Politique

Écosse : l’idée de l’indépendance nationale est passée au XXIe siècle

Dans le champ de ruines – pour reprendre l’expression de Jacques Parizeau – dans lequel se trouve le mouvement souverainiste québécois, les indépendantistes écossais ont planté un chêne.

Photo: Andy Buchanan/AFP/Getty Images
Photo : Andy Buchanan/AFP/Getty Images

Dans le champ de ruines — pour reprendre l’expression de Jacques Parizeau — dans lequel se trouve actuellement le mouvement souverainiste québécois, les indépendantistes écossais ont planté un chêne.

Sans égard au résultat négatif (55 % Non, 45 % Oui) du référendum du 18 septembre, en Écosse, il a fait la démonstration que l’idée de l’indépendance nationale a franchi le passage au XXIe siècle.

À l’évidence, ce n’est pas tant la souveraineté qui est un projet passéiste, mais plutôt le discours de ceux qui se sont entêtés, depuis la défaite serrée de 1995, à chercher dans le rétroviseur les conditions gagnantes d’un autre vote sur l’indépendance du Québec.

L’épisode suggère notamment que le PQ — comme parti qui aspire au pouvoir et comme porteur d’un projet politique structurant — aurait eu intérêt, dans sa recherche d’un terrain moins glissant pour planter sa tente, à explorer celui de la justice sociale plutôt que le marécage identitaire dans lequel il est allé patauger avec sa charte des valeurs.

On a souvent répété, au fil de la campagne écossaise, que dans sa foulée, la démarche référendaire québécoise serait inévitablement revue et corrigée, mais on n’a sans doute pas suffisamment dit que l’épisode forçait également le reste du Canada à se regarder dans le miroir.

Il est exact que le concept d’une question claire — qui n’invite pas une réponse sujette à interprétation variable comme celle de 1995 — est désormais incontournable.

L’idée — chère aux ténors péquistes — que le Parlement canadien et ceux qu’ils représentent n’ont aucune voix au chapitre des règles d’engagement d’un exercice qui met en cause l’architecture politique qu’ils ont en commun avec le Québec n’a également fait long feu.

En contrepartie, cependant, c’est toute une série de postulats canadiens quant au débat existentiel québécois que l’épisode écossais a sérieusement amochée.

Cela commence par la certitude tranquille, largement répandue dans le reste du Canada et, surtout, parmi ses élites, qui voudrait que le rêve d’indépendance ne puisse avoir de prise que sur une société repliée sur elle-même, qui refuse la modernité et l’ouverture sur le monde.

Cela continue avec l’acceptation, à l’avance, par le Parlement de Westminster de la majorité simple (50 % +1) comme le seuil à franchir pour enclencher le passage de l’Écosse vers l’indépendance du Royaume-Uni.

Dans le Parlement fédéral actuel, le NPD est le seul des principaux partis à défendre ouvertement cette règle, encore qu’en 1995, Stephen Harper, alors député réformiste, y avait souscrit publiquement. Le Parti libéral actuel présente régulièrement l’appui de Thomas Mulcair au concept de la majorité simple comme une preuve de que le chef néo-démocrate serait indigne du poste de premier ministre fédéral.

Dans un article publié dans la presse britannique à la veille du référendum écossais, l’ancien chef du PLC, Michael Ignatieff, soutenait pourtant que, devant une victoire du Oui en Écosse, aussi mince soit-elle, le Royaume-Uni devrait négocier l’indépendance. « En démocratie, écrivait-il, il n’y pas d’autre voie. »

Dans le même esprit, le plan de match établi de concert entre l’Écosse et la Grande-Bretagne avant la tenue du référendum prescrivait que, dans le scénario d’un Oui, les deux gouvernements auraient rassuré, en tandem, la communauté internationale et les marchés financiers sur la suite ordonnée des choses.

Finalement, contrairement au camp fédéral canadien qui a fait des promesses en l’air aux Québécois en matière de changements constitutionnels en 1995, les principaux partis d’opposition à Westminster se sont portés garants des engagements pris en fin de campagne par le premier ministre britannique David Cameron.

À terme, leur réalisation constituerait une meilleure police d’assurance contre les référendums à répétition que la loi sur la clarté du Canada.

Aux yeux de la classe politique canadienne, le Parlement de Westminster est le creuset de la tradition parlementaire canadienne. À la faveur du débat sur l’appartenance de l’Écosse au Royaume-Uni, la mère de tous les parlements vient d’instaurer un mètre étalon à l’échelle duquel les performances fédérales du passé ne sont pas à la hauteur.

Un mot en terminant aux souverainistes pressés que l’épisode écossais — et le terrain gagné par le camp indépendantiste en cours de campagne — pourrait inspirer à vouloir forcer la cadence d’un autre débat référendaire québécois: il faut de la patience pour faire pousser un chêne !