Politique

L’heure des choix : les idées des partis en matière de santé

Les chefs des trois plus grands partis ont tous déjà dirigé le ministère de la Santé. Que proposent-ils pour tenter d’améliorer la situation, dans un contexte de budget serré et de vieillissement de la population ? Survol d’Alec Castonguay.

La santé, la santé, la santé… Avec l’emploi et l’économie, c’est le sujet qui trône en tête des préoccupations des citoyens depuis des années.

Le ministère est devenu énorme ; la bête, presque indomptable. Les chefs des trois plus grands partis ont tous déjà dirigé le ministère de la Santé. Que proposent-ils pour tenter d’améliorer la situation, dans un contexte de budget serré et de vieillissement de la population ?

J’ai réuni ici les principales propositions jusqu’à présent des quatre formations à l’Assemblée nationale. J’ajoute aussi leurs engagements pour les aînés.

Mais avant, voici un tableau factuel tiré du numéro du magazine L’actualité actuellement en kiosque (jusqu’au jeudi 3 avril) qui traite des élections («Dossier: 28 vérités sur le Québec»). Quelques faits utiles à savoir…

 

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Maintenant, place aux idées des partis… (sans un ordre précis)

Les propositions du Parti libéral du Québec

Compléter le réseau des Groupes de médecine familiale (GMF) afin de le porter à 300. Il y en a 256 actuellement.

Favoriser la création de  50 super-cliniques à travers le Québec. Ces carrefours de la santé seraient ouverts 7 jours sur 7. Les super-cliniques regrouperaient sous un même toit une équipe multidisciplinaire formée d’omnipraticiens, de médecins spécialistes, d’infirmières et d’autres professionnels de la santé. Ils auraient des heures d’ouverture plus étendues afin d’offrir davantage de services les soirs et les fins de semaine et offriront des services avec et sans rendez-vous. Le service sans rendez-vous serait géré à l’aide d’un système informatique qui assurera une attente de moins de deux heures sur place. Des services de radiologie et des tests en laboratoire seront également offerts sur les lieux.

 Embauche de 2 000 infirmières praticiennes spécialisées qui pourraient se joindre aux équipes dans les cliniques médicales et travailler dans les établissements de santé.

Offrir un accès rehaussé à la résonance magnétique, au scan et à l’échographie, afin que les Québécois puissent obtenir le bon diagnostic le plus rapidement possible. Ces trois examens seront couverts par le régime public lorsqu’ils seront effectués dans les cliniques privées, et ce, dès 2014-2015. Ainsi, une personne pourra obtenir un examen rapidement dans une clinique privée sans avoir à débourser.

Révision en profondeur, dès la première année d’un mandat, du mode de financement des établissements de santé, afin de favoriser une augmentation du volume d’activités pertinentes dans différents secteurs tels que les laboratoires, la radiologie et l’hospitalisation. Cette réforme du financement des hôpitaux serait basée sur le volume de soins donnés par l’établissement de même que sur la productivité, et elle prendrait en considération la qualité des services offerts et le suivi du patient. Le nouveau mode de financement serait étendu dans tous les établissements et toutes les régions et serait largement implanté en 2017.

Diminuer la lourdeur bureaucratique du réseau de la santé et des services sociaux en exigeant de chaque établissement, de chaque Agence de santé et de services sociaux, du ministère de la Santé et des Services sociaux et des organismes gouvernementaux qu’ils déposent un plan de réduction de la bureaucratie de 10 % sur trois ans. Permettrait des économies de 150 millions $.

Présenter une nouvelle Stratégie de mise en œuvre de la Politique de périnatalité afin d’augmenter l’accès aux services de sages-femmes et aux maisons de naissance. Ajout, d’ici 5 ans, de 125 nouveaux postes de sages-femmes et ouverture de sept nouvelles maisons de naissance dans diverses régions du Québec. Fera en sorte que 10 % des bébés pourront bientôt naître dans cet environnement. Un investissement de 18,5 millions de dollars sur cinq ans.

Soutien au vaste projet de modernisation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Relancer le projet de modernisation de l’Hôpital de Verdun.

Réintroduire le projet de loi 52, mourir dans la dignité.

Introduire un crédit d’impôt remboursable de 20 % pour les activités physiques, artistiques et culturelles, jusqu’à concurrence de 200 $, destiné aux personnes âgées de plus de 60 ans, qui gagnent moins de 40 000$ par année.

Doubler le budget du programme «Municipalité amie des ainés», de 3 à 6 millions $ par année, pour la réalisation de petits projets d’infrastructures ou d’aménagements urbains répondant aux besoins des aînés

 Mise en place d’un programme de prêts destiné aux propriétaires âgés de 60 ans et plus afin de les aider à assumer la facture des taxes foncières et scolaires, en forte hausse en raison de l’augmentation importante de la valeur des propriétés. Pour être admissible, le revenu du ménage ne devra pas dépasser 70 000 $. Ce programme sera semblable à celui déjà en place pour les étudiants, c’est-à-dire que le gouvernement émettra un certificat qui pourra être encaissé auprès de n’importe quelle institution financière. Celle-ci se chargera alors de payer, au nom du propriétaire, les sommes exigées par les municipalités pour les taxes foncières et scolaires. Le prêt ainsi consenti sera remboursé, au plus tard, lors de la vente de la propriété.

Soutenir davantage les proches aidants, en investissant 5 millions $ supplémentaires par année, pendant 5 ans, pour le développement ou la consolidation de services destinés spécifiquement aux proches aidants.

Faire en sorte que les proches aidants puissent bénéficier d’une «journée compassion» dans leur milieu de travail, soit un congé leur permettant de s’absenter sans pénalité financière.

Consolider l’offre en CHSLD et en ressources intermédiaires. Poursuivre le développement des soins et des services à domicile. Investissement de 150 millions $ par année, pendant 5 ans.

Les propositions du Parti québécois

Adopter, après consultation, une politique nationale de prévention en santé qui permettrait d’agir sur les individus par la promotion de saines habitudes de vie, et sur l’environnement par l’amélioration des milieux de vie.
Politique
Doter le Québec d’une politique nationale du sport, du loisir et de l’activité physique s’adressant à tous les citoyens du Québec, de tous âges et de toutes conditions.

Intensifier la prévention de la toxicomanie chez les jeunes de niveau secondaire.

Poursuivre le déploiement des GMF en vue d’atteindre le nombre de 300.

Instituer un guichet d’entrée permettant un système de prise de rendez-vous pour des services de première ligne et des soins spécialisés dans les établissements publics, afin de diminuer de façon significative le temps d’attente pour l’obtention d’un rendez-vous auprès des professionnels de la santé.

Développer un portail de référence fiable et complet en santé, le Portail Santé, qui présentera une information vérifiée et mise à jour régulièrement.

Accroître significativement l’accès à l’imagerie médicale et à l’ultrasonographie dans les établissements publics.

Doter le système de santé de balises claires afin de protéger l’accès aux services et d’encadrer les frais accessoires abusifs

Doter le Québec d’un plan d’action en santé mentale.

Implanter le financement des établissements de santé axé sur les patients.

Faire adopter le projet de loi 52, la Loi concernant les soins de fin de vie (mourir dans la dignité). Consacrer plus de ressources aux soins de fin de vie dans l’ensemble du Québec.

Faire adopter le projet de loi 67, la Loi sur l’assurance autonomie, qui permettrait aux personnes âgées ou handicapées de vivre où elles le désirent et de choisir leur prestataire de services et de soins à domicile. Elle permettrait également d’offrir du répit aux proches aidants et les reconnaîtra comme des partenaires.

Améliorer la sécurité dans les résidences pour personnes âgées et dans les milieux de vie des aînés. Poursuivre la mise aux normes des CHSLD dans les différentes régions du Québec.

Améliorer l’accès aux services de dépistage et d’intervention précoce de l’autisme et des déficiences, et bonifier l’offre d’activités de jour afin de favoriser le maintien des acquis pour les personnes de 21 ans et plus ayant une déficience ou un trouble du spectre de l’autisme.

 Les propositions de Québec solidaire

Consolider les équipes d’accueil santé des CLSC afin d’élargir la pratique et la plage horaire sans rendez-vous pour qu’elle s’étende de 7 h à 23 h, 7 jours sur 7. Dans les territoires urbains, plus densément peuplés, ce pourrait être un point de service par regroupement de quatre CLSC. En milieu rural, ce serait plutôt un point de service par CLSC selon les distances, et ce, pour favoriser l’accessibilité. Investissement de 400 millions de dollars au cours des cinq prochaines années pour embaucher 800 professionnels de la santé, infirmières et autres dans les CLSC.

Améliorer la coordination entre les services qui sont déjà en place (Info-Santé, Urgences-santé, CLSC, GMF, cliniques, organismes communautaires) par des ententes de collaboration concernant les modalités d’accès, les clientèles visées, services couverts, etc.

Changer le mode de rémunération des médecins, actuellement à l’acte. Ce mode de rémunération récompense. QS veut augmenter la part de rémunération versée sous forme de salaire pour favoriser la dimension préventive à la pratique de la médecine familiale et l’amélioration du suivi des personnes souffrant de maladies chroniques.

Assurer l’accessibilité aux services de sages-femmes dans toutes les régions du Québec en mettant en place un comité de coordination national qui assurera la revalorisation et le déploiement optimal de la pratique pour répondre à la demande.

Mise sur pied de Pharma-Québec pour gérer l’achat de médicaments et instaurer un régime public et universel d’assurance-médicaments. Pharma-Québec agirait comme pôle d’achat de médicaments, de production et de recherche. Instaurer un régime universel d’assurance-médicaments plus équitable et plus économique.

Les propositions de la Coalition Avenir Québec

Révision du mode de financement des établissements de santé et de services sociaux, qui sera dorénavant établi en fonction du volume de soins dispensés aux patients.

Réforme de la rémunération des médecins afin d’assurer une meilleure prise en charge des patients.

Abolition progressive des activités médicales particulières (AMP) afin de favoriser le retour des omnipraticiens vers la pratique de médecine familiale.

Valorisation du rôle des infirmières et élargissement de leur champ de pratique en révisant le partage des tâches avec les médecins et l’organisation des soins dans le réseau de la santé.

Allègement des structures bureaucratiques par l’élimination des agences de santé.

Amélioration de la quantité et de la qualité des soins et services offerts à nos aînés, en particulier ceux vivant en CHSLD.

Mon collègue blogueur et médecin, Alain Vadeboncœur, a fait plusieurs billets sur la santé et les élections. À lire par ici, si vous voulez en savoir plus.

Si vous voulez lire mon précédent billet qui compare les plateformes des partis en matière d’emploi, d’économie et de finances personnelles, c’est par ici.

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À propos d’Alec Castonguay

Alec Castonguay est chef du bureau politique au magazine L’actualité, en plus de suivre le secteur de la défense. Il est chroniqueur politique tous les midis à l’émission Dutrizac l’après-midi (sur les ondes du 98,5 FM) et analyste politique à l’émission Les coulisses du pouvoir (à ICI Radio-Canada Télé). On peut le suivre sur Twitter : @Alec_Castonguay.