Politique

La mort du PQ ? Pas si vite…

En écoutant le discours de démission de Pauline Marois lundi soir, de nombreux militants péquistes rêvaient déjà à leur prochain chef.

Photo: Ryan Remiorz/La presse canadienne
Photo: Ryan Remiorz/La presse canadienne

Les yeux rivés sur les écrans géants où défilent les résultats des élections, Yann Langlais-Plante ne mâche pas ses mots pour qualifier la défaite de son parti.

«C’est un carnage libéral», lâche, d’un air résigné, cet attaché de presse péquiste, responsable des communications avec les médias dans la caravane de Pauline Marois pendant la campagne.

Autour de lui, les quelque 200 militants réunis dans une luxueuse salle de réception au 11e étage de l’hôtel Westin, dans le Vieux-Montréal, ne cachent pas non plus leur déception.

«C’est comme si on avait mangé un coup de batte de baseball dans la face», lance l’un d’eux, un verre de bière à la main.

«Il reste juste à aller se pendre», répond, d’un ton railleur, son voisin.

Plusieurs organisateurs péquistes ont les larmes aux yeux. Et tous semblent attristés par la démission de Pauline Marois.

Et pourtant… l’atmosphère n’est pas aussi mortifère que le clament au même moment certains analystes qui commentent la soirée en direct sur les grands réseaux de télé.

En entrevue, beaucoup de militants ne semblent étrangement pas accablés par la performance du PQ, comme s’ils avaient déjà anticipé, voire digéré, cette défaite, la pire depuis 1970 pour le pourcentage de voix exprimées. Ou encore comme s’ils rêvaient déjà au couronnement d’un chef plus fort ou plus charismatique — Pierre Karl Péladeau? Bernard Drainville? Jean-François Lisée? — qui ramènerait à lui seul leur parti sur le chemin du pouvoir…

«Je suis extrêmement serein, je ne ressens pas de tristesse ou de malaise», dit Christian Dupuy, la jeune cinquantaine, qui était membre du PQ dans la circonscription de Mercier à l’époque de Gérald Godin. «Je suis déçu, bien sûr, mais les résultats ne m’étonnent pas, ça fait des semaines que je me prépare à ça. Et je reprends ma carte de membre dès demain, parce que la course à la succession sera un moment déterminant, non seulement dans l’histoire du PQ, mais du Québec tout court. Ce sera une course passionnante, comme on n’en a jamais eu au PQ.»

Même l’animatrice de la soirée, Lucie Laurier, qui avait la lourde tâche d’égayer la foule, s’est dite «triste, mais fouettée» par ces résultats. «Ce n’est pas la fin, c’est un renouveau, tout ce qu’on se dit, c’est: celle-là, on ne l’a pas gagnée, mais la prochaine fois on va l’avoir», dit l’actrice, qui se défend de tenir un discours «déconnecté» après une telle raclée électorale. «Vouloir protéger sa langue, défendre son pays, être maître de nos ressources naturelles, ça n’a rien de déconnecté.»

Quand un annonceur, à la télé de Radio-Canada, a demandé à un invité si ces résultats électoraux annonçaient la fin prochaine du PQ ou du mouvement souverainiste, un vent de protestation a soufflé sur la salle.

«Quand les libéraux perdent le pouvoir, est-ce la fin du fédéralisme? demande Christian Dupuy, d’un ton irrité. Ben non! Pour l’instant, les libéraux sont en position de tête, mais c’est une lutte qui ne finit jamais. Il n’y aurait que deux personnes au Québec qui croiraient encore cette idée-là, comme c’était le cas en 1960 avant le RIN et le PQ, qu’elle ne serait pas morte.»

En première ligne, face à la scène, pour écouter le discours de démission de Pauline Marois, Florence Deraîche Dallaire, 19 ans, vient de voter pour la toute première fois à des élections provinciales. Et de subir sa toute première défaite…

Mais elle ne semble pas non plus résignée. «Il y a une baisse des appuis à la souveraineté, mais l’idée n’a pas disparu, dit cette étudiante en communication politique à l’Université du Québec à Montréal. Tant que la question nationale ne sera pas réglée, il y a aura toujours une place pour une coalition souverainiste comme le PQ sur la scène politique.»

Son ami, Powen Morin, 21 ans, ajoute que leur génération n’a jamais encore eu l’occasion de débattre de l’avenir politique du Québec. «C’est à notre tour de s’approprier ce débat-là», dit-il.

Également présent au rassemblement péquiste, le président de la société Saint-Jean Baptiste, Mario Beaulieu, croit lui aussi qu’il est trop tôt pour évoquer la mort du PQ.

Mais ces résultats marquent, selon lui, la «fin de l’approche sinueuse, louvoyante» du PQ depuis le référendum de 1995. «On a mis de côté la souveraineté. Donc, forcément, le mouvement souverainiste se divise, se subdivise, on s’en va vers un mur.» Ou le mouvement se rassemble et met l’indépendance en avant «ou ce sera de plus en plus difficile» pour le PQ, prédit-il.

«Si on ne promeut pas l’article un du PQ à chaque élection, on se fait prendre en sandwich. La souveraineté recueille de 35% à 40% des intentions de vote, le PQ à peine 26%. Il devrait y avoir une réflexion autour de ça.»

Les trois présumés prétendants à la succession de Pauline Marois — Péladeau, Drainville et Lisée — semblent acquiescer. Sur la scène aménagée dans la suite de l’hôtel Westin, ils ont tous livré un discours résolument souverainiste avant de céder la parole, pour une dernière fois, à leur chef, lundi soir.

Mais une fois élus à la tête du PQ, maintiendraient-ils longtemps un tel discours?

L’historien Éric Bédard, l’un des artisans du virage «identitaire» du PQ depuis quelques années, semblait sonné par les résultats de l’élection. Il croit qu’un nouveau virage pourrait être nécessaire. «Ce qu’on voit, c’est que le parti libéral devient le parti naturel de gouvernement, dit-il. À moins de vouloir  laisser le pouvoir indéfiniment aux libéraux, il va falloir mettre de l’eau dans notre vin et réfléchir à tendre des mains pour proposer une alternative unie à l’électorat, aux francophones principalement.»

Selon lui, le PQ devrait même explorer l’idée d’écarter l’article un de son programme — la souveraineté du Québec — et rapatrier des pouvoirs au Québec.

«Tout doit être sur la table, dit-il. Philippe Couillard est le plus canadianiste et le plus trudeauiste des chefs que le PLQ ait connus — il était même prêt à signer la Constitution de 1982.»

Le Québec, dit-il, ne peut se permettre de le laisser indéfiniment au pouvoir.

Aux yeux de la plupart des militants rencontrés au rassemblement du PQ, renier l’article un serait toutefois une véritable hérésie…

Et beaucoup d’entre eux pensent déjà à la prochaine course à la direction de leur parti. Par respect pour Pauline Marois, qui venait de démissionner sous leurs yeux, plusieurs ont refusé de la blâmer publiquement. Mais sous couvert de l’anonymat, certains ne se sont pas gênés pour critiquer son leadership. «J’ai une grande admiration pour elle, et pour ce qu’elle a réalisé, mais pour gagner, ça prend l’instinct du tueur, dit l’un d’eux. Et Pauline Marois ne l’a pas. M. Couillard a imposé un thème et l’ordre du jour. S’il avait eu à faire face à Péladeau, Drainville ou Lisée, il aurait été rembarré dans la minute…»