Politique

Rémunération des médecins: Québec perd-il le contrôle?

La rémunération des médecins a coûté 400 millions de plus que prévu depuis cinq ans, révèle la vérificatrice générale. Et l’étalement de la rémunération des médecins ne procurera finalement aucune économie au gouvernement.

Photo: Pascal Huot/Newzulu/La Presse Canadienne
Photo: Pascal Huot/Newzulu/La Presse Canadienne

Quand il évoque ses difficiles négociations avec les employés du secteur public, le gouvernement Couillard cite souvent en exemple le sacrifice des médecins, qui ont accepté l’an dernier d’étaler certaines hausses de rémunération. En entrevue à L’actualité, cet été, le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, avait insisté sur l’effort colossal consenti par les quelque 21 000 omnipraticiens et spécialistes. «Ils ont laissé sur la table beaucoup d’argent», insistait-il

Dans les faits, les médecins ne perdront sans doute pas un sou, révèle le plus récent rapport de la Vérificatrice générale, dévoilé ce vendredi le 27 novembre.

Le gouvernement espérait, à terme, épargner 394 millions de dollars. Mais «certains facteurs viennent réduire significativement cette économie potentielle, voire l’annuler à moyen terme», écrit Guylaine Leclerc. Le gouvernement aurait notamment surévalué les sommes à étaler. 

Par ailleurs, les coûts associés à la rémunération des médecins dépassent de 417 millions de dollars les sommes prévues pour la période 2010-2015, soutient la Vérificatrice générale, dans un rapport très critique à l’égard du gouvernement.

L’État versera cette année plus de 7 milliards de dollars à ses médecins. C’est 47 % de plus qu’il y a 5 ans.

Malgré l’étalement, les sommes versées aux médecins continueront d’augmenter à un rythme important. Les coûts additionnels atteindront 600 millions de dollars par année d’ici cinq ans. C’est sans compter les sommes qui seront consenties aux médecins dans les prochaines ententes. La Vérificatrice générale rappelle d’ailleurs que le gouvernement devra accorder «minimalement» aux médecins toutes les «augmentations salariales qui seront consenties au personnel des secteurs public et parapublic».

Les médecins avaient obtenu cette assurance lors des négociations sur l’étalement d’une partie de leurs hausses salariales, l’an dernier.

Dans la même entrevue accordée à L’actualité, Martin Coiteux assurait que les sommes consenties aux médecins amélioreraient l’accès aux services.

«Et avec l’entente annoncée par mon collègue de la Santé, on exigera plus de services pour les mêmes sommes», expliquait-il

Mais selon la Vérificatrice générale du Québec, les «mesures incitatives» adoptées par Québec sont inefficaces et ne favorisent pas «l’amélioration réelle de l’accessibilité aux services.»

En clair: les coûts continuent d’exploser, mais rien ne permet de s’assurer que les contribuables, et les patients, en ont pour leur argent.

Selon Guylaine Leclerc, la façon dont les enveloppes budgétaires ont été conçues et administrées par le ministère de la Santé «ne permet pas une gestion économique et transparente des fonds alloués à la rémunération des médecins».

C’est aussi le constat que posent plusieurs chercheurs interviewés pour notre récent dossier, Ce que facture votre médecin doit-il rester secret?.