Politique

Gaza: premières conclusions

Pour revenir sur les événements qui ont secoué le Proche-Orient ces derniers jours, voici une analyse de Joan Deas, membre de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, doctorante à Science Po Grenoble et rédactrice du blogue Sous la plage, les pavés:

L’opération “Pilier de Défense” lancée par Israël pour mettre un terme aux opérations militaires du Hamas – l’autorité gouvernant de facto la bande de Gaza depuis 2007 – entre dans son dixième jour. En une semaine, l’armée israélienne a entrepris de bombarder plus de 1500 sites dans la bande de Gaza, tuant 136 palestiniens dont 91 civils et en blessant près de 950, dont 922 civils selon le Conseil Palestinien pour les Droits de l’Homme (PCHR). Côté palestinien, près de 1200 roquettes ont été lancées depuis Gaza, dont 400 ont été interceptées par le système anti-missile israélien « Iron Dome ». Elles ont fait 5 morts dont 4 civils et plus de 60 blessés.

Même si des similarités avec « Plomb Durci » – l’opération israélienne contre le Hamas lancée en décembre 2008 – existent, il faut néanmoins prendre en considération un changement fondamental. La géopolitique régionale a en effet été profondément remaniée avec le printemps arabe. L’avènement sur la scène politique régionale de régimes islamistes plus proches idéologiquement du Hamas a donc permis au mouvement palestinien de nouer de nouveaux liens avec des puissances régionales stratégiques comme l’Égypte, la Turquie et Le Qatar. Cette situation rompt de facto avec l’isolement diplomatique dont l’organisation souffrait depuis 2007 et rend le calcul du coût éventuel d’une intervention armée beaucoup plus complexe et incertain pour Israël.

Le Hamas a également appris de ses erreurs tactiques d’il y a 4 ans. Il est désormais mieux organisé, mieux coordonné, mieux équipé. Il en a fait la preuve récemment en lançant des roquettes Fajr 5 apparemment fournies par l’Iran sur des villes importantes jusqu’à présent hors d’atteintes comme Tel Aviv et la très stratégique Jérusalem. Il semble aussi prêt à en découdre dans l’éventualité où Israël tenterait une opération terrestre. Cela renforcerait sa position de leader de plus en plus contestée ces derniers mois par les autres factions armées de la bande de Gaza (Jihad islamique, FPLP, etc.). Cela lui donnerait également l’occasion de multiplier les opportunités de kidnapper des soldats israéliens afin de négocier leur libération, sur le modèle de l’échange du soldat Gilad Shalit. Le nombre élevé de victimes qu’une telle invasion causerait à la population palestinienne permettrait au Hamas de gagner définitivement la bataille médiatique engagée avec l’armée israélienne.

Il semble donc que le coût politique de cette nouvelle opération « Pilier de Défense » soit globalement plus lourd pour Israël que pour le Hamas. Une chose est en tout cas certaine, il ne change en rien le rapport de forces global et éloigne encore un peu plus le spectre d’une solution juste et durable au conflit qui embrase la région depuis plus de 60 ans.

Joan Deas
Membre de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, doctorante à Science Po Grenoble et rédactrice du blogue Sous la plage, les pavés