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Science: de quoi le Canada a-t-il besoin?

Le prochain gouvernement devra permettre aux chercheurs de prendre directement la parole, de manière à aider les Canadiens à comprendre des enjeux qui les concernent.

Sante_et_sciencePour diminuer les dépenses de l’État, le Parti conservateur a fait le pari qu’on pouvait se passer des conseils et analyses de nombre de chercheurs à l’emploi du gouvernement. Il a donc sabré dans plusieurs laboratoires fédéraux, surtout en environnement, mais aussi à Santé Canada, et mis fin à des programmes d’envergure comme le formulaire long du recensement de Statistique Canada.

Résultat, le Canada dépense aujourd’hui, en proportion de son produit intérieur brut, deux fois moins que les États-Unis, et trois fois moins que l’Allemagne, pour la recherche gouvernementale.

Même sous Georges W. Bush, les États-Unis n’avaient pas coupé autant dans la recherche gouvernementale que le Canada sous Stephen Harper. L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) ou l’Agence de l’alimentation et des médicaments (FDA) sont toujours restées plutôt fortes, et aptes à détecter des menaces ou arnaques – comme la tricherie de Volkswagen ou les fausses promesses de la génétique.

Le Canada dispose ainsi de beaucoup moins d’expertise interne pour évaluer ce qui peut bénéficier ou nuire à sa population. Nouveaux médicaments, politiques agricoles, sécurité des transports, tendances démographiques, préservation de l’environnement… faute de scientifiques capables d’aller chercher les données pertinentes et de leur donner du sens, le Canada compte de plus en plus sur une boule de cristal pour voir de quoi son avenir sera fait et protéger les Canadiens des dangers qui les guettent. Certains parlent de désintégration de la science publique.

Le prochain gouvernement devra réinvestir massivement dans cette recherche gouvernementale au service des Canadiens. Il devra permettre aux chercheurs de prendre directement la parole, pour expliquer les objectifs de leurs travaux et en commenter les résultats, de manière à aider les Canadiens à comprendre des enjeux qui les concernent au premier plan.

Il devra aussi veiller à éclairer les politiciens en matière de science. Le Québec a son Scientifique en chef, les États-Unis ont le President’s Council of Advisors on Science and Technology, la France son Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Il est plus que temps que le Canada se dote d’un comité scientifique de haut niveau.

Le Parti conservateur a préféré concentrer son énergie pour s’attaquer à la faible capacité des entreprises canadiennes à innover, un boulet qui nuit considérablement à la prospérité du pays, qui a toujours misé sur ses matières premières plutôt que sur sa matière grise. Pour aider les entreprises, aussi bien la recherche gouvernementale que les subventions données aux chercheurs universitaires ont été réorientées pour répondre aux besoins de l’industrie, en favorisant la recherche dite « ciblée ». Mais cela n’a pas fonctionné.

Le Forum économique mondial, qui compare la compétitivité de 140 pays, estimait récemment que le Canada est freiné par sa faible capacité à innover, pour laquelle il occupe le 22e rang mondial, loin derrière les États-Unis, les principaux pays européens et plusieurs pays d’Asie. Les entreprises canadiennes investissent particulièrement peu en recherche et développement – le Canada occupe le 26e rang de ce classement à ce chapitre.

Et il fait de moins en moins bien.

Selon la base de données de l’OCDE sur les indicateurs de science et technologie, en 2006, les dépenses de R et D des entreprises comptaient pour 0,92% du produit intérieur brut du Canada. En 2013, ce taux a diminué à 0,75%. L’écart s’est creusé avec la moyenne pour les pays de l’OCDE (passée de 1,38% à 1,44%) et avec les États-Unis (passés de 1,64% à 1,66%).

Le prochain gouvernement devra sérieusement réexaminer son soutien à l’innovation industrielle puisque sa recette actuelle ne donne aucun résultat.

Dans les universités, cette stratégie a eu pour effet de mettre un sérieux frein à la recherche libre.

Tous les spécialistes de la science s’accordent pourtant pour dire que cette recherche non orientée est à l’origine de la plupart des grandes découvertes et des retombées industrielles. Comme l’explique le scientifique en chef du Québec Rémi Quirion, les vaccins, les ordinateurs ou même les poêles antiadhésives ne sont pas nés de programmes de recherche ciblés !

Les réformes et changements de programmes aux trois organismes subventionnaires fédéraux ont été très mal accueillis dans les universités, où de moins en moins de chercheurs parviennent à décrocher des fonds, après un temps consacré à rédiger des demandes de subventions toujours plus longues.

Le prochain gouvernement devra faire le ménage pour s’assurer que la recherche libre soit mieux financée, restaurer l’indépendance des trois conseils et veiller à simplifier la paperasserie et la reddition de comptes.

Le Parti Libéral du Canada propose : de créer un poste de directeur scientifique, dont le titulaire fera en sorte que la population puisse accéder à l’ensemble des travaux scientifiques du gouvernement, que les scientifiques puissent parler librement de leurs travaux et que le gouvernement tienne compte de leurs analyses dans ses décisions.

Il veut aussi s’attaquer à l’innovation industrielle.

Le NPD détaille son plan pour les sciences sur le site (en anglais seulement) de son candidat Kennedy Stewart de Colombie-Britannique, porte-parole pour les sciences de son cabinet fantôme.

Le Parti conservateur n’a annoncé aucun changement de cap.