Politique

Les législatives israéliennes : un retour au centre ?

Les élections israéliennes demeurent toujours surprenantes. Il y a huit ans, Amir Peretz créa la surprise en prenant la tête du Parti Travailliste et en s’alliant avec Kadima dans une coalition gouvernementale. Il y a quatre ans, c’est Avigor Lieberman qui surprend les observateurs par sa montée électorale, et qui pousse le Likoud vers une coalition encore plus à droite et nationaliste. Cette fois, alors que les sondages projetaient une victoire des partis de droites et des mouvements religieux, c’est Yaïr Lapid qui crée l’étonnement, dont la victoire considérable est susceptible de mener le prochain gouvernement israélien vers une coalition centriste. Dans ce contexte, deux questions subsistent : quelle retombées pour le processus de paix et que signifient ces élections pour l’avenir de la société israélienne?

L’absence du processus de paix

Sur le court terme, la question du « processus de paix » reste au point mort. En dépit des récents bombardements israéliens menés contre le Hamas à Gaza et du soutien de la communauté internationale à l’initiative de Mahmoud Abbas en 2012, la question des colonies et d’un État palestinien n’a pas été débattue durant cette campagne législative. Ce sont avant tout des questions économiques et sociales, dignes héritières du débat soulevé par le mouvement des « indignés » israéliens, qui ont primé par l’intermédiaire du vote législatif. Les questions internationales et sécuritaires ont bien entendu été présentes, mais elles concernent avant tout la thématique du nucléaire iranien et l’inquiétude vis-à-vis d’un monde arabe en mutation et qui tend à s’affranchir d’un axe « proaméricain » pour se diriger vers des politiques plus indépendantes. Comme l’a soulevé Élisabeth Marteu, le mandat donné au prochain gouvernement est « avant tout, de régler la question de la circonscription des religieux et de prendre des mesures sur le logement et les entreprises en faveur de la classe moyenne ». Le dossier palestinien est loin d’être à l’ordre du jour.

Un gouvernement plus au centre, et donc un Netanyahou affaiblit, puisque celui-ci ne dispose plus de ses alliés de la droite religieuse et nationaliste, fournit à Barak Obama les moyens nécessaires pour faire pression sur le premier ministre israélien. Il n’empêche que la stratégie du président américain est encore loin d’être claire. D’un côté la coopération militaire renforcée en octobre 2012 avec Tel Aviv et de l’autre la nomination de Chuck Hagel à la défense sont deux indicateurs montrant une politique américaine alliée d’Israël, mais tout en préservant les intérêts nationaux des États-Unis (ce qui peut aussi servir les intérêts de l’État hébreu comme le soulève Roger Cohen). De l’autre côté, certains observateurs estiment que le président Obama, constatant le blocage structurel au Proche-Orient pour relancer le processus de paix, préfère concentrer sa politique étrangère sur d’autres sphères régionales comme l’Asie et le Pacifique. Les événements internationaux de ces quatre dernières années suffisent néanmoins à rappeler que le Moyen-Orient restera d’actualité pour les temps à venir.

Le clivage Laïc-Religieux

Sur le long terme cependant, le débat sociétal qui ressort à travers ses élections peut avoir des conséquences sur le processus de paix. Face à Yaïr Lapid et sa défense des classes moyennes, les législatives ont également été révélatrices de la montée d’une droite décomplexée, incarnée par Habayit Hayehoudi (le Foyer juif), le parti nationaliste religieux de Naftali Bennet dont le positionnement en faveur des colons, des colonies et de l’annexion de 61% de la Cisjordanie est clairement assumé. De cette polarisation de la société découlent deux perspectives. Si les demandes issues des classes moyennes (les questions socio-économiques, le droit au logement et le débat sur le coût engendré par les orthodoxes et les colonies) deviennent un enjeu central pour les prochaines échéances électorales, la question des relations de l’État hébreu avec ses voisins, et donc avec les représentants palestiniens, devra être débattue publiquement. En revanche, si la vision de Bennet l’emporte sur les nombreux enjeux sociétaux israéliens, avec une emphase sur les questions sécuritaires et les menaces extérieures, alors la possibilité d’une troisième intifada palestinienne risque d’être un scenario plus probable.

 

Julien Saada
Directeur adjoint de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord,
Chaire Raoul-Dandurand, UQAM
Twitter @JulienSaada