Politique

Des Jeux olympiques modestes… et une licorne, SVP

Encore aujourd’hui, on trouve des villes qui veulent accueillir les Jeux olympiques ? Vraiment ? Si vous cherchiez une preuve que l’humanité n’apprend pas de ses erreurs, en voici une bonne.

Philippe Couillard et Régis Labeaume (à droite), au site de construction du Centre Vidéotron, à Québec. (Photo: Clement Allard/La Presse Canadienne)
Philippe Couillard et Régis Labeaume (à droite), sur le site du Centre Vidéotron, à Québec. (Photo: Clement Allard/La Presse Canadienne)

Ainsi, Régis Labeaume rêve de voir des Jeux olympiques à Québec, peut-être aussi tôt qu’en 2026. C’est vrai que ce qui manque à la capitale, c’est bien une belle piste de bobsleigh neuve.

Encore aujourd’hui, on trouve des villes qui veulent accueillir les Jeux olympiques? Vraiment? Si vous cherchiez une preuve que l’humanité n’apprend pas de ses erreurs, en voici une bonne.

Le maire a beau répéter: «Je ne suis pas en mode olympique! Calmez-vous le pompon!», ça ne fait que nous inquiéter. De quoi aura-t-il l’air quand il passera en mode olympique?! Le verra-t-on faire ses conférences de presse en habit de spandex moulant?

Le premier ministre Couillard est d’accord avec l’idée (d’accueillir les JO, pas de s’habiller en spandex!), mais seulement si les Jeux sont «organisés à des coûts modestes et ne mettent pas en péril les finances publiques». Une façon comme une autre de dire qu’il n’est pas vraiment d’accord.


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Dire qu’on va faire des Jeux modestes, c’est comme dire qu’on va organiser un mariage «tout simple, avec juste la famille proche et quelques amis». Le temps d’écrire un faire-part et on se retrouve à louer le Palais des congrès pour arriver à placer tous nos cousins sur notre plan de tables.

L’Université d’Oxford s’est penchée sur les dépassements de coûts des Jeux olympiques (été et hiver) entre 1960 et 2012. Son constat:

«Les JO dépassent leur budget initial dans 100 % des cas. Aucun autre type de mégaprojets ne dépasse les prévisions avec autant de constance. Les autres projets du genre arrivent à respecter leur budget, de temps à autre, mais pas les JO.»

Dans 100 % des cas! Il n’y a que deux certitudes dans la vie: la mort et les taxes qui servent à payer des installations olympiques pendant des années. Déjà que le Québec est champion du monde du dépassement de coûts, je ne suis pas sûr qu’on ait besoin d’aller chercher la médaille olympique en plus.

Selon la même étude, le dépassement de coûts est d’en moyenne 179 %. Si Québec veut des jeux modestes, il faudrait donc qu’il les prévoie deux fois plus modestes encore. Une moitié de piste de skeleton. La Zamboni qui ne passe que sur la moitié de la patinoire. Ne donner que 5 sur 10 aux triples boucles piqués réussis de la patineuse artistique. D’ailleurs, un saut de boucle piqué et demi, ça va être bien suffisant.


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Parmi les stratégies auxquelles ont pensé Labeaume et Couillard pour réduire les coûts, il y a celle de partager les compétitions «avec une autre localité». Les «Jeux olympiques de Québec (et ses amis)», bref.

C’est une idée intéressante, qu’on pourrait pousser encore plus loin. Pourquoi pas les premiers JO par Skype? Tous les athlètes et les spectateurs restent chez eux et on s’évite le délire sécuritaire qui accompagne les Jeux depuis 15 ans, en plus des incontournables problèmes de transport.

En 1973, le maire Jean Drapeau avait déclaré: «Il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceinte.» Nous sommes en 2016 et on a déjà vu un homme avoir un enfant. Prenons-en acte.

***

P.-S. La première version de mon texte proposait à la blague d’ajouter le Crashed Ice aux disciplines olympiques. Ce matin, Régis Labeaume soulevait très sérieusement l’idée. Y a des moments où la satire, c’est difficile.