Politique

Orlando, une pirate et un aspirant astronaute

Inspirées par le coming out de Cœur de pirate, des dizaines de personnes ont immédiatement fait leur coming out d’homophobes ou d’idiots sur Internet. 

Photo: Denis Beaumont/La Presse Canadienne
Photo: Denis Beaumont / La Presse Canadienne

Je déteste les tueries. Évidemment, me direz-vous. Évidemment, acquiescerai-je en retour. Je les déteste pour toutes les raisons normales, parce que je suis humain. Parce qu’on se passerait de voir 50 vies fauchées par la haine.

Mais je les déteste aussi pour mes raisons égoïstes de chroniqueur qui doit trouver quelque chose qui mérite d’être écrit ces semaines-là. Au deuxième événement du genre, j’avais déjà épuisé mes façons de dire: «Je ne comprends pas.»

Breaking news, tout le monde: je ne comprends toujours pas.

Un peu tanné d’avoir à écrire de l’humour sur des tueries, j’ai postulé au poste d’astronaute à l’Agence spatiale canadienne. Avec de la chance, je ne serai plus sur cette planète la prochaine fois, et je pourrai dire: «Arrangez-vous avec vos fous!» Mais en attendant, qu’en penser?

Était-ce ce qu’on peut désormais appeler une «fusillade à l’américaine», menant vers une millième occasion manquée de changer les lois de nos voisins? On dirait bien. Avec un peu de chance, la NRA va permettre qu’on ajoute un avertissement en très petits caractères sur l’emballage des armes d’assaut. «Avertissement: évitez de tirer sur des innocents.»

Était-ce un acte terroriste, permettant à Donald Trump d’annoncer que s’il avait été président, il aurait voyagé dans le temps pour avorter la mère du tireur il y a 30 ans? Il n’y a rien comme un intolérant radical pour donner un coup de pouce à un autre intolérant radical.


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Était-ce un acte homophobe et transphobe, histoire de bien mélanger la droite américaine, qui devra décider si elle déteste plus les gais ou les musulmans?

C’était un peu des trois, mais surtout le dernier. La pire fusillade de l’histoire des États-Unis, les pros en la matière, était un acte à la base homophobe et transphobe. Ces gens sont morts parce qu’ils étaient ouvertement eux-mêmes.

C’est la seule partie de cet événement qui ne soit pas discutable, le seul fait solide qu’on a.

Je vous dis, j’ai vraiment hâte d’enfiler mon suit d’astronaute.

***

Dans la foulée des événements, la chanteuse Cœur de pirate a fait hier son coming out.

Inspirées par son geste, des dizaines de personnes ont immédiatement fait leur coming out d’homophobes ou d’idiots sur Internet. «Moi, je suis hétéro pis j’en parle pas à tout le monde», déclara un homme sur Facebook, où sa photo de profil le montre enlaçant sa conjointe.

Mais attention: madame de Pirate n’a pas révélé être homosexuelle, lesbienne ou trans. La flibustière cardiaque s’est présentée comme… queer.

Les réactions ont été diverses, allant de «me semble que c’est pas comme ça qu’on écrit “cœur”», à «comment tu dis ça? Kir? Koueuwiiiir?» en passant par «C’est-tu le groupe avec Freddy Mercury?»

Devant ce terme peu connu de la majorité, les médias ont dû faire de l’éducation populaire à grands coups de définitions. Vous les avez toutes lues et vous êtes encore un peu confus?

Je m’essaie à mon tour, en simplifiant: en gros, «queer», c’est le terme qu’il te reste quand on a nommé toutes les options et qu’il n’y a rien qui te convienne complètement. C’est une façon de dire: «Tu veux absolument une étiquette pour mon genre ou mon orientation? Tiens: queer. Fais avec.»

Vous trouvez ça compliqué? Vous trouvez qu’on est rendu avec trop de genres et de concepts? Vous allez voir, on s’habitue. Fut une époque où les gens trouvaient ça compliqué qu’il existe d’autres épices que «sel et poivre». Aujourd’hui, on vit tous très bien avec le thym, le basilic, le persil et même le fenugrec.

Et à ceux qui croient que ce n’est plus nécessaire que les vedettes «révèlent» leur orientation sexuelle, parce qu’en 2016 on est tous des humains et qu’y en a plus de problèmes d’homophobie, même si on vient de tuer 50 personnes dans une discothèque gaie dans le pays juste à côté, je vous laisse en lecture ce billet de Nicolas Lacroix.

Aussi, j’attends votre billet exaspéré sur la prochaine célébrité qui fera la une du 7 Jours avec son nouveau conjoint, son nouveau bébé ou son nouveau divorce. Les coming out hétéros, c’est vraiment plus nécessaire. On est en 2016, après tout.

En attendant, de nombreux jeunes ados vivent mieux aujourd’hui parce que la corsaire chantante leur a montré qu’ils avaient le droit d’exister. Quoi qu’en disent leurs parents, leurs curés, leurs imams ou les idiots qui entrent dans les discothèques pour tirer partout, ils ont le droit d’être.

Ça, c’est puissant.