Politique

La grande déconnexion libérale

Au PLQ, le haut est en bas, le sel goûte sucré et on te punit à coup de caresses. «Va réfléchir dans ta chambre! Avec un cornet de crème glacée! Trempé dans le chocolat!»

Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

C’est au détour de l’étude d’un projet de loi qu’on a appris qu’en 2015, le Parti libéral avait refusé de rembourser 3500 $ de dons reçus via des prête-noms. Des prête-noms liés à Tony Accurso, histoire de ne pas faire les choses à moitié.

Même si la demande venait du Directeur général des élections, le PLQ n’était pas légalement obligé de rembourser, puisque le délai de prescription était écoulé. C’est que les sept contributions de 500 $ ont été faites à un temps que les moins de 7 ans ne peuvent pas connaître: l’an de grâce 2009. Aussi bien dire le moyen âge!

C’était légal de ne pas payer, donc. Tout comme c’est légal de passer à côté d’une personne quadriplégique en fauteuil roulant en disant très fort «Huuuumm que c’est bon de marcher et de pouvoir bouger ses membres. Hooooo que j’ai du fun à bouger tous mes membres en marchant!»

C’est légal, mais c’est oh combien peu moral.

D’autant plus qu’en refusant de rembourser une si petite somme, les libéraux passent pour de moyens gratteux. 3500 $… le PLQ peut ramasser ça en quêtant un après-midi sur un coin de rue de Baie-d’Urfé! La seule raison qui reste pour ne pas payer, c’est qu’on ne prend pas la corruption et la colère de la population au sérieux.

Rita de Santis, toujours prête à garnir sa collection de déclarations pas d’allure, s’est empressé de trouver un micro dans lequel parler. La ministre responsable de la réforme des Institutions démocratiques a donc expliqué que tout s’était passé comme prévu, dans la normalité la plus ordinaire:

«[La directrice générale du PLQ,] Mme Marie-Ève Ringuette a vu la lettre et, comme n’importe qui à l’intérieur d’une organisation, a dit je n’ai pas l’obligation de le payer, pourquoi je le payerais?»

Ben oui. Pourquoi? Pourquoi ferait-on quoi que ce soit dans une affaire de financement illégal? Impliquant Accurso. En 2016. Au PLQ.

Sitôt l’affaire rendue publique, le premier ministre s’est empressé d’annoncer que le 3500 $ allait être remboursé, dans un «geste exceptionnel». Il se serait aussi engagé à rembourser tous les autres montants qu’on les prendrait les culottes baissées à ne pas vouloir rembourser.


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Les libéraux trouvent qu’on fait beaucoup de bruit depuis trois jours pour un maigre petit 3500 $. C’est sûr que, si comme madame De Santis, on considère que 150 000 $, ce sont «des peanuts», 3500 $, c’est au mieux une écale d’arachide.

On pourrait même se demander pourquoi le présent blogueur prend la peine d’écrire longuement à ce sujet, alors que le ministère des Transports est en train de s’écrouler comme un viaduc sous le poids d’un 18-roues de corruption.

Pourquoi? Parce que c’est un superbe symbole de la déconnexion totale et généralisée du PLQ, de son manque d’intérêt complet face aux histoires de corruption, de financement illégal, de mauvaises pratiques.

Savez? Le genre de choses qui enragent le citoyen moyen? Ben au PLQ, on s’en fout un peu. On ne s’en occupe que si on est obligé, en traînant les pieds, sans trop se forcer et avec l’air bête, comme un ado fâché à qui on vient d’ordonner de ramasser les quatre mois de linge sale qui traînent dans sa chambre.

J’ai vu des bureaux se déchirer autour du fait que quelqu’un ne remettait pas de café dans la cafetière après avoir pris la dernière tasse. Mais dans les bureaux du PLQ, la directrice générale du parti envoie calmement au bac de recyclage une histoire de dons illégaux reliés à Tony Accurso.

«Ben oui, qu’est-ce que vous vouliez qu’elle fasse d’autre?», réplique en substance la ministre responsable de la réforme des Institutions démocratiques

Rembourser devient un «geste exceptionnel» qui démontre «l’esprit de réforme» qui anime le premier ministre. Le strict minimum éthique et moral est vu comme une véritable révolution qui devrait nous inspirer la larme au coin de l’œil et la fierté dans le cœur, le regard au lointain vers le soleil levant d’une démocratie renouvelée.

Sachant comment le parti au pouvoir traite quelque chose d’aussi simple qu’un 3500 $ qu’il était évident qu’il fallait rembourser, on comprend mieux comment ça se passe quand les choses deviennent sérieuses.

Le rapport Charbonneau est remis? On met Sam Hamad responsable de l’application de ses recommandations. Sam Hamad!

Il se passe des choses douteuses au ministère des Transports? Personne ne trouve que ça vaut la peine d’avertir le ministre ou même le premier ministre. T’a coup que ça l’obligerait à faire quelque chose…

Quand le public se fâche, on se contente de renvoyer deux fonctionnaires… avant de les rengager ailleurs aussi vite!

On apprenait la semaine dernière que Pierre Ouellet est rendu au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale et que le ministre François Blais est super à l’aise. Et, comme pour nous prouver que son renvoi n’était que pour l’image, comme une perruque dans un spectacle d’Elton John, l’ex-chef de cabinet de Jacques Daoust a continué à travailler sur le dossier Bombardier plusieurs jours après avoir été renvoyé.

Quant à Dominique Savoie, la sous-ministre dont le nom a été nommé encore et encore durant le témoignage des vérificatrices Annie Trudel et Louise Boily, elle est toujours à l’emploi du gouvernement, avec son plein salaire.

Au PLQ, le haut est en bas, le sel goûte sucré et on te punit à coup de caresses. «Va réfléchir dans ta chambre! Avec un cornet de crème glacée! Trempé dans le chocolat!»

Y a-t-il quelqu’un, quelque part, dans ce parti qui a lu les journaux depuis 10 ans? Vu un téléjournal? Parlé à un citoyen en colère? Plus que jamais, on dirait que non. C’est la grande déconnexion.

Et ce sont ces mêmes personnes incapables de gérer une histoire de 3500 $ liés à Accurso qui sont chargées du ménage au ministère des Transports. Yé.

Ce texte a été modifié afin de refléter avec plus de précision le statut de Mme Dominique Savoie au sein du Conseil exécutif.