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Adieu ambassades et résidences de luxe!

Ottawa et Québec réorganisent en profondeur leur parc immobilier à l’étranger.

La résidence de l'ambassadeur du Canada en Norvège a été vendue en 2014 pour la somme de 11,7 millions de dollars. (Photo: Frederik Bjerknes 2014)
La résidence de l’ambassadeur du Canada en Norvège a été vendue en 2014 pour la somme de 11,7 millions de dollars. (Photo: Frederik Bjerknes 2014)

Le chiffre donne le tournis : 562,4 millions de dollars. C’est le prix obtenu par le gouvernement canadien, en 2014, pour l’édifice qui abritait son Haut-Commissariat au Royaume-Uni depuis 1961, dans le chic quartier Mayfair, à Londres. Le bâtiment a été acquis par un promoteur indien. Les 194 employés ont été relogés quelques rues plus loin, dans un immeuble acheté pour la somme de 104,2 millions.

C’est l’exemple le plus spectaculaire d’une vaste réorganisation du parc immobilier à l’étranger par les gouvernements du Canada et du Québec. Depuis trois ans, le nombre de transactions s’accélère, a constaté L’actualité en épluchant le sommaire des ventes et achats. Les ambassades, résidences officielles et délégations générales prennent de l’âge, et les autorités doivent décider si elles les rénoveront ou si elles procéderont à leur déménagement. Le prix très élevé de l’immobilier dans les grandes villes du monde force aussi la réflexion, alors que les gouvernements cherchent à économiser.

À Ottawa, le gouvernement conservateur avait donné la consigne de réduire le poids financier du parc immobilier. En 10 ans, 67 transactions ont été conclues dans les capitales mondiales — dont 29 depuis 2013. Valeur des ventes : 762,8 millions de dollars. Celle des achats : 222,9 millions.

Les résidences officielles des diplomates canadiens ne sont pas épargnées. Pas moins de 37 des 67 transactions concernent la vente de résidences, souvent situées dans des quartiers prestigieux. Par exemple, celle du haut-commissaire à Kuala Lumpur, en Malaisie, a été vendue 23,9 millions de dollars en 2011. Depuis, le diplomate réside dans une demeure moins cossue, louée 5 800 dollars par mois.

Le Haut-Commissariat au Royaume-Uni a trouvé preneur en 2014 pour plus d'un demi-milliard de dollars. (Photo: Fotomaton/Alamy Stock Photo)
Le Haut-Commissariat au Royaume-Uni a trouvé preneur en 2014 pour plus d’un demi-milliard de dollars. (Photo: Fotomaton/Alamy Stock Photo)

Le gouvernement Trudeau continuera d’évaluer le parc immobilier à l’étranger, affirme Chantal Gagnon, attachée de presse du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion. «On évalue nos besoins, en prenant en considération l’historique, la sécurité, les coûts et les conditions du marché local, tout en continuant d’envisager une réduction des dimensions des propriétés de façon générale», dit-elle, ajoutant que le côté patrimonial de l’édifice et son emplacement jouent un rôle dans l’évaluation du ministère. C’est la raison pour laquelle la résidence officielle à Rome, mise en vente par le gouvernement conservateur pour 17,1 millions de dollars, a finalement été retiré du marché en avril dernier.

À Québec, le réseau diplomatique est également en transformation. «On a fait un inventaire de nos propriétés et des investissements nécessaires pour leur mise à niveau, dit la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre. On tente de regrouper les bureaux de la délégation et la résidence officielle de notre représentant afin d’économiser.»

Les sept transactions immobilières effectuées depuis trois ans font économiser un million de dollars par année au gouvernement, estime-t-elle. Une «mise à niveau stratégique» qui ne vise pas à diminuer l’empreinte du Québec à l’étranger, précise la ministre. «Parfois, rénover coûte trop cher. Il vaut mieux déménager.»

Par exemple, à Londres, le Québec a vendu sa résidence officielle pour 23,5 millions de dollars, alors que la nouvelle résidence, sur Pound Street, a coûté 9,7 millions $.

À Munich, la vente de la résidence officielle du délégué du Québec a rapporté 10,14 millions de dollars. La résidence et la délégation sont maintenant logées au même endroit, dans un complexe qui a coûté 14,4 millions $. Mais puisque la délégation était dans un immeuble loué, le gouvernement estime que l’unification des deux endroits permettra à terme d’économiser 835 000 $ par année.

La résidence officielle à Rome, mise en vente par le gouvernement conservateur pour 17,1 millions de dollars, a finalement été retiré du marché en avril dernier.
La résidence officielle à Rome, mise en vente par le gouvernement conservateur pour 17,1 millions de dollars, a finalement été retiré du marché en avril dernier.

À Bruxelles, là encore, Québec a choisi de réunir les fonctionnaires de la délégation générale et la résidence officielle du délégué. Coût: 7,7 millions $. L’ancienne résidence officielle a été vendue pour 4,89 millions $.

La prochaine antenne à subir une réorganisation immobilière sera celle de Mexico. Québec souhaite réunir la délégation et la résidence du délégué.

Encadré ambassades