Politique

Un ami gai pour tout le monde!

Selon une étude, une simple discussion d’une dizaine de minutes avec un membre des communautés LGBTQ peut suffire à changer le point de vue d’une personne. 

Photo: Jorge Saenz/AP
Photo: Jorge Saenz/AP

«On n’a plus besoin de ça, des journées contre l’homophobie.»
– L’homme qui n’était jamais allé sur internet

«Les hétéros ne se promènent pas partout en disant qu’ils sont hétéros. Pourquoi faut-il toujours que les gais fassent un spectacle avec ça?»
– La femme qui, tellement occupée à vivre en hétérosexuelle dans un monde hétérosexuel, confond être ouvertement gai et faire un spectacle.

«Ce n’est pas naturel!»
– L’ado qui utilise un clavier et un ordinateur pour transmettre sa pensée avec des mots, via un courant électrique, comme la nature l’a voulu.

***

C’était hier la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie.

Pour l’occasion, l’émission Le 15-18 s’est ouverte sur des extraits d’une ligne ouverte de 1972. «Acceptez-vous que l’homosexualité ait sa place dans la société?» demandait-on. Imaginez: on venait, Ô scandale, de montrer deux hommes se tenant la main dans un téléroman. Le Québec était aussi en émoi que si un assureur de gala avait mal fait son travail.

Une dame répond: «Si on accepte l’homosexualité? Est-ce qu’on doit accepter les aveugles? Les sourds, les muets? Je pense bien qu’on doit les accepter, mais pas de là à être obligé d’attraper leurs maladies. »

Ouch! 44 ans plus tard, on aime bien se dire que les mentalités ont changé et que, fiou!, tout ça est derrière nous, comme la chanson «Patof Blou» et les 16 semaines qu’elle a passé au palmarès l’année de cette ligne ouverte.

C’est mieux, mais ne nous mettons pas la tête dans le sable. Non seulement c’est extrêmement désagréable, s’enlever du sable des cheveux, mais ça nous empêcherait aussi d’admettre qu’il reste au Québec un fond d’intolérance sur lequel il faut travailler.


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Vrai que les auditeurs n’appellent plus à la radio pour parler de la «maladie» homosexuelle, une maladie qu’on attrape quand on écoute trop de comédies musicales (notez que je ne suis pas médecin).

Mais si vous montrez deux personnes du même sexe qui s’embrassent dans une publicité, vous risquez d’entendre ceci à la radio:

«Quand je l’ai vu hier [la publicité], j’ai faite Beurk […] j’ai faite le saut. C’est pas parce que chu homophobe, parce que j’en ai des amis… Non, mais tu comprends, j’ai faite le saut. J’aurais vu deux chiens qui se frenchent, j’aurais faite la même affaire.»

Ce ne sont pas les paroles d’une auditrice, mais plutôt celles de Josée Morissette, coanimatrice à CHOI 98,1 Radio X, le 24 mars 2013. Elles lui ont valu un blâme du Conseil de presse. Depuis, Josée est plus sage et elle se contente de conseiller aux filles de ne pas être agaces si elles ne veulent pas se faire violer.

Trop vieil exemple pour vous? Parlons alors de ces deux homosexuels battus à coups de poing parce qu’ils s’embrassaient dans la rue, il y a deux semaines. Déjà, c’est un exemple d’homophobie… frappant.

Mais si vous cliquez sur le lien, vous constaterez que les commentaires sont fermés sous l’article. C’est probablement la CSST qui l’a exigé, pour éviter une dépression au pauvre modérateur chargé de les lire.

J’ai eu la «chance» de fouiller ces commentaires avant leur disparition. J’en ai fait une série de six tweets, qui représente bien la vase dans laquelle je me suis mis les yeux.

D’abord, il y avait ceux qui écrivent à voix haute les pires homophoberies et savent bien qu’ils sont intolérants. Ils parlent d’homosexuels qui «en font la promotion», comme s’ils avaient peur qu’un panneau publicitaire trop convaincant puisse les faire changer d’orientation.

Puis, il y avait ceux qui se font croire qu’ils ne sont pas vraiment homophobes. Ils expliquent que le problème, c’est «de se licher en public». Ils penseraient bien sûr la même chose d’un couple hétéro. Bien sûr. Il y a d’ailleurs tellement d’histoires de couples hétéros tabassés pour avoir mis la langue dans la bouche de l’autre que les médias ne les rapportent même plus.

Et il y a ceux qui «tolèrent» la différence sexuelle. Elle a le droit d’exister mais, surtout, le droit de ne pas venir les déranger. Dans leur monde idéal, la différence se tiendrait tranquille et n’irait pas en parler en public. C’est l’acceptation, mais les yeux fermés et les oreilles bouchées en faisant «LALALALA» le plus fort possible.

Si on ne peut probablement rien pour les premiers, dont les pensées plus complexes qu’un grognement restent coincées dans l’étroitesse de leur esprit, j’ai bon espoir que les deux autres catégories seront encore récupérables.

Selon une étude, une simple discussion d’une dizaine de minutes avec un membre des communautés LGBTQ peut suffire à changer le point de vue d’une personne. Il suffit donc de s’arranger pour que tout le monde au pays puisse rencontrer un gai ou un transgenre pour que l’homophobie et la transphobie soient de l’histoire ancienne. C’est un plan infaillible!

Même au Parlement, ça fonctionne.

Les députés fédéraux auront bientôt à voter sur un projet de loi pour ajouter explicitement «l’identité ou l’expression de genre» aux motifs illicites de discrimination au Canada. Ce n’est pas la première fois. C’est même la huitième fois, parce qu’il semblerait que d’interdire clairement à un employeur de renvoyer un homme parce qu’il a déjà eu un vagin, c’est controversé…

Mais, cette fois-ci, plusieurs députés conservateurs qui s’y sont opposés dans le passé pourraient voter en faveur du projet de loi. Pourquoi?

Randall Garrison, néo-démocrate initiateur du projet de loi, explique :

«J’ai beaucoup d’amis chez les conservateurs et, pas pour tous, mais pour plusieurs, c’est la première fois qu’ils côtoient personnellement quelqu’un de la communauté gaie. Ça a aidé à faire avancer les esprits.»

Je crois qu’on a là les bases d’un formidable programme de lutte contre l’homophobie, qu’on pourrait appeler «Un ami gai pour tout le monde!»