Politique

L’amour-haine des politiciens avec le 4e pouvoir

Dans le troisième volet du documentaire Fièvre politique, présenté ce jeudi à Télé-Québec, des ex-élus parlent de ce que l’ancien chef de l’ADQ, Mario Dumont, décrit comme une relation «amour-haine» entre les journalistes et la classe politique.

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AVEC TÉLÉ-QUÉBEC

Jean Lapierre et Esther Bégin
Jean Lapierre et Esther Bégin

La relation entre les journalistes et les politiciens est complexe. C’est une tension constante. Une étrange danse. Certains élus «jouent la game» très bien, profitant des médias pour remporter des batailles (parfois même contre leur propre parti), alors que d’autres vivent très mal sous l’oeil des caméras.

Ce n’est pas sans raison que les médias sont identifiés comme le quatrième pouvoir (après l’exécutif, le législatif et le judiciaire). Le pouvoir, celui de critiquer, de proposer et de rendre imputables les élus qui demandent un mandat aux citoyens, est en effet un énorme pouvoir. Et une grande responsabilité dans une démocratie.

Dans le troisième volet du documentaire Fièvre politique, présenté ce jeudi à Télé-Québec, Esther Bégin aborde ce thème avec d’anciens politiciens.

Les ex-élus parlent de ce que l’ancien chef de l’ADQ, Mario Dumont, décrit comme une relation «amour-haine» entre les journalistes et la classe politique. Lui qui est aujourd’hui un membre en vue du commentariat politique sait bien de quoi il parle, ayant vécu des deux côtés de la clôture. Dumont s’interroge d’ailleurs sur ce qu’il décrit comme un penchant naturel à gauche de la classe journalistique. «De par leur formation, leur parcours, tout ce qui est un peu à droite du centre est suspect», dit-il, relatant son expérience de 2007, lorsque l’ADQ s’est hissée dans l’opposition officielle et que Jean Charest a alors décidé de définir Dumont dans l’opinion publique comme étant «une girouette». «Ç’a plu aux journalistes», dit-il. «Les médias ont joué ça très fort.» C’est comme si le gouvernement Charest avait obtenu 1 million de dollars en publicité gratuite, avance-t-il. «J’ai eu des moments où j’étais frustré.»

Vivre constamment sous l’oeil des caméras est un exercice «complètement fou», explique l’ancienne ministre libérale Line Beauchamp. «Matin après matin, on entre à l’Assemblée nationale devant un mur de caméras. Tu en viens à te voir à travers les lentilles, toujours consciente du regard public. C’est un cirque. C’est fou», raconte-t-elle.

Une pression qui pousse plusieurs élus à sortir «la cassette» ou la langue de bois, de peur de déraper et de faire les manchettes pour les mauvaises raisons, affirme Pierre Curzi. «C’est délicat entre la langue de bois et expliquer des choses complexes sans glisser», dit l’ancien élu péquiste.

Les réseaux sociaux ajoutent à l’atmosphère parfois sulfureuse de la communication politique. Ancienne vedette de la télé pourtant admirée, l’ancienne députée libérale Marguerite Blais avoue avoir versé des larmes en lisant des commentaires très durs sur Twitter ou Facebook. «Ça prend énormément de carapace pour faire de la politique. Il faut savoir laisser passer les choses. La critique affecte tout le monde. Si une personne vous dit que la critique ne l’affecte pas, ne la croyez pas!» Elle ajoute: «en politique, on ne plait à personne.»

L’ancien premier ministre Jean Charest estime avoir parfois été traité injustement par les journalistes. «Mais tous les politiciens croient dur comme fer que les médias les ont plus durement traités que les autres», avoue-t-il.

Les élus, particulièrement les chefs des partis et les ministres, passent un nombre incalculable d’heures à la gestion des médias. Soit pour tenter de positionner une idée, soit pour gérer une crise. Une large portion de leur journée est consacrée à cette danse complexe et tendue avec la meute de loups journalistiques, à la fois essentielle pour passer un message, et dangereuse pour un politicien en exercice.

Jean Charest recevait ses journaux le matin, dont les textes étaient autant de grenades prêtes à exploser, raconte-t-il. «Les journaux sont comme des grenades. Certaines sont dégoupillées, d’autres non. Je tournais les pages et ma journée allait être déterminée par les nouvelles.» Jean Chrétien raconte d’ailleurs qu’il faut «aimer les problèmes» pour faire de la politique.

En entrevue avec Esther Bégin, l’ancien ministre de la Santé et de l’Éducation, Yves Bolduc, fortement critiqué dans les médias avant sa démission, revient sur cette période difficile. Il affirme avoir été «serein» malgré les critiques sur la gestion de son ministère et sa prime de 215 000 $. Plus personne ne se rappelait qu’il était le ministre qui a mené à bien le dossier de la grippe H1N1 au Québec, quelques années plus tôt, dit-il. «Les gens retiennent toujours le point noir sur le grand tableau blanc.»

Jean Lapierre, interviewé avant son décès, affirme n’avoir jamais été mal cité par les journalistes en 16 ans de politique active. «J’ai fait beaucoup de gaffes par contre», avoue-t-il en riant.

L’ancien premier ministre Bernard Landry, qui ne se gênait pas pour appeler les journalistes et les chroniqueurs pour leur signaler son désaccord sur un article en particulier, affirme que les journalistes «pratiquent un métier complexe» qui rend la tâche difficile de par et d’autres, particulièrement depuis l’accélération du cycle des nouvelles, avec la télé en continu et maintenant, les réseaux sociaux. «L’actualité à la seconde rend le métier compliqué», dit-il, ajoutant avoir «de la sympathie pour les journalistes».

Stéphane Bédard, qui vient tout juste de décrocher de son métier de politicien, affirme que résumer des dossiers complexes en deux ou trois phrases n’avantage personne. «C’est loufoque», dit-il, ajoutant qu’il est maintenant difficile, en cette ère de politique-spectacle, de faire la différence entre l’analyse, l’opinion et la nouvelle brute. «Traiter du fond, pas de l’image, serait plus efficace pour combattre le cynisme.» Difficile d’être en désaccord, même pour un journaliste…