Politique

Vive les surplus!

Surplus imprévu, déficit imprévu: c’est pareil. Dans les deux cas, le responsable du budget s’est planté dans ses calculs.

Le premier ministre Philippe Couillard. (Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne)
Le premier ministre Philippe Couillard. (Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne)

Depuis quelques mois, je force ma petite famille à ne se nourrir que de toasts Melba. Résultat : mon budget affiche un surplus de plusieurs milliers de dollars. Si mon enfant survit à sa sévère anémie et à son scorbut naissant, il sera heureux de savoir que j’ai mis l’argent épargné dans un REER pour lui.

C’est ça, penser à l’avenir.

Le gouvernement Couillard a fait un peu la même chose depuis son élection, imposant coupes par-ci, compressions par-là et tapes sur les doigts aux vieux qui tentent de prendre un deuxième paquet de biscuits soda dans les CHSLD. C’est ce qui lui a permis de dégager… des surplus !

Pour ceux qui ne savent pas ce que ça signifie, puisqu’on voit des surplus au Québec aussi souvent qu’on voit un commentaire homophobe bien écrit sur Facebook, une petite explication :

Vous savez quand on annonce un déficit de 1,8 milliard dans un budget ? Ben là c’est la même chose, mais à l’envers. On a calculé les dépenses et les rentrées d’argent, on a fouillé les craques du sofa de l’État, et on se retrouve avec 1,8 milliard de dollars de lousse.

Un surplus imprévu, ça « sonne » mieux qu’un déficit imprévu. Mais dans les faits, c’est un peu pareil : dans les deux cas, le responsable du budget s’est planté dans ses chiffres. On peut donc se dire « Yé, le gouvernement a trouvé 1,8 milliard ! », ou « Tu veux dire qu’on aurait pu couper presque 2 milliards de moins !? »

Parce que ce surplus, il ne vient pas de nulle part. Il n’est pas apparu comme un 2 $ sous l’oreiller d’un enfant qui a perdu une dent, pour récompenser le gouvernement de sa bonne gestion.


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Ce surplus, c’est l’aide aux devoirs coupée dans une école d’Abitibi. C’est un immigrant à qui on n’apprendra pas le français. C’est un centre de désintox qui doit dire à des gens en détresse « c’est ben plate, mais il manque à notre budget l’équivalent de ce que le conseil des ministres dépense chaque année en pain tranché pour ses réunions matinales. Va falloir fermer. » C’est une parade de ministre qui défile pour vanter les vertus de la patate en poudre. Ce sont des salaires de médecin qu’on… Non, pas ça. Scusez, je m’emporte.

Ce surplus, c’est la somme des douleurs, des désagréments divers et des souffrances réelles de milliers de personnes qui peuvent maintenant se demander si ce sont leurs services à eux qu’on a coupés pour rien. Oups !

Que fera-t-on avec tout cet argent ? Les idées ne manquent pas. Elles vont de s’acheter un sapré gros winnebago (oh yeah !) à réinvestir en santé et en éducation (c’est plaaaaate !).

Va-t-on annuler les compressions de 242 millions en santé annoncées il y a à peine deux semaines ? Bien sûr que non, parce que… heu… parce que. De toute façon, celles-ci se feront « sans couper dans les services à la population », promesse du ministre Barrette. (Insérez ici une pause pour laisser le lecteur rire/hurler/rouler des yeux tellement fort qu’il risque de tomber par en arrière.)

Le ministre Carlos Leitão, lui, fait plutôt miroiter des baisses d’impôts dans les prochains budgets. Juste à temps, gadon ça, pour la prochaine élection.

As-tu entendu ça, pépère ? Avec ce qu’on va sauver en impôts, on va peut-être pouvoir te payer un deuxième bain sur le marché noir ! Faut fêter ça. Patates en poudre pour tout le monde ! Vive les surplus !