Politique

Analyse des sondages : l’effet Duceppe sur le Bloc québécois

Ce qui change pour le Bloc avec l’arrivée de Gilles Duceppe, c’est le nombre de circonscriptions où le candidat bloquiste est dans la course. 

PolitiquePeu de gens ont vu venir le retour de Gilles Duceppe à la tête du Bloc québécois le mois dernier, et ce, même si un changement de garde n’était pas forcément illogique. Au moment de la démission de Mario Beaulieu, le parti se dirigeait vers une défaite majeure aux élections cet automne.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Le retour de Duceppe à la tête de la formation souverainiste a-t-il amélioré la posture du Bloc ?

Un mois après l’annonce du 10 juin, nous avons suffisamment de sondages sous la main pour mesurer «l’effet Duceppe» sur l’électorat québécois. Le graphique ci-dessous montre les intentions de vote au Québec au cours des deux derniers mois (vous pouvez voir tous les sondages ici). Une tendance non linéaire a été ajoutée.

tableau-2close2call-Duceppe

À première vue, l’effet Duceppe n’est pas évident : la popularité du Bloc est à peu près où elle était au mois de mai. Cependant, si l’on fait la moyenne des sondages un mois avant et un mois après son retour, on obtient les résultats suivants :

Parti conservateur Parti libéral NPD Bloc québécois
Avant Duceppe 16,7 % 22,9 % 36.3 % 17.6 %
Après Duceppe 17,4 % 23,5 % 33,0 % 22,4 %

On constate que la popularité du Bloc aurait augmenté d’environ quatre points et que c’est surtout auprès des néo-démocrates qu’il aurait ravi des électeurs. Pourquoi n’est-ce pas plus visible dans le graphique ? Probablement parce que «l’effet Duceppe» a déjà commencé à s’effriter. On voit une hausse soudaine suivant le retour de Duceppe, mais depuis, le Bloc semble en légère baisse. La hausse s’expliquerait surtout par le fait que le Bloc a bénéficié d’une couverture médiatique bien plus importante qu’à l’habitude au moment de l’annonce.

Bien que Duceppe ait aidé le Bloc dans une certaine mesure en revenant à sa barre, les bloquistes ne devraient pas s’attendre à un miracle. Après tout, Duceppe était à la tête du parti en 2011 lorsqu’il n’a fait élire que quatre députés. Il serait irréaliste d’espérer un bond similaire à celui que le PLC a connu après l’arrivée de Justin Trudeau pour remplacer Michael Ignatieff.

Cela dit, «l’effet Duceppe» peut être important, même s’il ne se concrétise que par quelques points de plus au scrutin. Pour le Bloc, la différence entre une récolte de moins de 20 % d’appuis et de plus de 20 % d’appuis peut représenter la différence entre une délégation de 0 député ou de 20 députés. C’est d’autant plus vrai que le NPD pourrait voir ses appuis au Québec reculer par rapport au résultat de 2011.

J’ai fait 5 000 simulations (où je tiens compte de l’incertitude des sondages ainsi que du mode de scrutin) au Québec avec les appuis avant et après le retour de Duceppe. En moyenne, si un vote avait lieu aujourd’hui, le Bloc passerait de 3 à 6 députés, tandis que le NPD passerait de 55 à 51. Une faible hausse pour le Bloc, mais ce n’est pas là qu’il faut regarder.

Ce qui change avec Duceppe, c’est le nombre de circonscriptions où le candidat bloquiste est dans la course. Prenons l’exemple de Chicoutimi. Avant le retour de Duceppe, le Bloc n’avait qu’environ 5 % de chances de remporter cette circonscription et le NPD, 79 %. Avec Duceppe, les chances du Bloc bondissent à 37 %, alors que le NPD n’aurait que 38% de chances de conserver ce siège. La différence est majeure.

Le graphique ci-dessous montre les chances de gagner du Bloc dans chacune des 78 circonscriptions au Québec, avant et après le retour de Duceppe. Sur l’axe horizontal, vous avez les chances de gagner et sur l’axe vertical, le nombre de circonscriptions dans cette catégorie. Notez bien que le nombre de circonscriptions où le Bloc n’a aucune chance de gagner (0 %) chute de 40 à 23.

tableau-2close2call-Duceppe-2

Avec Gilles Duceppe, le Bloc revient donc dans la course dans un nombre non négligeable de circonscriptions. On est loin du temps où ce parti dominait le Québec, mais il peut soudainement envisager une récolte d’au plus 20 circonscriptions. Avec Mario Beaulieu, le plafond était de cinq députés.

Le retour de Gilles Duceppe n’a pas provoqué de changement majeur dans les intentions de vote au Québec, mais il aura au moins permis au Bloc de commencer la campagne avec un certain potentiel. La nouvelle est cependant moins bonne pour Thomas Mulcair. Le NDP devrait terminer bon premier au Québec, mais il faudra désormais que Mulcair se méfie du Bloc s’il veut former le prochain gouvernement.