Politique

Plus ça change, plus c’est de la politique

Alors que le PQ réussit à avoir l’air uni malgré une course à la chefferie, les libéraux, eux, semblent avoir attrapé le «gêne de la chicane».

Un parti politique, ça évolue. Des fois lentement, des fois rapidement.

Le Parti conservateur a longtemps été de la première catégorie, ce qui est normal pour un parti, justement, «conservateur». Grands amateurs de la loi et l’ordre, ça leur aura pris 11 années à reconnaître l’existence de la loi sur le mariage gai. Bienvenue au début du 21e siècle, la gang.

Mais il y a toujours le risque d’évoluer trop vite et de s’enfarger dans sa course. Tout le monde n’est pas prêt à la modernité. Pensons à cette vidéo d’un député albertain, diffusé durant le récent congrès du Parti conservateur.

Soudainement, on comprend un peu mieux pourquoi Stephen Harper tenait autant à empêcher ses troupes de parler en public.

La prochaine fois qu’on sera gêné par une chanson de Sophie Grégoire, on ressortira ce «rap».

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Le Parti québécois aussi est en train de changer. Encore.

Le PQ peut changer presque complètement d’un chef à l’autre. Avec Lucien Bouchard comme chef, le PQ était le parti du déficit zéro. Avec Pauline Marois comme cheffe, c’était le parti des valeurs québécoises, mais pas assez québécoises pour remporter une élection avec ça. Avec Ricardo comme chef, ce serait le parti du souper pas trop compliqué.


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C’est ce qui rend chaque changement de chef si intéressant à suivre. On pensait les quatre candidats de la course actuelle déjà en place, quand, jeudi, coup de théâtre! Paul St-Pierre Plamondon se lance lui aussi.

«Paul qui?», se sont exclamé tous ceux qui ne regardaient pas Bazzo.tv. Vrai que ce n’est pas le candidat le plus connu. Parlons d’un «Coup de théâtre d’été, dans une salle climatisée, à Beauharnois».

Paul St-Pierre Plamondon, ai-je appris récemment, n’est pas un cabinet d’avocat, mais bien une seule personne. «Orphelin politique», il veut se faire adopter par le Parti québécois. Belle occasion de mettre à jour un gag que je faisais dans un précédent billet!

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PSPP (si on le nomme toujours au long, on va encore être en train de parler de lui six mois après sa défaite) sera le candidat de ceux qui trouvent que même Jean-François Lisée est un souverainiste trop pressé.

De Martine «je m’engage à faire un référendum dans trois semaines, même si on est dans l’opposition!» Ouellet à Paul St-Pierre «j’aimerais mieux vous résumer les 35 saisons de Virginie que de parler de référendum» Plamondon, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel péquiste seront représentées dans cette course, du bleu marine foncé foncé foncé, jusqu’au bleu poudre tellement pâle qu’on a l’impression qu’il est peut-être rouge.

À moins que quelqu’un ne veuille discuter de l’idée de Nicolas Marceau, qui voudrait forcer le fédéralisme à se renouveler en tenant à sa gorge le couteau à beurre d’un référendum où, ultimement les gens pourraient voter pour le statu quo comme ils l’ont fait deux fois déjà…

Non? Personne? D’accord.

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Alors que le PQ réussit à avoir l’air uni malgré une course à la chefferie, les libéraux, eux, semblent avoir attrapé le «gêne de la chicane» (© Jean-René Dufort).

Mais au PLQ, on ne se chicane jamais en public. On arbore son plus beau sourire factice et on traverse la meute de journalistes en disant que tout va bien, qu’on suit le plan de match et qu’on ne peut pas rester pour répondre aux questions parce qu’il faut aller se faire des pets sur la bedaine entre collègues parce que maudit que tout le monde s’aime dans notre parti!

Le caucus exceptionnel de lundi dernier, celui qu’on a tenté de cacher aux médias et qui n’apparaissait même pas à l’agenda du premier ministre? C’était le plus normal de tous les caucus exceptionnels secrets!

«Je ferais des caucus tout le temps si c’était possible», a commenté le député Gerry Sklavounos, alors que son collègue Carlos Leitao lançait «On est dans la bonne direction!» et que Gaétan Barrette affirmait que «Tout va bien au caucus libéral».

«Je suis venu en licorne et on a galopé sur le dos d’un arc-en-ciel» a finalement conclu un autre député. Mais sous le vernis, on voit bien les craques dans le Parti libéral. Et ça, c’est nouveau.

On se dit que, finalement, même le PLQ peut changer. Puis, on apprend que Pierre Ouellet, chef de cabinet de Jacques Daoust renvoyé la semaine dernière à la suite d’allégations de pratiques douteuses dans l’octroi des contrats au ministère des Transports, s’est trouvé un nouvel emploi.

C’était très important de renvoyer monsieur Ouellet pour «conserver la confiance du public», mais ça ne l’empêche pas d’être maintenant au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, où il est responsable d’un Forum sur l’emploi.

«Vous êtes donc à l’aise avec les circonstances de son départ de chez M. Daoust?» a demandé un journaliste [au ministre François Blais].

« Non, je ne veux même pas les commenter. Ma seule décision était de voir si cette personne-là était compétente pour faire ce qu’elle avait à faire », a répondu le ministre. (…)

Il a affirmé que c’est à la suite d’une proposition du cabinet du premier ministre qu’il avait procédé à l’embauche du chef de cabinet déchu.

(Journal de Québec)

Ha. Voilà. ÇA, c’est notre bon vieux PLQ. Le parti des yeux fermés, du jugement à off, là où il y a toujours un poste ouvert pour un ami du parti.

C’est rassurant de voir qu’à travers tout le chaos de la vie moderne, certaines choses ne changent pas.