PolitiqueQuébec/Canada

Entrevue avec Philippe Couillard: «On prend les décisions qu’il faut»

Encore un effort, dit le premier ministre aux Québécois. L’embellie, c’est pour bientôt. 

couillard-alec
«L’année 2016-2017 pose encore certains défis, mais on passe bientôt à la deuxième phase, où l’on pourra reprendre un rythme plus raisonnable d’investissement en santé et en éducation.» (Photo : Mary Altaffer / La Presse Canadienne)

Près de 18 mois après son accession à la tête du Québec et conscient que la grogne s’amplifie à mesure que les compressions budgétaires se précisent, Philippe Couillard se veut rassurant. Le retour à l’équilibre des finances publiques est sur la bonne voie et la suite s’annonce plus agréable, promet-il. «On a hâte de passer à la prochaine étape, qui va nous permettre d’investir dans les domaines qui nous tiennent à cœur.» Il cite notamment l’éducation, la santé, le Nord et la Stratégie maritime.

Philippe Couillard estime être exactement au point qu’il souhaitait lorsqu’il a élaboré le plan d’action de son gouvernement. Après le retour à l’équilibre budgétaire, il se dit prêt à considérer des changements structurels importants, comme une baisse d’impôt pour les citoyens, afin de stimuler l’économie… quitte à monter la TVQ au passage. « On regarde ça avec attention et prudence », dit-il. Même réflexion autour du monopole de la SAQ et de Revenu Québec. Il n’exclut pas que les Québécois remplissent un jour ou l’autre une seule déclaration de revenus.Le premier ministre profite de la campagne électorale fédérale pour formuler des demandes précises, sans révéler sa préférence pour un vainqueur.

L’actualité s’est entretenu avec Philippe Couillard en septembre, afin de faire le point sur les dossiers chauds de la rentrée parlementaire à Québec.

Comment décririez-vous la dernière année de votre gouvernement ? Était-elle plus difficile que prévu?

C’est une année d’exécution de notre plan. On veut relancer le Québec en redressant les finances publiques, en assurant son rayonnement et sa prospérité. On prend les décisions qu’il faut, pas seulement pour notre génération, mais également pour la prochaine. La résistance au changement fait partie de toutes les organisations, de toutes les sociétés. Lorsque le gouvernement agit de façon déterminée en expliquant sa destination, les gens comprennent.

Y aura-t-il de nouvelles compressions pour équilibrer le budget?

On a déposé un budget équilibré au printemps, mais il faut parvenir à cet équilibre. Les nouvelles sont bonnes. La croissance économique est un peu plus faible, en raison du contexte mondial, mais les revenus et dépenses sont conformes à nos prévisions. Le budget devrait être en équilibre au 31 mars. L’année 2016-2017 pose encore certains défis, mais on passe bientôt à la deuxième phase de notre gouvernement, où l’on pourra reprendre un rythme d’investissement plus raisonnable dans le domaine de la santé et de l’éducation, notamment, des domaines qui nous tiennent à cœur.

Certains économistes estiment que vous noircissez le portrait des finances publiques. Que l’équilibre budgétaire pourrait être atteint en douceur sur une plus longue période. Y allez-vous rapidement pour des raisons politiques ou idéologiques?

Pour des raisons pratiques. Si on avait au Québec l’élasticité fiscale ou la marge de manœuvre que d’autres possèdent, ce pourrait être différent. Par exemple, si la proportion de notre dette par rapport au PIB n’était pas de 54 %, la plus importante au Canada, mais de 40 % ou 35 %, comme dans d’autres provinces, on aurait plus de latitude. Les agences de notation ont confirmé la cote de crédit du Québec, mais ça n’a pas été facile. Il faut rappeler pourquoi la cote de crédit est importante. Ce n’est pas pour faire plaisir aux agences de New York ou d’ailleurs. Une petite différence de cote de crédit vers le bas entraîne littéralement des centaines de millions de dollars en paiement pour la prochaine génération. On est dans la bonne direction.

Le milieu de l’éducation est en ébullition. On voit des chaînes humaines devant les écoles. Pourquoi imposer autant de restrictions à un ministère qui représente l’avenir de notre société?

Pour moi aussi, ça représente l’avenir de notre société, le plus beau projet du Québec. J’en suis profondément convaincu. Il ne s’agit pas de revenir à la période d’austérité qu’on a connue [dans les années 1990], lorsqu’on comprimait le budget de l’éducation. Il augmente très lentement cette année, j’en conviens, mais il n’est pas en diminution. On va passer cette année plus difficile et on va ensuite aller de l’avant. L’effort qui a été demandé correspond à 1 % du budget des commissions scolaires. On a annoncé des initiatives pour près de 400 millions de dollars dans le réseau de l’éducation au cours des derniers mois, et il n’y a eu aucune compression des budgets pour les enfants qui connaissent des difficultés d’apprentissage. On n’est pas dans une situation aussi catastrophique que certains le laissent penser. Il ne faudrait pas que ça reste comme ça pendant plusieurs années, j’en conviens. On a l’année actuelle à passer, ensuite, on pourra reprendre un meilleur rythme d’investissement, avec les changements structurels qui vont aider nos enfants à réussir.

Le système d’éducation est performant, mais je pense qu’on peut faire encore mieux. Après quelques années d’expérience dans l’administration publique, je peux dire que c’est une erreur d’injecter d’un seul coup des sommes importantes dans un réseau sans apporter les changements requis pour que l’argent des citoyens soit mieux dépensé. Ce qu’on vise, c’est une gouvernance centrée sur l’école, les parents et les enseignants, là où se déroule la formation des enfants. Si on fait ça en même temps qu’on remet de l’argent dans le réseau, on aura de bons résultats.

garderie
Philippe Couillard défend la hausse des tarifs dans les CPE. «Ce qu’on a mis en place protège le réseau, qui était en train de s’écrouler.» (Photo : iStockphoto)

L’automne dernier, vous avez annoncé une modulation des frais de garde. Pour bien des familles, c’est une hausse importante de la facture, que vous n’aviez pas annoncée en campagne électorale. Certains sont encore choqués. Vous leur dites quoi?

On avait une côte budgétaire extrêmement abrupte à remonter, beaucoup plus que ce qu’on croyait. Je ne veux pas abuser du procédé, car moi-même, comme citoyen, c’est le genre de déclaration que je n’aime pas. Mais c’est la réalité, confirmée par des experts indépendants. Je sais que ce n’est pas facile, c’est un changement important. Je comprends la réaction des gens, mais on a préservé la politique familiale, qui fait notre fierté. Ce qu’on a mis en place protège le réseau, qui était en train de s’écrouler sous son propre poids financier. Ça permet d’épargner les familles à plus bas revenus. Je suis très fier que 30 % des familles vont rester à 7,30 $ par jour, que 60 % des familles vont payer 9 $ ou moins, un tarif que le PQ avait annoncé. Pour les autres, on va jusqu’à un maximum de 15 $ par enfant par jour pour les familles qui ont un revenu de 200 000 $, une fois toutes les déductions fiscales calculées. Il faut d’ailleurs rappeler aux gens de demander leurs crédits d’impôt lors de leur déclaration l’an prochain, c’est important. On a un régime véritablement progressiste, parce qu’il protège les familles à bas revenus, comme dans les pays scandinaves qui ont des services de garde. Le système de garde coûte en réalité 60 $ par jour par enfant. C’est encore très largement l’État qui assume la facture.

Il y a un an, lors de notre précédente entrevue, vous avez dit qu’il ne serait pas valorisant pour la fonction publique que le gouvernement ne lui accorde pas une augmentation salariale qui couvre au moins l’inflation. C’est pourtant ce que vous avez offert ensuite. Pourquoi?

Ce sont des offres de négociations. J’aimerais bien pouvoir offrir plus, mais il y a la réalité de nos moyens. On peut probablement faire mieux que ce qui a été déposé, mais ça prend des changements dans la façon de fonctionner. Il y a bien des manières d’améliorer la qualité de vie des employés de la fonction publique. Je lance un appel à leur collaboration. Les demandes syndicales sont totalement irréalistes, on parle d’un effet [dans les finances publiques] récurrent de 10 milliards de dollars au bout de trois ans. On ne mettra pas à risque l’équilibre budgétaire. Il faut mieux administrer l’argent des citoyens.

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, semble avoir aimé le rapport Godbout, qui recommande une hausse de la TVQ en contrepartie de baisses d’impôt. Est-ce le chemin que votre gouvernement suivra?

La décision n’est pas prise. Ce qui est clair, c’est qu’on souhaite une augmentation importante du revenu disponible des citoyens, et c’est ce que propose la formule du rapport Godbout. C’est intéressant. Luc Godbout propose de baisser l’impôt sur le revenu, ce qui est essentiel pour moi, parce que l’impôt sur le revenu, l’impôt des sociétés et la taxe sur la masse salariale ont un effet particulièrement négatif sur la croissance économique. Il suggère de compenser par une augmentation de la taxe de vente. Le ministre des Finances écoute, et il y a différentes possibilités. On lui a parlé d’écofiscalité aussi. Ce qui est important, c’est qu’à la fin de l’exercice, même si ça se fait à coût nul pour l’État, il faut que ça change quelque chose sur le chèque de paye des gens. Les Québécois ont assez attendu, il faut baisser leurs impôts. On ne fait pas là un acte radical de réduction des moyens de l’État, parce que le fardeau fiscal au Québec est élevé. On va le ramener à un niveau plus tolérable, même s’il restera plus haut que celui de nos voisins.

Comment faire pour que la classe moyenne et les moins fortunés ne souffrent pas d’une hausse des taxes à la consommation?

La réponse est assez bien connue partout dans le monde. Il y a la hauteur de la taxe et la largeur de l’application. On établit des mesures, telles que le Crédit à la solidarité pour les gens aux plus bas revenus, et on fait attention au panier de taxation, comme l’alimentation et les couches pour bébés, par exemple.

Le Québec accorde presque deux fois plus d’aide aux entreprises que l’Ontario, en proportion de la population. Pourtant, notre économie n’est pas plus performante. Faut-il revoir le modèle?

On a un niveau élevé de transfert aux entreprises par rapport aux autres provinces canadiennes et on ne peut pas dire que la vigueur de notre économie correspond à cette différence. On a commencé à faire des gestes, mais c’est un autre domaine où la résistance au changement existe. En théorie, tout le monde est d’accord pour baisser les crédits d’impôt et les subventions directes, mais lorsque c’est leurs crédits d’impôt et leurs subventions, c’est une autre histoire ! On souhaite davantage être un partenaire des entreprises, ne plus être nécessairement un gouvernement subventionnaire — même si c’est parfois nécessaire. Par exemple, on fonctionne davantage avec des prêts ou des prises de participation dans le capital de l’entreprise. L’ère des subventions ou des larges crédits d’impôt est derrière nous. Il faut y aller de manière beaucoup plus ciblée. Ce dont l’économie du Québec a besoin, c’est d’un niveau de productivité plus élevé. Plus d’innovation et de recherche et développement.

Est-ce que le monopole de la SAQ doit être brisé, comme le recommande le rapport de la commission Robillard?

Le rapport ne recommande ni la privatisation de la SAQ ni l’abolition complète du monopole, mais parle seulement du cas de la vente au détail. Est-ce qu’on ne devrait pas donner plus de choix aux consommateurs ? On va regarder ça de manière prudente, mais on va le regarder. Le rapport de Mme Robillard montre également une différence dans les coûts administratifs de la SAQ par rapport à ses équivalents dans les autres provinces. C’est aussi important que la question du monopole dans la vente de détail.

saq
Dans son récent rapport, la présidente de la Commission de révision permanente des programmes, Lucienne Robillard, a remis en cause le monopole de la SAQ. (Photo : M. Beauregard / La Presse Canadienne)

La commission Robillard recommande aussi de mettre la hache dans Revenu Québec et de transférer la gestion des impôts à Ottawa. N’est-ce pas une perte de pouvoir pour le Québec?

Les citoyens se disent : « Est-ce qu’on pourrait avoir seulement un seul rapport d’impôt, ce serait pas mal plus simple. » Les entrepreneurs souhaitent ça également, et je le comprends. Ce qui est essentiel pour nous, c’est de ne pas toucher à la liberté d’action fiscale et financière du gouvernement. C’est ça que M. Duplessis est allé chercher [en 1954], ce n’est pas un autre rapport d’impôt ! Cette liberté d’agir est une condition sine qua non. On va faire cet examen correctement au ministère des Finances. L’objectif est de mieux gérer l’argent des citoyens, de leur simplifier la vie et, si possible, de remettre de l’argent dans leurs poches. J’espère qu’on en viendra à une seule déclaration de revenus, mais assurons-nous d’abord que ce ne sera pas au prix de notre indépendance et de notre autonomie fiscale et financière, et par la suite, on ira à l’étape suivante.

Pourrait-il n’y avoir qu’une seule déclaration de revenus, mais gérée par Revenu Québec?

Pourquoi pas ! Certainement. Ce qui compte pour les gens, c’est qu’on leur simplifie la vie. Et bien sûr, pour le Québec, il s’agit de garder sa liberté d’action.

On est en campagne électorale fédérale. La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a pris position dans la campagne. Elle appuie Justin Trudeau et s’en prend à Stephen Harper. Pourquoi le gouvernement du Québec reste-t-il en retrait?

On a fait état des priorités du Québec, et les chefs fédéraux ont commencé à y répondre. Je comprends Mme Wynne, mais dans son cas, son Parti libéral est en gros la même organisation que le Parti libéral fédéral. Tandis que pour nous, il est clair que le PLQ est une institution distincte. On partage de grandes valeurs et des objectifs, mais ce sont deux organisations différentes. Il n’est pas question pour nous d’embarquer de manière partisane avec l’un des partis fédéraux. Notre responsabilité est de gouverner le Québec de manière efficace, avec la personne que les Canadiens et les Québécois choisiront le 19 octobre. Je ne commencerai pas ma relation avec le prochain gouvernement avec un passif né de la campagne électorale. On a fait état de nos priorités, et c’est aux citoyens de comparer les partis et d’éclairer leur choix avec ça.

Que demandez-vous aux chefs fédéraux pour le Québec?

Je dois rappeler, parce que c’est mon devoir de le faire et j’y crois profondément, qu’il y a des enjeux touchant la place du Québec dans le Canada qui ne sont toujours pas résolus et qui sont encore justifiés : la reconnaissance formelle du statut distinct du Québec, l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les domaines de compétence provinciale et le processus de nomination des juges à la Cour suprême — où le Québec doit être davantage impliqué —, ainsi que le bilinguisme des juges.

On a aussi des demandes qui touchent le fédéralisme sur le plan fiscal, comme les transferts financiers entre Ottawa et les provinces. Le déséquilibre fiscal qui s’était atténué commence à se rétablir. Il y a la question des transferts en santé : je ne connais pas de régime public de santé dans le monde qui soit financé uniquement sur une base par habitant. Le financement est toujours modulé selon les caractéristiques de la population qui reçoit les soins, notamment l’âge des citoyens. Il faut tenir compte du profil démographique de chaque province. Le gouvernement fédéral, de façon lente mais soutenue, a réduit sa participation au financement des soins de santé au Canada. Cela a commencé par un financement de 50 %, mais ce serait simpliste de dire que ce doit être encore le cas aujourd’hui, parce qu’il y a eu de nombreux changements au fil des ans, notamment des transferts de points d’impôt. Mais ce qu’on souhaite, c’est que le fédéral se rapproche de 25 %, alors que si rien n’est fait, on se dirige vers 20 %.

Il y a des changements à la péréquation qui ont été faits au cours des dernières années qui ne sont pas avantageux pour le Québec, alors on souhaite que ce soit modifié.

Dans les autres dossiers, on s’oppose au péage sur le pont Champlain. Il y a aussi la question du financement de Radio-Canada qui est importante. Les ondes de la SRC sont souvent la meilleure façon pour les francophones hors Québec d’entendre notre langue et de la faire enten­dre à leurs enfants. L’ambiance actuelle à Radio-Canada nous préoccupe.

Il y a également des besoins en matière d’infrastructures. Le Québec va investir 90 milliards de dollars sur 10 ans, ce qui est considérable compte tenu du niveau de notre dette. On a réussi à innover avec la Caisse de dépôt, ce qui nous permet d’ajouter au bas mot cinq milliards de dollars d’investissement. C’est difficile d’aller beaucoup plus loin, alors que le fédéral a de la marge de manœuvre qui peut être utilisée dans des infrastructures stratégiques, comme dans le Nord, autour de notre Stratégie maritime ou dans les infrastructures routières majeures, comme l’échangeur Turcot.

Vous avez personnellement décidé de parrainer une famille de réfugiés syriens. Pourquoi?

Ce n’est pas pour faire du spectacle ou une sorte de téléréalité. Je ressens le besoin de faire un geste humain et j’agis avec des gens de ma région. Il y a beaucoup de tragédies dans le monde, et les gens vont se demander pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre. Mais celle-là a une ampleur hors du commun. C’est la plus grande crise de migration depuis la Deuxième Guerre mondiale. Et je ne vous cacherai pas que la photo de ce petit garçon mort sur la plage, elle est venue m’arracher le cœur. La façon dont j’ai choisi d’aider, par parrainage, ce n’est pas nécessairement tout le monde qui veut ou peut le faire. Mais il y a d’autres options. On peut faire des dons à des organismes comme Oxfam ou Médecins Sans Frontières, qui sont actifs auprès des réfugiés. On a souvent la défense trop facile de dire que ce serait une goutte d’eau, que ça ne changerait pas le cours des choses. Mais c’est avec des gouttes d’eau qu’on fait des rivières.

Le gouvernement a annoncé son intention d’accueillir davantage de réfugiés syriens, jusqu’à 3 600 cette année. A-t-on la capacité d’intégration requise pour bien accueillir ces citoyens ? Notamment en matière de francisation…

On a annoncé de l’argent en même temps que ces objectifs [29 millions de dollars] pour la francisation et l’intégration. On avait déjà prévu en recevoir 1 000. Le chiffre n’est pas irréaliste. On a besoin d’un partenaire actif au fédéral, car il y a beaucoup de vérifications de sécurité à faire, et il faut traiter les dossiers rapidement.

Pierre Karl Péladeau est chef du PQ depuis quelques mois et il veut remettre l’indépendance au cœur du discours de son parti. Vous avez dit que le mouvement souverainiste est nuisible pour le Québec. N’est-ce pas un peu fort?

Je ne parle pas de l’idée, mais du mouvement politique qui en a fait sa principale destination. Oui, il est devenu nuisible pour le Québec. Ce mouvement a eu un bon début, il a participé à l’éveil du Québec, à notre cons­cience collective, à notre identité et à notre appartenance. Mais de plus en plus, il s’affiche comme une victime, avec comme prémisse l’humiliation. J’ai énormément de difficulté à tolérer ça. Il donne également l’illusion aux Québécois que tout ça se ferait pendant la nuit et que le lendemain on ne verrait aucune différence. Je ne crois pas qu’on puisse jamais convaincre plus de la moitié des Québécois d’abandonner leur citoyenneté canadienne sans leur donner de raison majeure, comme une oppression ou une privation de droits, ce qui n’est absolument pas le cas. C’est également un objectif qui nuit au Québec, même lorsqu’il n’est pas en voie d’être réalisé : il est dans le paysage pour les investisseurs. En tout respect pour ceux qui font le choix opposé, je fais le choix d’une citoyenneté qui repose non pas sur la restriction ou le repli identitaire, mais sur l’ouverture et le partage. L’idée fédérale est véritablement une idée moderne, beaucoup plus moderne que l’idée de l’indépendance.

La commission Charbonneau rendra public son rapport le 30 novembre prochain. Vous attendez-vous à ce que votre parti soit éclaboussé?

C’est possible. Je m’attends à ce que l’ensemble du secteur politique québécois soit interpellé. Des changements ont été mis en place depuis le lancement de la commission, que ce soit l’UPAC ou les nouvelles règles de financement des partis. Ayant connu la période précédente, je peux vous dire que la politique ne se pratique plus dans le même contexte, et c’est une bonne chose. Tout ce qui a trait à la collecte de fonds a été assaini avec le plafonnement des dons à 100 dollars. On va prendre acte de ce qui sera noté dans le rapport, mais aussi de ce qui a été mis en place. Il est possible que la commission suggère d’autres actions, et on va les étudier avec attention.

Entrevue réalisée le 8 septembre 2015 et publiée dans le magazine L’actualité le 23 septembre.