste, plutôt qu’en début. Le pire qui pourrait arriver est qu’il reste, au final, quelques circonscriptions où des candidats des deux partis s’affronteront. On n’en mourra pas.

2. Voir plus large

La simple tenue de discussion avec QS attiserait aussi la volonté de rassemblement ailleurs. On voit mal un Pierre Curzi ou une Louise Beaudoin rester à l’écart, lorsque d’autres souverainistes se rassemblent.

Un climat de convergence serait créé qui permettrait — sous une forme à déterminer — un rassemblement. Ces jours derniers, dans Le Devoir, Louise Beaudoin disait tout le bien qu’elle pensait du statut de « député apparenté » qui existe en France, où on peut être « apparenté socialiste ». Elle envoyait ainsi un excellent signal.

Que ferait Jean-Martin Aussant dans une pareille conjoncture ? Bonne question. Et Gilles Duceppe ? Voudront-ils rester à l’écart, nuire, ou apporter leur pierre à une irruption des bonnes volontés ? La question est ouverte, mais l’important est qu’elle se pose.