Politique

Les écoles religieuses à l’âge de la laïcité

Si Québec est sérieux dans sa lutte contre l’intégrisme, il doit mettre un terme aux subventions accordées aux écoles à vocation religieuse — de toutes les confessions, dit Brian Myles.

Photo: Jacques Boissinot / La Presse Canadienne
Photo: Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

PolitiqueLe ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, ne rate pas une occasion de prouver son ineptie. S’il maintient ce rythme effréné, il remplacera bientôt Sam Hamad comme tête de turc préférée des commentateurs et satiristes.

Sa dernière trouvaille ? M. Bolduc invite «à la prudence» et refuse de reconnaître les liens établis par le Journal de Montréal entre certaines écoles religieuses subventionnées par Québec et des organisations islamistes soupçonnées de financer des groupes terroristes.

M. Bolduc a renvoyé mollement la balle au ministère de la Sécurité publique, expliquant que c’est aux policiers de mener les enquêtes appropriées.

C’est pourtant son ministère qui finance l’école Dar Al Iman, les Écoles musulmanes de Montréal et d’autres écoles à vocation religieuse, notamment dans la communauté juive. La balle est clairement dans son camp, mais il feint de ne pas le reconnaître.

Quand je vous disais que la lutte contre l’intégrisme ne peut pas se réduire à choisir la tenue vestimentaire de certains fonctionnaires provinciaux triés sur le volet…

Si Québec est sérieux dans cette lutte, si l’État veut vraiment s’engager sur la voie de la laïcité, il doit mettre un terme aux subventions accordées aux écoles à vocation religieuse — de toutes les confessions.

Que ces écoles soient de confession musulmane, juive, catholique ou protestante m’importe peu. Dans un idéal laïc, elles ne méritent pas l’argent du public. Quel politicien aura le courage d’étendre l’austérité aux «bondieuseries» ? Certainement pas M. Bolduc, ni même les péquistes, qui s’empêtrent dans les foulards et bouts de tissus.

Selon les informations disponibles à ce jour, les écoles mises en cause par le Journal de Montréal ne font pas la promotion de l’intégrisme. Elles respectent les exigences du ministère de l’Éducation, rapporte aujourd’hui Le Devoir. Elles remplissent leur mission, qui consiste à enseigner la langue française et à accueillir la clientèle néo-québécoise.

La toile des liens n’en est pas moins préoccupante. L’Association musulmane du Canada (AMC) et l’Islamic Society of North America (ISNA) sont les propriétaires de sept lieux de culte et de quatre écoles (dont celles de Montréal).

Dans deux des mosquées de l’ISNA, fréquentées aussi par les enfants, le Journal a retrouvé de la propagande intégriste, faisant notamment l’apologie de la charia, du terrorisme en Palestine et des attentats suicides.

L’AMC et l’ISNA n’en sont pas à leurs premières frasques. Selon des documents d’enquête de la GRC, l’AMC, un groupe influencé par les Frères musulmans, a déjà donné près de 300 000 dollars à l’IRFAN, une œuvre de «bienfaisance» qui figure aujourd’hui sur la liste des entités terroristes, pour avoir acheminé près de 15 millions de dollars au Hamas, entre 2005 et 2009. Le Hamas, considéré comme un groupe terroriste par Ottawa, ne reconnaît pas l’État d’Israël et prône l’instauration d’un état islamique en terre sainte.

L’ISNA a aussi perdu son statut d’organisme de bienfaisance au Canada, après avoir acheminé 280 000 dollars au Jamaat-e-Islami, qui milite pour l’instauration d’un état islamique dans le Cachemire indien.

Le fait que ces deux groupes soient impliqués, ne serait-ce qu’indirectement, dans l’éducation des jeunes musulmans québécois est dérangeante — choquante, même —, puisque les contribuables assument une bonne partie de la facture.

Le ministre Bolduc a promis d’agir. Il prévoit élargir l’habilitation sécuritaire aux dirigeants des écoles religieuses. Les propriétaires, les directeurs et les administrateurs qui ont soit un casier judiciaire, soit des antécédents dans la propagande haineuse, soit des sympathies avec des groupes terroristes ne pourront plus obtenir de permis d’écoles privées.

C’est insuffisant. Les écoles gérées par la MAC et l’ISNA reçoivent des subventions annuelles de cinq millions de dollars du ministère de l’Éducation. Pourquoi les Québécois devraient-ils payer pour l’éducation religieuse des jeunes musulmans ?

La question se pose pour l’ensemble des écoles à vocation religieuse. Il ne s’agit pas de les interdire. Par principe, les croyants devraient puiser dans leurs poches pour financer l’éducation religieuse de leurs enfants. Ce n’est pas à l’État de le faire.

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À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il a aussi été affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.